Adolescents : l’addiction aux écrans remplacera-t-elle bientôt le trio « alcool-tabac-cannabis » ?

 

Bonjour

Une somme considérable 1.  L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) vient de mettre en ligne  un nouvel ouvrage de synthèse sur les pratiques addictives des jeunes. Intitulé Jeunes et addictions il analyse (208 pages) les parcours et les incidences de consommation (en France) des douze millions de « 11-25 ans ». Il traite des « produits » (licites, illicites) addictifs mais aussi  et des « addictions sans produits » (jeux vidéo, écrans, jeux d’argent et de hasard).

Un somme, donc, et une question déjà essentielle : comment Internet modifie-t-il les comportements et les usages addictifs ? L’impact d’Internet et des écrans ont d’ores et déjà transformé le quotidien de toute la population. Mais, c’est une banalité que de le dire, ils concernent plus encore les générations montantes. Ce phénomène est pour la première fois étudié dans toutes ses dimensions. Et le pire n’est peut-être pas le plus à craindre : « outil de diffusion et d’approvisionnement de substances illicites mais aussi support de prévention et moteur probable du recul des entrées dans les usages réguliers de tabac ou d’alcool ».

Rétine et récompense

On peut le dire autrement : l’addiction aux écrans est-elle une composante d’une politique de réduction des risques – l’écran se substituant aux « substances » et autres « produits ». La rétine peut-elle, sans ruiner le corps, entrer dans la boucle du fabuleux circuit cérébral de la récompense ?

Qu’apprend-on dans cette somme collective ? Pour résumer à grand traits, ceci :

« La pratique d’Internet chez les adolescents de 16  ans a considérablement progressé au cours des dix dernières années : en 2003, 23 % des jeunes de 16 ans déclaraient un usage quotidien, contre 83 % en 2015 (…)  cette très forte progression de l’usage d’Internet ne semble pas avoir eu d’impact sur la pratique d’une activité sportive. En revanche, le pourcentage de jeunes déclarant ne quasiment jamais lire est passé de 53 % en 2003 à 61 % en 2015. Quoi qu’il en soit, surfer sur Internet apparaît aujourd’hui comme la première pratique journalière, et ce très largement devant les autres loisirs. Une large majorité (85 %) des jeunes de 17 ans interrogés en 2011 dans l’enquête ESCAPAD ont déclaré avoir la possibilité de se connecter quotidiennement à Internet, la quasi-totalité surfant depuis leur domicile.

 Plus de quatre heures par semaine

« La possibilité d’accéder à Internet est similaire pour les filles et les garçons mais varie selon la situation scolaire ou professionnelle des adolescents. Les jeunes en apprentissage ou sortis du système scolaire ont plus de difficultés à se connecter quotidiennement. Passer du temps avec ses amis sur Internet pour échanger avec ses pairs (messageries, réseaux sociaux, forums de discussion, blogs…) apparaît comme la pratique d’écran la plus chronophage : les jeunes y consacrent en moyenne plus de 4 heures par semaine.

 « Suivent les activités d’information (actualité, recherches documentaires), qui concernent près de neuf jeunes sur dix en 2011. Cependant, le volume horaire hebdomadaire est nettement plus faible, les adolescents n’y consacrant environ que 1 h 50 par semaine. La pratique des jeux vidéo (en réseau, de rôle, de stratégie, de combat, etc.) constitue l’activité la plus susceptible de générer un usage problématique (…). Elle concerne 46 % des adolescents qui y jouent un peu plus de 3 heures en moyenne chaque semaine. De plus, il s’agit de l’activité Internet la plus sexuée : 61 % des garçons ont déclaré y avoir joué, contre 31 % des filles.

 Eviter de  «pathologiser» 

« Si l’omniprésence des Technologies de l’information et de la communication (TIC) dans le quotidien des plus jeunes marque vraisemblablement une rupture culturelle et générationnelle dont les effets sont encore mal connus, ces résultats soulignent la nécessité de différencier les circonstances, les contextes, tout autant que les types de pratiques qui se révèlent plurielles. Il convient donc d’éviter de « pathologiser » la pratique d’Internet ou des écrans, qui ne constitue bien sûr pas en soi un comportement problématique à l’adolescence. »

 Tout est dit avec ces « TIC » : une rupture culturelle et générationnelle dont les effets sont encore mal connus. Et la nécessité de ne pas « pathologiser ». Comment dit-on, en français ?

A demain

1 Beck F. (Dir.), Jeunes et addictions, Saint-Denis, OFDT, 2016, 208 pages.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s