La Sécurité sociale doit-elle permettre aux hommes de plus de 60 ans d’avoir des enfants ?

 

Bonjour

Ses groupies n’en sont pas encore revenues : Mick Jagger, 73 ans, vient d’avoir un pénultième enfant. La maman, Melanie Hamrick, 29 ans, est très heureuse. Le chanteur des Stones aussi. Et le bébé se porte comme un charme. Sur Slate.fr le redoutable Laurent Sagalovitsch ose une question interdite, celle de la vasectomie obligatoire pour les hommes qui dépassent les soixante-dix ans :

« (…) au risque de passer pour une grenouille de synagogue, je trouve absolument scandaleux, insensé et irresponsable de prétendre à la paternité quand on a déjà un pied et même un peu plus dans la tombe. Mick Jagger, malgré ses millions en pagaille, son anoblissement, sa grande bouche, ses disques d’or en veux-tu en-voilà, a toutes les chances de crever avant même que son dernier rejeton soit en mesure de l’appeler papa. Ou tout comme. Quand on sait que l’espérance de vie est de soixante-dix-neuf ans, trois mois, deux semaines, une heure et douze minutes pour les hommes, grandes sont les probabilités pour le nouveau-né de se retrouver orphelin de père à une époque où il sera loin, très loin d’avoir atteint l’âge adulte. »

Grenouilles de synagogue ou pas, force est de constater que la Nature est ce qu’elle est, et les inégalités procréatrices entre sexe ce qu’elles sont. On sait aussi, bénitiers ou pas, que les techniques de procréation médicalement assistée on fait des miracles. Mick Jagger approchait les quarante ans quand naissait le premier bébé-éprouvette français. Et il n’était plus un ange (1992) lorsqu’en Belgique on découvrit épar hasard » la technique qui permet aujourd’hui aux hommes stériles ou « hypofertiles » de devenir père : l’Injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde (ICSI) un moment baptisée « Viol de l’ovule ».

Deniers publics

Faut-il, sur des deniers publics, permettre à tous les hommes qui le demandent, d’avoir accès gratuitement aux techniques de PMA ?  Et  ce quel que soit leur âge ? La question, plus que délicate vient d’être soulevée lors des récentes Journées du Collège national des gynécologues obstétriciens français, organisées à Montpellier.

En France la limite d’âge d’accès à la PMA (avec prise en charge de l’Assurance maladie) a été fixée unilatéralement à 43 ans pour les femmes. Il n’existe en revanche (à ce jour) aucune restriction pour les hommes avançant en âge et souhaitant devenir  père. La loi précise seulement que les deux membres du couple doivent être « en âge de procréer ». Question, vieille comme cette loi : comment définir un homme « en âge de procréer », puisque, même si la fertilité masculine diminue, un homme peut devenir spontanément père à tout âge (et qu’aucune loi ne saurait, dans les espaces démocratiques, l’en empêcher).

La question peut toutefois être posée sous différents angles, comme l’a fait, à Montpellier la Dr Joëlle Belaisch-Allart.  Nous donnons ici des extraits de sa communication :

« Il est établi que les taux de succès après insémination et fécondation in vitro sont moins bons lorsque le père est âgé. Mais la question principale est de savoir si l’âge du père a un impact sur la santé et le bien-être de l’enfant à venir. Les répercussions d’une paternité tardive sur le risque de malformations fœtales sont démontrées mais modérées. Une étude du CECOS a montré que le risque de malformation, notamment de trisomie 21, est augmenté lorsque le donneur de sperme a plus de 45 ans. D’autres études ont confirmé une discrète augmentation des malformations, dès 40-45 ans, mais surtout après 50 ans.

Pères vieillissants

« Les risques sociétaux sont en revanche établis et de mieux en mieux décrits. Bien que l’espérance de vie soit de 79 ans pour les hommes en France selon les dernières données de l’Insee, leur espérance de vie en bonne santé n’est que de 62,5 ans.  Quelle image paternelle aura l’enfant pour ce père vieillissant et quel regard les enfants porteront sur leur camarade dont le père a l’âge de leur grand père ? Certaines équipes parlent à cet égard de couple transgénérationnel.

« L’impact de l’âge avancé du père serait particulièrement sensible au moment de l’adolescence, avec à la fois une certaine honte de ce père vieillissant et un sentiment de culpabilité. Des études récentes ont en outre mis en évidence une association entre certains troubles psychiatriques et l’âge du père, mais attention à toute généralisation car les explications à cette augmentation du risque d’autisme et plus encore de troubles bipolaires chez les enfants de pères âgés par rapport aux enfants de pères jeunes sont diverses. Peuvent entrer en ligne de compte, outre les interactions père-enfant, la génétique et l’épigénétique.

Deux troublantes enquêtes

« Sur le plan éthique, l’absence de limite d’âge pour le père pose la question de l’égalité homme-femme d’une part et d’autre part celle de l’équité dans l’accès à l’AMP, car les indications dépendent des centres et des praticiens, même si la majorité des professionnels de santé tendent à retenir un seuil compris entre 55 ou 60 ans pour l’homme, comme l’illustrent deux enquêtes récentes. »

La première a été réalisée auprès des biologistes et des cliniciens des centres de PMA. 84% des répondants disent « prendre en compte l’âge de l’homme » et 24% la différence d’âge entre les deux membres du couple. Le seuil retenu par 85,2% des participants pour l’homme est de moins de 60 ans. Les spécialistes de l’AMP souhaitent également dans leur grande majorité que la loi statut sur une limite d’âge pour la prise en charge, entre 55 et 60 ans (56 ans en moyenne).

La deuxième enquête a été menée auprès des gynécologues et gynécologues obstétriciens qui accueillent les couples avant de les référer ou non à un centre de PMA. La moitié d’entre eux seulement déclarent fixer une limite d’âge pour l’homme, dans leur pratique. Pour ceux qui fixent une limite, celle-ci est de 58 ans en moyenne. La grande majorité des répondants estime néanmoins que la prise en charge par l’Assurance maladie doit être limitée aussi pour l’homme – et ce en moyenne à 53 ans.

Dans cette étude, 72% des répondants étaient des femmes et l’on observe une différence dans les réponses en fonction du sexe : 64% des femmes souhaitent une limite par la loi contre 39% des hommes, 83% des femmes souhaitent une limite pour la prise en charge par l’Assurance maladie contre 74% des hommes. L’âge influence également les réponses : 70% des médecins de moins de 40 ans souhaitent une limite fixée par la loi contre 52% chez les plus de 40 ans.

Vasectomisés d’autorité

Et maintenant ?  Va-t-on vers une révision de la loi de bioéthique afin de limiter l’âge des pères pour la PMA ? « Les deux Assemblées étant très largement masculines, les réponses risquent de ne pas être en faveur de limite, observe Joëlle Belaisch-Allart. La discussion engagée et les points de vue exprimés par les professionnels ayant participé à ces deux enquêtes révèlent une nette tendance en faveur d’une limite d’âge définie par la loi et un seuil pour la prise en charge par l’Assurance maladie, des règles qui simplifieraient les pratiques et permettraient une meilleure égalité dans l’accès à la PMA. »

Les politiques se rangeront-ils à l’avis des spécialistes ? Voilà un bien beau débat de société. Question : interdire une prise en charge de la PMA pour les hommes de plus de 60 ans signifierait-il que seuls les riches auraient accès à la paternité aidée ? Ou faut-il, au nom du principe de précaution, envisager le recours systématique à la pratique de la vasectomie ?

A demain

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