Réalité augmentée contre «membres fantômes»: une preuve de l’inexistence de l’âme ?

 

Bonjour

Le beau pitch : une réalité qui n’existe pas contre une réalité  sans substrat biologique…. On lira le détail dans le dernier Lancet 1. C’est une étude multicentrique menée par un groupe de treize chercheurs suédois et slovènes placé sous la direction du Pr Liselotte Hermansson (Faculty of Medicine and Health, Örebro University). Ce travail a été mené auprès de quatorze personnes qui, toutes, souffraient depuis des années de douleurs chroniques de type « membres fantômes » – et ce à la suite à l’amputation d’un (ou des deux) bras. Les tentatives  destinées à soulager ces douleurs  (antalgiques et /ou chirurgie) avaient toutes échouées.

« Membre fantôme » ? On désigne ainsi les sensations laissant penser qu’un membre (voire un organe) amputé ou manquant est toujours relié au corps. Ces sensations sont le plus souvent douloureuses, voire inupportables. On parle parfois d’hallucinose.

La première description de ce phénomène est publiée en 1545 par le plus célèbre des chirurgiens renaissants : Ambroise Paré (1510-1590). Il expose alors la douleur fantôme éprouvée par une personne amputée d’un membre à la suite d’une blessure par arme à feu. Et Paré pose l’hypothèse que cette douleur a pour origine un mécanisme de mémoire cérébrale. Un peu plus tard Nicolas Malebranche (1638-1715) utilise fréquemment dans son œuvre philosophique  l’expérience de ce qu’il appelle « l’illusion des amputés ». Le terme de « membres fantômes » a été utilisé pour la première fois par Silas Weir Mitchell (1871) qui en fournit la première description clinique claire.

Le fantôme de Nelson

Autre pitch : lorsque Lord Nelson perd son bras droit dans l’attaque ratée de Santa Cruz de Tenerife . Il percevra alors, dans les douleurs qui s’ensuivirent, ce qu’il estima être une « preuve directe de l’existence de l’âme ». On ne rit pas.

Dans The Lancet les auteurs expliquent de quelle manière ils ont entraîné les volontaires  (au moyen d’électrodes placés sur l’avant-bras d’un membre supérieur amputé) à imiter les mouvements d’un bras vu sur écran « avec leur membre fantôme ». Puis comment, avec la réalité virtuelle et augmentée, ces volontaires ont ensuite visualisé les mouvements de leur membre fantôme grâce à un bras virtuel affiché sur écran. Ils ont ensuite manipulé une voiture évoluant sur un circuit dans un jeu vidéo. Et enfin ils se sont entraînés à associer  les mouvements de leur bras virtuel à ceux d’un autre bras virtuel projeté sur le même écran.

Après douze séances pour chaque patient, les chercheurs disent observer une amélioration cliniquement et statistiquement significative de la sévérité et de la fréquence des douleurs du membre. L’intensité des douleurs était diminuée tant pendant la veille que pensant le sommeil – et ce six mois encore après la fin de cette expérience.

Cauchemars

Il s’agit ici d’une extension de la thérapie « par le miroir » mise au point dans les années 1990 et qui permet notamment de faire croire au cerveau que le mouvement observé sur écran, est bien celui du membre amputé. « La réorganisation corticale liée à une amputation s’explique généralement par un phénomène de désafférentation », observent les auteurs du Lancet. Selon eux, cette approche thérapeutique  permet de mobiliser les circuits centraux et moteurs périphériques du système cérébral.

Dernier pitch : les auteurs reconnaissent que des pans entiers manquent à une explication détaillée. Pour autant la plasticité cérébrale semble, ici, ouvrir d’innombrables possibilités.  D’ores et déjà cette technique, apparemment efficace, présente les avantages d’être « non invasive, non-pharmacologique et sans effets secondaires identifiés ». Apporte-t-elle la preuve directe de l’inexistence de l’âme ? Cela pourrait presque faire rêver. Ou effrayer.

A demain

1Phantom motor execution facilitated by machine learning and augmented reality as treatment for phantom limb pain: a single group, clinical trial in patients with chronic intractable phantom limb pain”. The Lancet 1er décembre

DOI: http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(16)31598-7

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