Maladie de Lyme: un microbiologiste accuse un confrère et dénonce le cynisme des journalistes

 

Bonjour

Rien de plus beau qu’un petit pamphlet joliment ciselé. Glané sur le site du Point : « Les zombies de la maladie de Lyme ». Zombi, zombie sont des termes rarement utilisés en médecine. Et pour cause : ils désignent le fantôme d’un mort, le revenant au service d’un sorcier. C’est aussi une personne bien vivante mais comme vidée de sa substance, sans volonté. Un fantoche, un pantin.

Ce titre est celui de la dernière chronique en date, dans Le Point, du Pr Didier Raoult – une personnalité atypique qui fait flores dans le champ de la microbiologie. Un professeur qui ne craint pas de faire peur pour accrocher des lecteurs.

Extraits de son texte 

« Il existe des malades dont personne ne connaît la cause du tourment. Ces malades sont irrités par notre ignorance. Parfois, ils réclament à tout prix une cause et sont indignés par ce qu’ils croient être de l’incompétence, voire un complot. Certaines de ces maladies sont évidentes comme la sclérose en plaques et (en partie) l’autisme.

« Il n’y a guère d’année sans qu’un « scandale » surgisse, censé expliquer ces maladies d’origine inconnue. Cela va des vaccins (contre l’hépatite ou la rougeole) jusqu’aux pesticides ou aux ondes. Le temps fait son affaire de ces « scandales », mais ces maladies restent inexpliquées. Certaines de ces maladies n’ont pas de tableau clinique évident. Comme la spasmophilie, traitée sans preuve par le magnésium, ou le coup du lapin qui a disparu quand il n’a plus été indemnisé… Apparaissent maintenant la fibromyalgie et la fatigue chronique. Pour les expliquer, les infections bactériennes difficiles à diagnostiquer, dont je suis spécialiste, ont souvent été incriminées. La dernière en date est la maladie de Lyme dont les malades errent comme des zombies, à la recherche de médecins qui finissent par se laisser convaincre qu’ils ont une maladie de Lyme. »

Terrain miné

La maladie de Lyme ! Elle ne pouvait échapper à la sagacité acerbe du chroniqueur spécialisé. On sait que cette entité est au cœur d’un entrelacs croissant de difficultés diagnostiques et thérapeutiques – une affaire à laquelle le politique (dont Marisol Touraine) tente de trouver des remèdes. Un terrain miné. Et quelques vérités que personne n’ose trop, dans les médias généralistes, exprimer. Que nous dit le Pr Didier Raoult sur le sujet ?

« Certains laboratoires facturent des examens fantasques, confirmant des doutes déraisonnables. La France n’échappe pas à ce phénomène, alors que dans de nombreux pays, les professeurs de médecine spécialistes en maladies infectieuses ne cautionnent pas ces dérives. Notre spécificité est que nous avons au Conseil national des universités et au Haut Comité de santé publique, un confrère qui a pris une position de leader du Lyme, sans bagage scientifique spécifique dans ce domaine, autre que ses croyances et le support de ses disciples. Il n’a pas de production scientifique lisible. Il a embrasé les théories alternatives et a même convaincu un grand hebdomadaire qu’il existait un complot tendant à dissimuler (pour quelle raison ?) l’ampleur du désastre. »

Stigmatiser

Voilà une attaque en règle. Mais une attaque à demi-mot. Un grand hebdomadaire ? Puisque ce n’est pas Le Point, lequel est-ce ? On a bien quelques idées, mais pourquoi ne le nomme-t-il pas ? Quant au confrère, il se reconnaîtra, certes, mais les autres, ceux qui ne sont pas du sérail hospitalo-universitaire ou associatif ?  La suite est de la même veine frustrante :

« Heureusement, la société française de pathologie infectieuse vient de se démarquer de ce faux scandale. Je fus le premier en Europe à réaliser des examens de confirmation sur la maladie de Lyme, et les commentaires sur les faux négatifs me sidèrent. Toutefois, la plainte déposée par des patients pourrait bien, même à l’opposé de toute connaissance scientifique, trancher en faveur de l’irrationnel comme dans les procès contre le vaccin de l’hépatite B ! L’aveuglement des acteurs institutionnels, la validation par une référence médicale (pour le vaccin contre l’hépatite B ou pour la maladie de Lyme) et la naïveté ou le cynisme des journalistes laissent pantois. »

Le cynisme des journalistes ? Pourquoi cette stigmatisation de l’ensemble d’une profession qui, indirectement, permet à cet hospitalier de s’exprimer. Et, notamment, de conclure ainsi son billet :

« Il faudra bien un jour mettre un frein à l’annonce d’un scandale sanitaire par jour ! Il faudra vérifier les sources, hiérarchiser les risques, afin de revenir dans le vrai monde, peut-être sous la pression d’une population lasse de tant d’informations erronées. »

A demain

 

3 réflexions sur “Maladie de Lyme: un microbiologiste accuse un confrère et dénonce le cynisme des journalistes

  1. Comment le « vrai monde » est-il défini par ce grand professeur?
    Celui de la toute puissance médicale et des grands professeurs, ou celui où l’ignorance est largement supérieure à la connaissance?
    J’aimerai bien le savoir.

