La puissance de l’antalgique sans le risque de dépendance : une morphine nouvelle est annoncée

Bonjour

Alcaloïde de l’opium, grand modulateur de la conscience, la puissante fée morphine est une image de l’ambivalence. En médecine, sa puissance antalgique est grevée par les risques inhérents à son potentiel addictif et les effets secondaires qui en résultent. Certains estiment que c’est là un prétexte pour ne pas en user comme il conviendrait – un vieux reliquat du temps où l’Eglise catholique évoquait en chaire le caractère rédempteur de la douleur. Qui sait ?

Le temps a passé. Décembre 2016, une publication de la revue Anesthesiology 1 ouvre de nouveaux horizons médicaux. Elle est signée par des chercheurs de Gustave Roussy, de l’Inserm, de l’Université Paris-Sud, de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (Hôpital Bicêtre) et de l’Institut Pasteur.

Dépressions respiratoires

La morphine et ses dérivés sont les antalgiques les plus puissants actuellement disponibles. Face à des douleurs rebelles, on augmente leur posologie. Et les augmentations progressives font redouter les problèmes respiratoires, les troubles confusionnels, somnolences, nausées et autres troubles digestifs. « La dépression respiratoire est l’effet le plus redouté de la morphine et ses dérivés. Elle peut entraîner l’arrêt de la respiration et le décès. Dans notre étude, nous avons montré que l’opiorphine et sa forme stabilisée, le STR-324 étaient sans effet sur la pression artérielle et sur la dépression respiratoire, tout en ayant les même propriétés analgésiques » dexplique  le Dr Philippe Sitbon, premier auteur de la publication Anesthesiology et anesthésiste-réanimateur à Gustave Roussy.

Les auteurs de ce travail expliquent aussi que l’opiorphine, et une forme stabilisée de celle-ci (appelée STR-324), sont aussi efficaces que la morphine sur les douleurs post-opératoires. STR-324 est un peptide naturellement produit par l’organisme découvert par le Dr Catherine Rougeot, chercheur de l’Institut Pasteur. (voir la vidéo pédagogique). Lors de précédents travaux, le Dr Rougeot avait démontré les propriétés analgésiques de l’opiorphine. Elle avait également montré l’absence de dépendance et de constipation (J Physiol Pharmacol. 2010 Aug;61(4):483-90).

Premiers essais cliniques

Pour schématiser, lorsqu’on l’injecte la morphine va se fixer au niveau de tous les récepteurs opioïdes de l’organisme – avec des effets secondaires multiples selon les organes où se trouvent ces récepteurs. L’opiorphine et sa forme stabilisée n’ont pas exactement le même mécanisme d’action que la morphine. Elles bloquent la dégradation des enképhalines, « morphine humaine naturelle ». L’opiorphine agit uniquement là où il y a production importante d’enképhalines donc uniquement sur les voies de la douleur lorsqu’il y a une stimulation douloureuse

Aujourd’hui la publication de cette équipe établit les bons résultats obtenus sur les douleurs post-opératoires sur des modèles animaux – des résultats qui « encouragent le développement du STR-324 chez l’homme ». Les premiers essais cliniques devraient débuter fin 2017. A terme le STR-324 pourrait venir soulager d’autres types de douleurs comme les douleurs neuropathiques souvent difficiles (ou impossibles) à calmer par les antalgiques classiques.

On peut voir là, rédemption ou pas, un message d’espoir terrestre.

A demain

1  “STR-324, a Stable Analog of Opiorphin, Causes Analgesia in Postoperative Pain by Activating Endogenous Opioid Receptor–dependent Pathways

Philippe Sitbon, M.D., Alain Van Elstraete, M.D., Leila Hamdi, Ph.D., Victor Juarez-Perez, Ph.D.,

Jean-Xavier Mazoit, M.D., Ph.D., Dan Benhamou, M.D., Catherine Rougeot, Ph.D.

Anesthesiology, 2016; 125:1017-1029

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