«Réconciliation sur la vaccination»: serions-nous déjà dans le «Meilleur des Mondes» ?

Bonjour

Dans un billet d’une particulière virulence 1 Anne Chailleu, membre du Formindep dénonce les conditions dans lesquelles a été réalisée la « Concertation nationale sur la vaccination » voulue par Manuel Valls, alors Premier ministre et Marisol Touraine ministre de la Santé :

« La concertation sur les vaccins, dont la feuille de route était de relever le niveau de confiance dans les vaccins et le taux de couverture vaccinale, s’avère un échec complet. Le rapport final est un exemple de médiocrité intellectuelle, de déontologie approximative, de transparence douteuse, et sa rédaction est la négation d’un exercice démocratique. Avec de tels défenseurs, la vaccination n’a hélas pas besoin d’ennemis. »

Cette analyse-dénonciation vaut d’être lue. L’auteure observe que la perte de confiance dans les vaccins est « pour partie un des symptômes d’une perte de confiance plus générale dans les institutions ». Elle estime que l’un des moteurs de la défiance envers les vaccins tient au fait que « les recommandations vaccinales sont édictées de façon non transparente, et fréquemment grevées de conflits d’intérêts ». Et elle soutient que
pour répondre à cette critique, légitime dans une démocratie, il faut « des institutions irréprochables dans leur transparence et leur indépendance ». Qui ne signerait ces prolégomènes ?

Triple fiasco

Suivent une série d’éléments tendant à démontrer que cette entreprise aura, in fine, été un triple fiasco :  déontologique, scientifique et démocratique. Ce qui fait beaucoup.

« Cet exercice est un échec complet qui peint un tableau alarmant de notre ‘’démocratie sanitaire’’, écrit l’auteure. Le dernier clou du cercueil de la confiance dans la vaccination étant apporté par la représentation des usagers. Le CISS, représentant monopolistique des usagers et patients en France, qui co-présidait cette concertation, affirme dans un communiqué de pure novlangue orwellienne que l’obligation c’est l’autonomisation du patient ».

Il s’agit ici d’un communiqué du Collectif interassociatif sur la santé (CISS) 2. On connaît les ravages du novlangue (la rigueur impose le masculin) inventé en 1948 et prophétisé pour l’année 1984 : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. ».

Idées subversives

Nous sommes en 2016 et l’éclairant Wikipédia est là :

« Plus on diminue le nombre de mots d’une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir, plus on réduit les finesses du langage, moins les gens sont capables de réfléchir, et plus ils raisonnent à l’affect. La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et dépendants. Ils deviennent des sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision.

« C’est donc une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées potentiellement subversives et à éviter toute formulation de critique de l’État, l’objectif ultime étant d’aller jusqu’à empêcher l’« idée » même de cette critique. »

Chacun jugera

Le communiqué du CISS qualifié d’orwellien est ici : « Conciliation sur la vaccination : une recommandation de compromis ». Le grand George Orwell/Eric Arthur Blair  est-il de retour parmi nous ? On pourrait, sous les lignes, parfois le penser. A chacun de juger :

« La recommandation retenue par le Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination – présidé par le Pr Alain Fischer et Claude Rambaud et dont le rapport a été rendu public ce mercredi 30 novembre – répond à l’impératif de santé publique comme à la volonté d’autonomisation du choix revendiquée par les usagers/citoyens.

 Le contexte français rend particulièrement risquée la levée immédiate de toute obligation vaccinale : les projections indiquent qu’elle aurait de grandes chances de se traduire par une baisse dangereuse de la couverture vaccinale à des niveaux qui pourraient voir se développer des foyers épidémiques graves. Tout en préservant cet objectif à terme d’une levée générale de l’obligation vaccinale, la voie étant apparue comme la plus cohérente à une majorité de membres du comité consultatif consiste à passer par une étape intermédiaire pendant laquelle l’obligation sera maintenue, et même étendue aux principales vaccinations aujourd’hui recommandées… mais en permettant à ceux qui le souhaitent, de façon assumée et transparente, de s’opposer individuellement à cette obligation pour leur(s) enfant(s).

