Avortement et vie affective : le Pr Nisand dénonce la démission radicale de l’école laïque

Bonjour

Quarante ans après: , nouvelles passions, nouvelles insultes, nouvelles suspicions. Fronts contre fronts. Comment avancer ? En partie avec Israël Nisand. Il était, hier, en bas de page du Figaro. Il trône aujourd’hui dans La Croix. Le gynécologue-obstétricien du CHU de Strasbourg est le coauteur, en 2006, d’un rapport sur la prévention de l’IVG chez les mineures, le Pr Nisand dénonce l’absence d’information sur la vie affective dans les écoles et l’absence d’engagement des responsables politiques.

Tout à l’heure il le redira au journal de 13 heures de France Inter. Bâton de pèlerin hospitalo-universitaire il prêche dans le désert laïc. Qui l’écoute ? Qui l’entend ? Qui le comprend ?

Pornographie et religions

Au cœur des passions : la proposition de loi socialiste visant à « l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse ». On comprend que ce n’est là qu’un prétexte à conflit idéologique. Le vrai sujet est ailleurs. Il est notamment dans le nombre pratiquement constant d’IVG pratiquées chaque année  en France (218 100 en 2015). Il faut ici écouter quelques instants le Pr Nisand dans La Croix :

« Il est impossible de faire baisser le nombre d’IVG sans une information adaptée de nos jeunes dans les écoles. Il existe une loi de 2001 qui prévoit, dès l’âge de 4 ans, de faire trois heures d’information sur la vie affective. Or cette loi n’est pas appliquée, sans que cela n’ait jamais fait réagir un seul ministre.

 « Tous font le même constat: les associations de parents d’élèves s’opposent à cette information, sous la pression d’un certain nombre de courants religieux. Et je regrette que l’Église se soit toujours opposée à ce que ce travail de sensibilisation soit fait. La conséquence est catastrophique. Car à l’arrivée, c’est bien souvent la pornographie qui fait ce travail d’information auprès des jeunes, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.

 « La solution serait de mobiliser tous les professionnels de santé, médecins, infirmières, sages-femmes, pour créer des réseaux locaux qui iraient faire de l’information auprès des jeunes et faciliteraient l’accès à la contraception. »

Maladies vénériennes

 Tout est dit de nos maux : l’incurie pédagogique, le manquement à la loi, le développement de la pornographie comme substitut au travail « ducatif des citoyens adultes. C’est là une accusation d’une particulière gravité. C’est aussi une démission de la laïcité. On s’étripe sur les fantasmagories du burkini, on laisse les écrans allumés, on n’informe pas sur la vie affective, ses substrats biologiques et organiques, ses innombrables dimensions psychologiques.

Historiquement « l’éducation à la sexualité » a fait son entrée dans les lycées français en 1973 – il s’agissait alors d’un enseignement facultatif, axé sur la contraception et les maladies vénériennes. Aujourd’hui l’éducation à la sexualité en milieu scolaire est (officiellement) obligatoire. La loi Aubry du 4 juillet 2001 prévoit ainsi trois séances annuelles d’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées :

« Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène. Ces séances présentent une vision égalitaire des relations entre les femmes et les hommes. Elles contribuent à l’apprentissage du respect dû au corps humain. Elles peuvent associer les personnels contribuant à la mission de santé scolaire (…) »

Education du citoyen

 Tout est écrit, détaillé à l’extrême dans une circulaire du 17 février 2003 signée Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l’enseignement scolaire : « L’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées ». C’est un très beau texte. Il commence ainsi :

« L’évolution des mentalités, des comportements, du contexte social, juridique et médiatique dans le domaine de la sexualité, ainsi que des connaissances scientifiques liées à la maîtrise de la reproduction humaine a conduit les pouvoirs publics à développer l’éducation à la sexualité en milieu scolaire comme une composante essentielle de la construction de la personne et de l’éducation du citoyen. 

« Dans le cadre de sa mission d’éducation et en complément du rôle de premier plan joué par les familles, l’école a une part de responsabilité à l’égard de la santé des élèves et de la préparation à leur future vie d’adulte : l’éducation à la sexualité contribue de manière spécifique à cette formation dans sa dimension individuelle comme dans son inscription sociale. 

Infections sexuelles et transmissibles

« Cette démarche est d’autant plus importante qu’elle est à la fois constitutive d’une politique nationale de prévention et de réduction des risques – grossesses précoces non désirées, infections sexuellement transmissibles, VIH/ sida – et légitimée par la protection des jeunes vis-à-vis des violences ou de l’exploitation sexuelles, de la pornographie ou encore par la lutte contre les préjugés sexistes ou homophobes.

 « L’éducation à la sexualité à l’école est inséparable des connaissances biologiques sur le développement et le fonctionnement du corps humain, mais elle intègre tout autant, sinon plus, une réflexion sur les dimensions psychologiques, affectives, sociales, culturelles et éthiques. Elle doit ainsi permettre d’approcher, dans leur complexité et leur diversité, les situations vécues par les hommes et les femmes dans les relations interpersonnelles, familiales, sociales. »

C’est un très beau texte citoyen, laïque et républicain. Il est âgé de 13 ans. L’actuelle ministre de l’Education le connaît-elle ?

A demain

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