Dépakine®: pour vous, est-ce un «accident», un «drame» ou un «scandale» sanitaire ?

 

Bonjour

Les mots ont-ils encore un sens quand l’émotion, les passions, sont sur la scène ? Depuis un quart de siècle, en France, chaque affaire sanitaire a tendance à devenir un drame. Drame individuel puis drame collectif. Drame puis scandale. Tout y pousse. Les victimes et leurs proches. Les avocats (ne jamais oublier les avocats). Les dénis en cascade. Et puis, bien sûr, les médias. Les intérêts sont différents mais les forces convergent.

Frontières

La justice ? Toujours saisie elle est toujours en retard. C’est son privilège et c’est sa force. Tenue de dire le droit elle n’est pas dans le temps des médias. Les « autorités sanitaires » ? Impliquées (par définition) à des titres divers, leurs prises de parole sont  (par définition) partiales.  Avec, en toile de fond, ce qui souvent résout les questions : les indemnisations. Big Pharma ou l’Etat (la collectivité). Ou les deux.

L’affaire-scandale de la Depakine® est, de ce point de vue, assez exemplaire car située précisément sur les frontières. D’un côté : défaillances chroniques de l’Agence en charge de la sécurité des médicaments ; incurie de la pharmacovigilance nationale ; principal fabricant aux abonnés absents – caché derrière le règlement. De l’autre : complexité considérable du calcul bénéfices-risques pour le prescripteur confronté à la maladie épileptique chez une femme enceinte. Prescrire ou ne pas prescrire ? Comment partager, raisonnablement, le dilemme avec la patiente ? Asymétrie de la « relation thérapeutique »…

La voix du Pr Claude Huriet

On vient de voir la représentation nationale voter, à l’unanimité le principe général d’une indemnisation des victimes – sans savoir qui, au final, indemnisera.   Pour sa part l’Académie nationale de médecine rappelle qu’elle a récemment consacré une séance « aux évolutions récentes concernant l’épilepsie de l’adulte ». Au cours des échanges qui ont fait suite à la présentation de l’actualité thérapeutique, le Pr Claude Huriet, membre honoris causa de l’Académie de médecine, a fait, au sujet de la Dépakine®, un mise au point suivante qui ne manque pas d’intérêt. Extraits :

« Depuis quelques mois, une nouvelle « tempête médiatique » a surgi, concernant les malformations foetales qui peuvent survenir chez des enfants dont la mère a été traitée par Dépakine®.

« Un scandale, c’est la survenue d’un événement du fait de pratiques contraires à la morale, qui suscitent l’émotion et l’indignation. Ce n’est pas le cas de la Dépakine®, et les attaques, habituelles, contre les laboratoires pharmaceutiques, les médecins prescripteurs.., et les pouvoirs publics ne sont pas fondées

« La gravité de l’épilepsie chez une femme enceinte tient à la possible survenue d’une mort foetale si la maladie est insuffisamment traitée. La Dépakine® est un médicament très efficace qui est parfois le seul à pouvoir maîtriser les formes graves de la maladie, sans alternative thérapeutique, et dont les représentants des victimes ne réclament pas l’interdiction. Il est de la responsabilité du médecin, et cette responsabilité est la plus lourde qui soit, d’apprécier, face à des situations individuelles, le bénéfice que l’on peut attendre d’un geste thérapeutique ainsi que les inconvénients voire les risques du traitement. »

Faute de point d’interrogation

On peut ne pas partager pleinement le point de vue du Pr Huriet, son réductionnisme. On peut néanmoins l’entendre :

« Quelle incrimination retenir, sauf à qualifier ce drame ‘’d’accident médical non fautif ‘’ ou à évoquer un défaut d’information de la patiente ! Mais comment ‘’éclairer le consentement d’une femme enceinte’’ présentant une épilepsie sévère en lui donnant le choix entre l’arrêt d’un traitement nécessaire et celui de l’interruption d’une grossesse en raison du risque de troubles graves du développement fœtal. »

On observera que ce spécialiste de l’éthique médical ne met pas de point d’interrogation à la dernière question qu’il pose. Astuce jésuite. Aussi n’y répond-il pas. Qui, en conscience, y répondra ?

A demain

Une réflexion sur “Dépakine®: pour vous, est-ce un «accident», un «drame» ou un «scandale» sanitaire ?

  1. L’Académie de Médecine a réagi au commentaire d’Huriet (qui vieillit bien mal, après avoir défendu Servier) en précisant que les propos de ce membre honoraire ne l’engageait en aucun cas.

    Le secrétaire perpétuel de l’Académie nationale de médecine, le Pr Daniel Couturier, a indiqué jeudi dans un message écrit à l’APM que sa prise de position mercredi dans un communiqué dans l’affaire de l’anti-épileptique Depakine* (valproate, Sanofi), dont elle récusait l’appellation de « scandale », ne l’engageait pas.
    Cette prise de position était présentée comme une « mise au point » du Pr Claude Huriet, membre honoris causa de l’Académie de médecine, lors de la séance du 4 octobre consacrée « aux évolutions récentes concernant l’épilepsie de l’adulte » (cf APM YB3OGQT5I). L’ancien sénateur considérait que « les attaques, habituelles, contre les laboratoires pharmaceutiques, les médecins prescripteurs et les pouvoirs publics ne sont pas fondées ».
    Par la voix de son secrétaire perpétuel, l’Académie a sollicité un « rectificatif » jeudi au motif que le document diffusé la veille « a été considéré indûment comme un communiqué ».
    Le texte rendu public indiquait dans son en-tête « Académie nationale de médecine. Communiqué de presse, 16 novembre 2016 », note-t-on. Une porte-parole de l’institution avait indiqué à l’APM mercredi que ce point de vue engageait l’institution car « tous les académiciens ont été d’accord avec lui » et « lui ont demandé de faire un communiqué ».
    « L’Académie nationale de médecine rappelle qu’en dehors des rapports et communiqués faisant l’objet d’un vote plénier, les interventions de ses membres lors des débats n’engagent que leurs auteurs et ne sauraient en aucune manière représenter le point de vue officiel de l’institution », a écrit jeudi Daniel Couturier, précisant que « c’est le cas de l’intervention du Pr Claude Huriet ». (Source APM)

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