Anti-Alzheimer : «ce sont des médicaments qui tuent» (le 28 janvier 2011, sur France Culture)

 

Bonjour

Tout, très bientôt, va s’accélérer. Candidate déclarée aux prochaines élections législatives en Indre-et-Loire, Marisol Touraine aura-t-elle le temps et l’énergie de boucler le dossier plus qu’épineux des quatre médicaments inefficaces et remboursés toujours officiellement indiqués contre la maladie d’Alzheimer ? (1).

Va-t-elle, en d’autres termes, choisir la logique et la cohérence : faire procéder à leur déremboursement plus de 150 millions d’euros d’économie annuelle) en organisant parallèlement une amélioration substantielle de la prise en charge de ces personnes ? Va-t-elle, pressée par le tempo politique, laisser les choses en l’état comme l’avait fait son prédécesseur Xavier Bertrand aujourd’hui disparu (mais pour combien de temps ?) du paysage politique national.

Gouvernement Fillon III

Xavier Bertrand, précisément. Nous étions fin janvier 2011. Il était, pour seize mois encore, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité du gouvernement Fillon III. Nous participions, sur France Culture, à l’émission « Science Publique » de notre confrère Michel Alberganti : « Comment les médecins prescrivent-ils les médicaments ? ». Argumentaire d’époque :

« Après l’affaire du Mediator, ce médicament qui serait responsable de 500 à 2000 décès entre 1975 et fin 2009, c’est un traitement contre l’acné qui est soupçonné d’être à l’origine de 25 à 27 suicides d’adolescents entre 1986 et 2009, selon l’Agence française de sécurité sanitaire, l’Afssaps. Cette semaine, le père d’un jeune de 17 ans qui s’est donné la mort en juillet 2007 alors qu’il suivant un tel traitement, a saisi la justice (…).

Dans ce contexte, Nicolas Sakozy a chargé Bernard Debré, professeur de médecine et député UMP de Paris, d’une mission pour proposer, dès mars 2011, des mesures destinées à assainir la filière du médicament. C’est donc toute la structure actuelle des Agences et autres Commissions qui se retrouve sur la sellette. Néanmoins, en marge de ce tumulte et du parfum de scandale qui flotte sur la médecine, les patients continuent à consulter et les généralistes à prescrire. Et chacun d’entre nous est en droit de s’interroger sur le processus qui conduit le praticien à délivrer la fameuse ordonnance, sésame d’un traitement.»

Au temps de l’Afssaps

Parmi les invités : Fabienne Bartoli, alors directrice adjointe de l’Agence française de sécurité sanitaire, (Afssaps) ; Christian Lajoux, alors président des entreprises du médicament, le LEEM ; le Dr  Claude Leicher , président du Syndicat de la Médecine Générale et Bruno Toussaint , directeur de la rédaction de la revue Prescrire. Extraits, au sujet des quatre spécialités (2) que Marisol Touraine ne veut pas dérembourser (contre l’avis de la Haute Autorité de Santé) :

Dr Bruno Toussaint:

«Ce sont des médicaments qui tuent. Certes, ils ne tuent pas toujours et pas tout de suite, mais ce sont des médicaments qui tuent comme le montrent les quelques études qui ont comparé les conséquences, au-delà de six ou neuf mois, de la prise de ces médicaments à celle d’un placebo. La maladie d’Alzheimer est souvent un drame et nous ne savons ni guérir ni prendre en charge d’un point de vue médicamenteux. Le placebo peut être très utile. Mais un vrai placebo, qui n’a pas d’effets indésirables.»

Dr Claude Leicher:

«Pourquoi continue-t-on à mettre systématiquement des personnes de plus de 80 ans qui ne demandent rien à personne sous des médicaments dont le service médical rendu est considéré comme nul et dont la toxicité commence à émerger? Il y a beaucoup plus besoin d’un accompagnement des patients que d’une prescription médicamenteuse (…) Nous devenons prisonniers de la prescription des spécialistes parce que les patients eux-mêmes sont devenus prisonniers de ces prescriptions. Il faut retirer ces médicaments du marché.»

 Combien d’années avant le retrait ? 

Six ans plus tard les trois syndicats signataires de la convention médicale (Le BLOC, MG France, FMF) invitent les médecins libéraux «à cesser complètement la prescription» des quatre médicaments officiellement indiqués contre la maladie d’Alzheimer:

«Plus de dix ans ont été nécessaires pour que les autorités sanitaires françaises se décident au retrait du Mediator, dont la dangerosité et l’inefficacité étaient prouvées. Combien d’années seront nécessaires pour que l’inutilité et les effets secondaires des médicaments de la maladie d’Alzheimer, confirmés par la Haute Autorité de santé (HAS), aboutissent à leur retrait?

 En cas de plainte d’une famille, les responsables politiques et sanitaires seront mis en cause. Les prescripteurs, informés des risques, et qui continueraient à prescrire pourraient l’être aussi. Pour autant, il ne s’agit pas de laisser ces patients sans soin ni accompagnement. Leurs parcours doivent être fondés sur une prise en charge médicale et sociale, et non sur la prescription d’un médicament.»

Le sentiment que rien n’avance. Dans six mois, les législatives. Tout, bientôt, va-t-il enfin s’accélérer ?

A demain

 1 Sur ce thème on peut, sur Slate.fr, se reporter à notre synthèse : « Alzheimer: les malades doivent-ils encore prendre leurs médicaments? »

2 Il s’agit de l’Aricept® (donepezil) de la firme Eisai (commercialisé en France depuis septembre 1997), de l’Exelon® (rivastigmine) de Novartis® (mai 1998), du Reminyl® (galantamine) de Jansen-Cilag (octobre 2000) et de l’Exiba® (mémantine) de Lundbek (mai 2002).

 

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