Etrange : Marisol Touraine et les «remises confidentielles» de MSD sur son Zepatier®

 

Bonjour

Il est des communiqués de presse dont le journaliste ne sait que faire. Ce sont des communiqués qui contiennent bien une information, mais une information incomplète, une information qui en cache d’autres, non dites, et auxquelles le journaliste n’aura jamais accès – des informations interdites car protégées par le secret des règles sacrées du commerce.

Et puis il est aussi des communiqués qui font dresser l’oreille. De ce point de vue le communiqué diffusé dans la soirée du 8 décembre par les services de Marisol Touraine constitue un modèle pour écoles.

Solennellement intitulé « accès universel aux traitements contre l’hépatite C » il vante le fait que la ministre des Affaires sociales et de la Santé a obtenu une « baisse de prix significative » pour un « nouveau traitement contre l’hépatite virale de type C ». Et le communiqué ministériel de citer, nommément, le Zepatier® (elbasvir/grazoprevir) du géant pharmaceutique américain MSD.

«Accès universel»

A dire vrai ce n’est pas la ministre qui a, directement, obtenu ce prix d’ami. Mais c’était bien elle qui avait demandé au Comité économique des produits de santé (CEPS) de mener une négociation extrêmement ferme en ce sens. Que ne l’avait-elle demandé plus tôt ? C’était à la suite de sa surprenante annonce du 25 mai dernier quand elle s’était engagée « à garantir l’accès universel aux traitements contre l’hépatite C ».

« Aujourd’hui, je décide l’accès universel aux traitements de l’hépatite C. Le recours à ce traitement, comme à tout traitement, ne doit dépendre que du choix du patient, éclairé par son médecin, dans le cadre de leur colloque singulier. Le patient doit pouvoir décider en fonction de son appréciation personnelle des avantages et des inconvénients d’être traité, avantages et inconvénients qu’il appartient au médecin d’exposer. Pour permettre cet accès universel, le cadre réglementaire doit être adapté.

Près de sept mois plus tard elle fait expliquer que l’accord signé aujourd’hui avec le laboratoire MSD vient concrétiser ces efforts :

« Zepatier® sera vendu au prix de 28 732 € (avant remises confidentielles) pour un traitement de 12 semaines. Ce prix est inférieur de près de 38 % à celui des autres médicaments contre l’hépatite C actuellement disponibles sur le marché. »

Bout des oreilles

On s’interroge : que sont ces « remises confidentielles » qui, soudain, pointent officiellement le bout de leurs oreilles ? Des « remises confidentielles » dont le communiqué de presse de MSD ne parle pas – se bornant à « l’accord trouvé est le fruit d’échanges constructifs menés dans un esprit responsable entre MSD et les pouvoirs publics français ».

On se souvient alors avoir cité, en mars de l’an dernier, un passage croustillant signé de  Gilles Johanet, 66 ans, haut fonctionnaire qui a dirigé la puissante Caisse nationale de l’assurance-maladie (de 1989 à 1993). Gilles Johanet qui a aussi présidé le mystérieux et stratégique « Comité économique du médicament » avant d’être nommé procureur général près la Cour des Comptes.

Scandales

On peut trouver ce passage dans  « La vérité sur vos médicaments » Odile Jacob. 23, 90 euros – plus précisément dans la troisième partie de cet ouvrage, celle consacrée aux « scandales de l’industrie pharmaceutique » :

« Le prix du médicament affiché n’est pas forcément le vrai prix. La rétro-commission versée à l’industriel en cas de dépassement des objectifs de vente pourrait parfaitement être rendu publique (…) La véritable rétro-commission c’est la rétro-commission versée à la première boîte d’un médicament donné, c’est-à-dire la remise occulte consentie à l’assurance-maladie. Imaginons par exemple que le laboratoire demande 50 000 euros pour Sovaldi® [médicament de l’hépatite C dont le prix faramineux alimente de nombreuses polémiques], mais qu’il précise immédiatement être prêt à accepter de faire une remise à la Sécurité sociale pouvant être de 15 000 euros. Le prix réel n’est donc plus de 50 000 mais de 35 000 euros. »

« La différence reste secrète. Pourquoi ? Pour que les pays étrangers continuent à payer 50 000 euros. Et je peux vous dire, par exemple, que les Allemands nous envient ce système. Les autres pays n’ont pas recours aux rétro-commissions. Ce système constitue un avantage pour la France. Il est important de le préserver et de ne pas rendre trop rapidement public  le montant des remises. On sait que cela ne pourra pas durer, mais le jour où les montants seront dévoilés, ils devront disparaître. »

Aujourd’hui un communiqué de presse ministériel officialise l’existence de ces remises confidentielles. Il s’agit, tout bien pesé d’argent public et de solidarité nationale. On aimerait en savoir plus, beaucoup plus. Le pourra-t-on ? Le mieux n’est pas toujours le plus sûr.

A demain

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