François Fillon, la bobologie et le Dr Ventouse. Veut-il tuer la Sécu ou la sauver ?

 

Bonjour

Il pressent, déjà, le vent du boulet. Gagner la campagne présidentielle impose désormais de rassurer sur le front de la solidarité. Rassurer les Français quant à la prise en charge collective de leur frais médicaux. On ne touche pas sans mal à la Sécurité Sociale.

Présent à la petite messe du 20 heures de France 2 l’élu de la Sarthe a pris un engagement dès le lendemain de son pré-sacre :

« Je prends l’engagement de faire en sorte que toutes les personnes qui doivent être protégées, qui ont des revenus modestes ou moyens, ne seront pas moins bien remboursées ».

Stop  la polémique

Plus fort encore, et plus à gauche, il a été jusqu’à assurer qu’il entendait que les personnes « les plus modestes et âgées » soient « mieux remboursées qu’aujourd’hui ». Mieux remboursées par qui ? Par l’assurance maladie ou par les Mutuelles Complémentaires ? Par « les deux » répond-il. François Fillon sait que, déjà, le feu couve, que ses ennemis sont là, prêts à bondir :

«  Je veux tout de suite arrêter cette polémique sur ‘’moins bien rembourser’’, moi ce que je veux c’est sauver la Sécurité Sociale (…) L’accusation que porte la gauche sur ‘’il veut privatiser la Sécurité Sociale’’ est exactement la même accusation qu’on portait contre moi quand j’ai fait la réforme des retraites en 2003: ‘’il veut mettre par terre le régime par répartition » (…) »Aujourd’hui non seulement il n’est pas à terre mais je considère que j’ai largement contribué à le sauver ». »

Le héraut de la Droite et du Centre avait déjà séché l’actuelle ministre de la Santé lorsqu’elle avait tweeté  (« J‘ai fait chiffrer le programme santé de #Fillon : chaque foyer paiera en moyenne 3200€ de + par an pour se soigner. #Danger#LeGrandDebat »). Une déclaration  « mensongère et absurde » avait-il répondu. Et d’expliquer : « Je veux clarifier la part prise en charge par la Sécurité sociale et par les mutuelles. Cela passe par un panier de soins « solidaire » dont sont exclus les soins de confort et la « bobologie ». »

Furetière et Brétécher

« Bobologie » n’est peut-être pas le mot le mieux choisi, qui renvoie chacun et chacune à de petits soucis dont on aimerait ne pas avoir à parler. C’est un mot tordu, usé avant d’avoir vraiment servi. Par certains côtés il n’est pas sans faire songer au « chochotte » du regretté Alain Juppé. Il faut, ici, lire les phrases éclairantes du Dr François Pilet dans la Revue Médicale Suisse :

 « Vous avez dit ‘’bobologie’’ ? Ce vocable, refusé pour l’instant par les dictionnaires usuels, est très probablement issu du néologisme inventé par Claire Bretécher quand elle publie en 1985 le premier tome de son Dr Ventouse, bobologue. Cette scénariste et dessinatrice de BD, brillante et acide, a dû fréquenter l’intimité d’un médecin pour décrire avec autant d’acuité et de pertinence les pensées secrètes du Dr Ventouse.

Mais si le personnage de Claire Bretécher me fait beaucoup rire, la diffusion de ce terme au sein de notre corporation m’agace et m’inquiète. Selon le dictionnaire historique de la langue française Le Robert, le mot bobo, employé dans le langage enfantin en référence à une douleur physique, a pris le sens figuré de «mal anodin, sans gravité» dans la langue familière, enregistré par Furetière en 1690 déjà. Le terme «bobologie» en est donc étymologiquement dérivé et s’insinue subrepticement dans la pensée médicale, ramenant sans le dire les plaintes des patients à des enfantillages et le travail du médecin à un jeu sans importance dont la société pourrait facilement se passer (ou qu’elle pourrait pour le moins renoncer à financer). »

Infirmières fatiguées

Où l’on voit la complexité de la tâche qui attend François Fillon. « Je vais travailler avec les professions de santé, avec les responsables de l’assurance maladie, avec tout ceux qui ont un rôle dans ce domaine, pour travailler à un projet qui doit être un projet permettant l’équilibre de la Sécurité Sociale mais améliore la couverture des soins en particulier pour les plus modestes » dit-il. « Sur certains types de soins il faut voir si certaines personnes qui ont des revenus convenables peuvent participer ».

Un revenu « convenable ». Comment définira-t-on le seuil à partir duquel je ne bénéficierai plus de la solidarité pour laquelle j’ai cotisé. Et qu’en sera-t-il du monde hospitalier, des horaires et de la fatigue des infirmières condamnées à des réductions d’effectifs et à un allongement de leurs horaires hebdomadaires ? On passera ensuite à l’immense chantier de la dépendance, conséquence d’une population vieillissante pour laquelle tout ou presque n’est que souffrance – ou bobologie.

A demain

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