François Fillon et la Sécurité sociale : Mme Le Pen ironise sur la «nausée» et le «petit risque»

 

Bonjour

Qui se souvient d’Antoine Roquentin, célibataire d’environ trente-cinq ans qui vivait seul à Bouville ? C’était avant la dernière guerre mondiale. Roquentin tient un journal, blog de l’époque. Vague à l’âme… Soudain il prend conscience que son rapport aux objets ordinaires change, a changé. Est-ce le temps, le blog ? Voici que cette prise de conscience induit du désagréable. Ce blog à la première personne (exercice redoutable) voit  l’inconscient de Roquentin titiller son nerf vague.

On sait ce qu’il en sera de cette plongée dans le végétatif parasympathique : le désagréable… le haut le cœur… le dégoût de soi… des autres… de tout… Rien n’y fera.  On ne supporte plus les bourgeois, on vomit l’humanisme, tout vous révulse… Ne vous aimant plus, vous avez l’étranger en horreur. La femme crue aimée vous quitte… Voici que vous divaguez… que vous divaguerez. C’est la Nausée.

Du Flore à Billancourt

2016. Pour ne pas désespérer Billancourt Marine Le Pen tient un blog. Aux antipodes du Flore c’est « Carnets d’espérances ». Chaque mot y est pesé. On en compte d’ailleurs assez peu. Il y a quelques jours, la présidente du Front National traitait, publiquement, de la Sécurité sociale. Elle répondait à son ennemi François Fillon, candidat comme elle à la présidence de la République. Elle l’attaquait sur son flanc droit, l’élu de la Sarthe ayant commis l’impair d’annoncer (si l’on a bien compris) sa volonté de purger à l’excès notre Sécurité sociale.

Tenus devant son collectif d’usagers, les propos de la candidate d’extrême-droite sont rapportés par Le Quotidien du médecin (Marie Foult) : « Sur la santé et la Sécu, Marine Le Pen étrille François Fillon et Marisol Touraine ». La candidate frontiste  estime que  Marisol Touraine vient « d’achever le malade, en annonçant un nouveau plan d’économies d’1,5 milliard d’euros à l’hôpital ». Elle observe, déjà, que « les soignants sont soumis à des conditions de travail déplorables, que l’hôpital doit assumer le poids d’une immigration de plus en plus lourde, sans parler des urgences et des patients mal orientés qui attendent des heures ».

Quand la nausée sera passée

Et puis elle eut ce mot, qui marqua :

 « En lisant le programme de François Fillon, j’ai la nausée, j’espère que cela passera car je sais que cela fait partie du petit risque.»

Mme Le Pen faisait ici référence à la volonté du candidat de la droite de cantonner le rôle de l’assurance-maladie aux seules « pathologies graves ».  On comprend qu’elle ironise, qu’elle use, à sa manière, d’une métaphore neurologique et parasympathique. Elle n’a pas strict sensu la nausée, cette « envie de vomir due au mal de mer ». Elle évoque sans doute ici une sensation de dégoût insurmontable, un sentiment de profonde répugnance (dans l’ordre intellectuel ou moral).

Sartre s’éloigne.  On songe à Montherlant, mort un jour d’équinoxe cinquante ans après ces lignes : «  Est-ce que jamais vous n’avez eu la nausée en regardant le calendrier, à voir les semaines passer, passer toujours sans un changement. » (Songe,1922, p.178).

Bizarres névroses

Mieux, on pense à Paul Bourget, injustement oublié : « Une nausée universelle devant les insuffisances de ce monde soulève le cœur des Slaves, des Germains et des Latins. Elle se manifeste, chez les premiers par le nihilisme, chez les seconds par le pessimisme, chez nous-mêmes par de solitaires et bizarres névroses. » (Essais psychol.,1883, p.10).

On écoute Marine Le Pen : la Sécurité Sociale doit respecter le principe de solidarité nationale. Et elle  prévient : « ceux qui voudront la privatiser me trouveront sur leur chemin ». Il en ira de même pour celles et ceux qui voudraient maintenir l’aide médicale d’État (AME). Présidente, Mme Le Pen la remplacera par une aide restreinte aux urgences vitales et aux maladies graves et contagieuses (sic). Elle veut aussi lutter contre les fraudes, via une carte Vitale biométrique attachée à la carte d’identité.

Aucune annonce du Front National pour la prise en charge, en urgence, de la nausée. On attendra.

A demain

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