Le cœur greffé était viralement infecté. La famille réclame 100 000 euros au préleveur. Lui donner ?

 

Bonjour

Cela pourrait être la deuxième saison de « Réparer les vivants », grand livre et triste film. Où l’on découvrirait les danger d’une  métaphore, celle de la réparation appliquée à l’humain. On en prend conscience aujourd’hui avec une affaire hautement symptomatique, un drame de notre temps rapporté par notre Nouvelle République (Guillaume Frouin – PressPepper): « Le cœur greffé portait un virus : la famille attaque le CHU nantais ».

L’affaire a pour cadre le tribunal administratif de Nantes devant lequel un couple habitant Chinon (Indre-et-Loire) attaque le CHU de la ville.

« Les parents de Clément Quenault, mais aussi sa sœur Johanna et son frère Moïse, ont réclamé ainsi près de 100.000 € de dédommagements pour la triple « faute » commise par l’hôpital nantais.  La famille a aussi demandé le remboursement des 9.600 € de frais d’expertise engagés dans cette affaire et 7.000 € supplémentaires pour leurs frais de justice. »

Eclaircissements nécessaires

C’était un greffon, un donneur, a priori  « d’excellente qualité ». Mais c’était aussi un donneur qui se trouvait dans  un « état grippal » quelques jours avant de mourir. La famille du receveur le sait car elle aurait  eu connaissance d’un dossier médical communiqué « par erreur » à la famille du défunt… Voilà un point qui reste à éclaircir. Il en restera bien d’autres, à la lecture de La Nouvelle République :

« ‘’La personne qui a reçu ses poumons est d’ailleurs décédée à Marseille dans des conditions identiques’’, affirme ainsi Johanna Quenault, sœur de Clément, elle-même transplantée et qui habite pour sa part à Thizay. La famille de ce jeune agent de sécurité incendie, passionné de moto, reproche aussi au CHU de Nantes de ne pas avoir procédé à la vaccination de ses personnels alors que ses patients sont pourtant ‘’hautement vulnérables’’. »

Pour les plaignants il y a clairement  « faute dans l’organisation du service » – une faute associée à un  « défaut d’information » du patient. «  S’il l’avait su que le donneur était dans un état grippal, il aurait refusé la transplantation », est convaincue Marie-Claire Quenault, mère de Clément. En est-elle certaine ? Et que peut dire la justice face au deuil d’une mère ?

Solidarité nationale

La justice, précisément.  L’administrative, qui depuis des siècles résout des litiges. Ici le rapporteur public préconise de rejeter leur demande de condamnation du CHU de Nantes. Nous étions, au moment du prélèvement, pendant la pandémie de grippe A(H1N1) et cette infection virale « n’était pas au nombre des maladies infectieuses » qui devaient à l’époque faire l’objet d’un dépistage obligatoire.

Le magistrat (dont-les-avis- sont-souvent-suivis-par-les-juges-administratifs) – a aussi fait observer qu’aucun cas de contamination d’un greffon par ce virus A(H1N1) n’avait alors été signalé à l’époque. Au final  le rapporteur public a donc suggéré (un grand classique) aux juges de condamner l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) à dédommager la famille. Et ce au nom de la « solidarité nationale ». On classerait le  décès au rang des infections nosocomiales  d’origine indéterminée.

« L’hypothèse la plus probable est une infection contractée dans son environnement, au sens large, lors de son hospitalisation, estime le magistrat. Elle peut être qualifiée de nosocomiale, même si on n’a pas de preuves définitives. » En conséquence, il préconise de mettre la moitié des préjudices de la famille à la charge du CHU, soit 24.000 euros.

Mort précipitée

Cette proposition de jugement de Salomon ne satisfait nullement l’avocat de la famille plaignante :

« Cette condamnation au nom de la solidarité nationale ne convient pas à mes clients : pour eux, c’est trop simple et trop rapide de dire que c’est la «  faute à pas d’chance  », même si ça arrange tout le monde. Le CHU n’a pas pris la précaution minimum de procéder à des analyses biologiques qui auraient permis de lever le doute.  Il faut, en effet, se rappeler du contexte : nous étions alors en pleine pandémie, ce qui avait conduit les pouvoirs publics à mettre en place un grand plan de vaccination de la population.  La souffrance de cette famille, qui est au désespoir et qui n’a toujours pas fait son deuil, est épouvantable : alors qu’elle pensait sauver durablement Clément, ce greffon a précipité sa mort. »

Le tribunal administratif, qui a mis son jugement en délibéré, rendra sa décision le 21 décembre. On peut, d’ici là, réfléchir aux dégâts potentiels d’une métaphore mécanique. « Réparer les vivants »?  100.000 € ? Faire son deuil ? C’est ainsi : à la différence de l’écriture, la mécanique n’est guère compatible avec l’offrande. Et encore moins avec la transcendance.

A demain

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