  2. Il faut appeler un chat un chat . Ce journal est l’Obs qui titre  » maladie de Lyme: cette épidémie qu’on vous cache » . Tout est dit dans cette phrase à la tournure conspirationiste . Oui, il y a des journalistes et des journaux malhonnêtes qui veulent avant tout vendre du papier avec des titres accrocheurs ne correspondant à aucune réalité . Rien ne permet aujourd’hui de dire qu’il y a une épidémie de maladie de Lyme en s’appuyant sur quelques cas de faux négatifs . Parfois il faut prendre très clairement position en dénonçant les imposteurs qui après avoir inventé une pandémie de grippe en 2009, veulent renouveler leurs méfaits avec une épidémie de Lyme , avec pour conséquence des antibiothérapies prolongées et inutiles qui ne feront qu’aggraver les épidémie de résistance. Alors il faut le dire clairement: ça !.

  3. En tant que scientifique, je suis CONSTERNE’ par la chronique citée ici de M. Raoult (que je n’aurai pas la faiblesse d’affubler de son titre de docteur, que par ailleurs je possède aussi). Je cite sa description du « responsable », selon lui, de cette fausse alerte:

    « un confrère qui a pris une position de leader du Lyme, sans bagage scientifique spécifique dans ce domaine, autre que ses croyances et le support de ses disciples. Il n’a pas de production scientifique lisible. »

    Connaissant très bien le sujet, je ne peux laisser exprimer de tels propos sans réagir, car ils relèvent de la DIFFAMATION pure et simple. Le professeur ainsi incriminé n’étant pas nommé dans ce blog, je me garderai de le nommer à mon tour. Mais je témoigne qu’il est spécialiste en infectiologie, chef d’un grand service de maladies infectieuses rares dans un hôpital de premier plan national, et qu’il a par ailleurs publié PLUS DE 60 ARTICLES scientifiques dans des revues de rang A (en langage vernaculaire, des revues à la qualité éditoriale indiscutable et reconnue par la communauté).
    Est-ce cela que M. Raoult nomme « pas de production scientifique lisible » ? Peut-être n’est-elle pas « lisible » par lui, faute qu’il ait la connaissance scientifique suffisante pour juger des résultats présentés. Les chercheurs, eux, savent y retrouver la rigueur habituelle des étude publiées dans les revues en question.

    Pour qui court M. Raoult ? Je l’ignore, et je ne m’y intéresse pas.
    Mais s’il avait fait ne serait-ce qu’une après-midi de « devoirs », en examinant la bibliographie sur les recherches récentes autour de la persistance de la maladie de Lyme post-traitement, alors il aurait certainement remarqué que l’avalanche de publication internationales soulignant une recrudescence des cas de contamination, et plus grave, la démonstration expérimentale de la fréquente inefficacité du traitement standard préconisé par la conférence de consensus de 2006 (elle-même copie conforme de celle du CDC de 1994).

    Nous sommes donc dans une configuration ou un « médecin » devenu éditorialiste, sur la foi de ses contacts et de son opinion propre, déconstruit en une colonne de texte une tentative de rationalisation nationale étayée par maintenant quinze ans de recherche internationale.

    « Consternation » est le seul mot qui me vient à l’esprit, quand je lis les citations présentées ici. Et je me dis que M. Raoult a beaucoup de chance que le spécialiste qu’il attaque ainsi soit trop occupé à s’occuper de ses patients pour l’attaquer en diffamation, procès qu’il gagnerait haut la main tant la volonté de nuire (qui est constitutive de la notion juridique de diffamation) est manifeste dans ces écrits de M. Raoult.

    Quand le corps médical se mettra-t-il, comme TOUS les scientifiques sérieux des autres disciplines, à soumettre à chaque instant ses conviction à la mise à jour de la littérature publiée internationalement, et pas à s’enfermer dans une logique clanique qui cristallise des opinions définitives ?

    Pierre Carles

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