 Face à une question où l’on doit réussir à concilier choix individuel et enjeu collectif, il n’y a jamais de solution idéale. La méthodologie utilisée pour mettre à plat l’encadrement des pratiques vaccinales en France et cette recommandation à laquelle elle a abouti offrent différents avantages :

 

  • Cela nous a montré que les attentes de nos concitoyens sont très partagées entre souhait de voir l’obligation vaccinale levée ou maintenue.
  • Cela a souligné que le contexte actuel ne paraît pas le plus approprié pour un retournement radical des pratiques alors que l’hésitation vaccinale est particulièrement élevée dans un environnement polémique qui ne favorise pas une prise de décision sereine, tant individuellement que collectivement.
  • Cela permet d’appeler à la poursuite des recherches en matière de vaccination, qu’il s’agisse d’investiguer ses effets bénéfiques comme ses effets néfastes sur la santé du point de vue de l’individu comme de celui du groupe.
  • Cela permet en parallèle de demander que soit mise en œuvre une nette amélioration du niveau d’information des publics (grand public, mais aussi professionnels de santé) sur les tenants et aboutissants de la vaccination, sans en nier les possibles effets indésirables mais en cherchant à rétablir la confiance collective vis-à-vis de cette pratique médicale existant depuis près de 100 ans et qui nous a permis de faire un bond qualitatif colossal sur de nombreuses causes de mortalité liées aux maladies infectieuses.
  • Cela apporte les garanties, en l’état actuel, du maintien d’une couverture vaccinale suffisante pour réduire le risque d’une grave crise sanitaire.
  • Cela ouvre la voie vers l’autonomisation du choix des patients / usagers / citoyens en leur laissant la possibilité de contourner l’obligation vaccinale sans avoir à le faire de façon dissimulée et non traçable, dans l’intérêt des enfants concernés, de leurs parents et des professionnels de santé qui les accompagnent.
  • Cela permet de dépasser la distinction ambigüe et pernicieuse entre vaccination obligatoire et vaccination recommandée. Toutes les vaccinations prévues pour les enfants s’inscrivent dans le même cadre reposant a priori sur une obligation, avec la possibilité de la contourner en cas de refus convaincu et assumé des parents.
  • Cela oblige à ce que soit réévalué, à moyen terme, c’est-à-dire d’ici 2 à 3 ans, le cadre de la politique vaccinale française en fonction de l’évolution des pratiques et représentations en la matière.

 Par ailleurs, la mise en œuvre de cette recommandation devra s’accompagner de la prise en charge à 100% par l’assurance maladie obligatoire du coût d’achat des vaccins, ainsi que de la possibilité de recourir à un régime d’indemnisation pour les personnes qui souffriraient d’effets indésirables. »

5 décembre 2016. Cuba vient d’en finir avec  les obsèques de Fidel Castro. On peut lire, relire et faire lire, d’Orwell,  La Ferme des animaux.

 A demain

 1 « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. George Orwell, ‘1984’ L’obligation, c’est la décision éclairée. Le CISS, 2016 »

2  Le Collectif interassociatif sur la santé (CISS) regroupe quarante-trois  associations « intervenant dans le champ de la santé à partir des approches complémentaires de personnes malades et handicapées, de personnes âgées et retraitées, de consommateurs et de familles ». Son budget s’est, en 2015, élevé  à 3 173 013 €.

Il a été financé pour 86,70% par des fonds publics (Direction générale de la Santé, 60,00 % ; Assurance maladie, 25,40 % ; Fonds Développement Vie Associative : 1,30 %) ainsi que par le Conseil national de l’Ordre des Pharmaciens (0,50 %), Malakoff-Médéric  (0,80 %), le Crédit Mutuel (0,50 %), ADREA (0,30 %), d’autres subventions privées (0,35 %) et les cotisation des associations membres (0,80 %).
 

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s