Cigarette électronique : la revue Prescrire ne comprend-elle plus la réduction des risques ?

 

Bonjour

On ouvre le numéro de décembre, on lit, on relit, on critique.

Cela commence avec un hommage trop appuyé à un film qui ne tient pas ses promesses. Un film qui ne pouvait pas les tenir. Un film en surexposition. Un film dont on a parlé plus qu’on ne parlera : « La fille de Brest » dont les images ne parviennent pas à dire la richesse et la très grande complexité  de l’affaire du Mediator®. Chacun sait que ce film, sorti en France le 23 novembre 2016, est tiré du livre  « Mediator° 150 mg. Combien de morts ? » d’Irène Frachon, Prix Prescrire 2011.

 Auto-citations

Prix Prescrire et Prescrire omniprésent :

« Ce film montre de façon particulièrement juste la réalité de la période 2009-début 2011, dont Prescrire a été un témoin actif. Particulièrement juste, et particulièrement claire. Qu’il s’agisse de la réalité des corps des victimes ; du déni invraisemblable d’une firme pharmaceutique ; de l’inertie incroyable d’une Agence du médicament oublieuse de se tenir d’abord au service des patients ; ou de la joie communicative de réussir à faire émerger la vérité et d’agir aux côtés des patients. »

C’est comme trop simple, toujours le gentil bon, toujours le méchant méchant. Et si la vérité était, parfois, un tout petit plus compliquée ? Pour autant Prescrire de rappeler, fort justement :

« En 2016 il reste toujours beaucoup à faire pour que les professionnels de santé s’émancipent vraiment de l’influence des firmes pharmaceutiques, grâce notamment à bien davantage de fonds publics pour la recherche clinique et la formation continue des soignants ; pour que les autorités sanitaires prennent enfin en compte avec lucidité l’ampleur réelle des effets nocifs des médicaments, et assument leurs responsabilités de protection de la population ; et pour que les victimes des médicaments soient traitées dignement et solidairement. ».

Ici, on applaudit. 

De la motivation sinon rien

Feuilletons. Pages 926- 930 : « Tabac : l’essentiel sur l’arrêt de la consommation » 1. Du sérieux, du bibliographique, du Prescrire. Résumé :

 « La consommation de tabac est un facteur de risque majeur de mortalité et de maladies. Près de six millions de personnes dans le monde meurent prématurément chaque année du fait d’une consommation de tabac. Fumer du tabac conduit à absorber, entre autres, 1 mg à 3 mg de nicotine par cigarette, divers produits de combustion ainsi que des substances irritantes et cancérogènes. Fumer du tabac augmente la fréquence de nombreux cancers et de nombreuses autres affections, notamment cardiovasculaires et respiratoires.

 « La motivation du patient et un soutien psychologique jouent un rôle essentiel dans la réussite d’un arrêt définitif de la consommation de tabac.

 « Diverses méthodes proposées pour arrêter de fumer du tabac n’ont pas d’efficacité démontrée, notamment : l’acupuncture ; la méthode aversive par inhalation excessive et accélérée de la fumée ; l’hypnose. Les médicaments n’apportent qu’une aide limitée. Quand un traitement médicamenteux semble utile pour aider à arrêter la consommation de tabac, les substituts à base de nicotine sont le premier choix, y compris chez les femmes enceintes.

 « Les substituts nicotiniques sont à garder hors de portée des enfants, afin de leur éviter tout risque d’ingestion. Plusieurs médicaments sont à écarter en raison d’effets indésirables disproportionnés (bupropione – alias amfébutamone) ou d’une efficacité non démontrée (anxiolytiques et antidépresseurs). »

 Et puis on tombe sur ceci :

« Les cigarettes électroniques contenant de la nicotine semblent avoir une efficacité voisine de celle des dispositifs transdermiques pour arrêter de fumer, malgré des incertitudes. La grande variété des compositions des solutions pour cigarettes électroniques constitue un obstacle à la connaissance des effets indésirables auxquels elles exposent. »

 Zéro pointé

Ainsi le temps passe, les données s’accumulent, les témoignages convergent. Prescrire ne change pas, s’autocite, bégaie. Ce mensuel qui fit tant pour lui semble, ici, imperméable au concept de réduction des risques. Imperméable à la révolution sous-jacente à sujet considérable de santé publique. Pourquoi ses responsables n’informent-ils pas  leurs lecteurs de tout ce qui se joue ici? Pourquoi ne par raconter par le menu  le conflit historique opposant la ministre de la Santé au monde des vapoteurs – des vapoteurs rejoints par une majorité croissante de tabaccologues et de réducteurs des risques tabagiques. Ce n’est certes pas l’affaire du Mediator®, mais c’est une autre forme d’aveuglement.

Feuilletons. Page 954, enfin, l’inénarrable Luc Cifer, dandy décalé. Ce soir, il nous parle d’œuvre d’art et d’urinoir. Pour un peu, des deux mains,  on applaudirait.

A demain

1 « Consommation et arrêt du tabac » Rev Prescrire 2016 ; 36 (398) : 926-930. (pdf, réservé aux abonnés)

©Prescrire 1er décembre 2016

 

 

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