Lait de femme : un marché illicite se développe sur Internet. Que font les trois ministres ?

 

Bonjour

Décembre 2016. On se fatigue de tout, surtout de la politique. L’âtre crépite. Le vieux Monde est sur écran. On tombe sur un pied de page accrocheur. Il signé de notre consœur Anne Chemin. Le titre séduit : « Quel statut pour le lait maternel ? ». On y apprend qu’un « marché informel de lait humain s’est développé sur Internet ». Et que cela ne va pas, en France, sans créer quelques problèmes. « Le Lait et la Toile ».

Anne Chemin interroge Mathilde Cohen. Mme Cohen chargée de recherche au CNRS, maître de conférences à l’université du Connecticut et lauréate de la Fondation pour les sciences sociales (FSS). Elle sait tout du sujet passé. Et tout nous est expliqué en résumé. Hippocrate, Diderot, les frères ou les sœurs de lait qui, jadis, n’avaient pas le droit de se marier ? Le pratique et le symbolique. Les nourrices et l’allaitement mercenaire, un salaire contre une poitrine.

Transcendance laïque

Et puis, comme toujours, la technique qui libère ou asservit. Les premiers tire-lait ­électriques, la pasteurisation, le ­conditionnement stérile et les locomotives. On dissocie le lait humain du corps qui le produit. On payait (chichement) la nourrice, pourquoi ne pas commercialiser cet aliment ?

Pourquoi pas, en effet. Il serait de meilleur rendement (et de meilleur qualité) que les laits maternisés des multinationale suisses. Mais en France, le bât blesse.  Les lois de bioéthique, constitutionnalisées, ont consacré l’indisponibilité du corps humain, sa non-patrimonialité. C’est ainsi : loi de 1905 ou pas, votre corps ne vous appartient pas. Une transcendance laïque et républicaine vous interdit de faire commerce des éléments de votre corps : rein, sang, sperme, ovocytes etc.

Esprit de lucre

Et le lait ? C’est l’équivalent du sang : il existe des circuits monopolistiques à visée thérapeutique mais ils sont hors-commerce, hors esprit de lucre. C’est là une forme nouvelle de charité caractérisée par la triade bénévolat-gratuité-anonymat.   Pour le lait il s’agit des lactariums qui fournissent du lait offert par des mères à des bébés prématurés ou malades. Un circuit qui, comme celui du sang ou du sperme, est régi par de strictes dispositions de réglementations sanitaires.

Comme pour les organes, le sang et les cellules sexuelles la vente ou le don direct de lait ­humain sont donc –illégaux.  Or, nous révèle Anne Chemin, « face à cette réglementation, un marché informel de lait humain s’est développé sur Internet ». Elle ajoute que ces pratiques « sont vivement critiquées par l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) ».

Rongeurs marchands

Pour Mathilde Cohen l’ANSM craint « de voir entrer dans la ­logique marchande un produit du corps humain qui touche à l’intimité des personnes et à leur intégrité autant qu’à la santé ­publique ». Car, dit-elle,  la commercialisation du lait humain, comme celle des organes ou des gamètes, « soulève des controverses morales qui ­favorisent ou bloquent l’émergence d’un marché institutionnalisé ».

Est-ce vraiment à l’ANSM de traiter d’un tel sujet ? On attendrait plutôt ici, et en urgence, l’Agence de biomédecine. Mieux encore: les ministres de la Santé, de la Justice et de l’Intérieur, tous trois en charge de l’application et de l’évolution de la loi de bioéthique – voire du respect de la morale républicaine en marche. Faute de quoi l’architecture en place depuis plus de vingt ans pourrait bien commencer à vaciller. La marché et se rongeurs attendent.

MM Fillon et Macron

Le Monde nous éclaire sur la situation qui prévaut aux Etats-Unis, où le Code of Federal Regulations considère que le lait n’est justement pas un produit du corps humain ­ (human tissue). « Il n’est donc pas soumis à la stricte réglementation qui encadre la collecte, le traitement et la distribution de ces produits, explique Mme Cohen.. Il n’est pas non plus un aliment ou un médicament réglementé par la Food and Drug Administration. Face à ce quasi-vide juridique, les banques de lait américaines ont pris l’initiative de s’autoréglementer. »

Sommes-nous, en France, à l’heure de la déréglementation et de la grande libéralisation? Que pensent de ce sujet (au hasard) MM Fillon et Macron ? On ne se lasse jamais, à dire vrai, de la politique.

A demain

 

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