La démonisation de la cigarette électronique est l’une des incarnations de la «post-vérité»

 

Bonjour

Serait-ce, déjà, un « effet Trump » et son épidémie de « post-vérité »  ? Comment, sinon, expliquer que l’équivalent américain du Directeur Général de la Santé en soit arrivé là ? Nous évoquions il y a quelques jours la publication du rapport sur la cigarete électronique du Dr Vivek H. Murthy, Surgeon General des Etats-Unis.  On trouvera ce rapport à cette adresse :  https://e-cigarettes.surgeongeneral.gov/. Cet éminent responsable sanitaire y reprend les chiffres d’utilisation de cigarettes électronique chez les jeunes aux Etats-Unis. Il rappelle que les outils du vapotage ne sont pas anodins, que l’inhalation de nicotine expose à un risque de dépendance à cette substance. Il critique par ailleurs  les publicités agressives de l’industrie des cigarettes électroniques ciblant les plus jeunes.

Ce rapport est aujourd’hui devant des juges ayant autorité. Et il est dénoncé comme biaisé et partisan. On ne peut, comme il le fait, présenter  la cigarette électronique comme « un danger majeur pour la santé publique ». C’est refuser de comprendre qu’il y a là un levier puissant de réduction du risque tabagique. Ceci explique le nombre et la virulence des réactions d’experts en santé publique qui dénoncent le rapport du Dr Murthy,  réductionniste et politiquement partisan.

Rapport malhonnête

 Le paradoxe veut que, loin d’être colligées et analysées par les responsables des organismes sanitaires publics, ces réactions critiques le sont par le site des buralistes : « Cigarette électronique : un rapport américain alarmant, mais très contesté ». On y découvre, contacté par Sciences et Avenir, le Dr Lion Shabab (University College London) qui estime que le rapport adopte « une courte vue sur le potentiel de la e-cigarette en tant qu’outil de réduction des risques du tabagisme, tout en exagérant ses potentiels effets néfastes (…)  À l’inverse du tabac fumé qui utilise la combustion pour délivrer dans les poumons de la fumée contenant de la nicotine, du goudron et de nombreuses substances toxiques, les cigarettes électroniques ne brûlent pas de tabac. Il est donc trompeur de classer la e-cigarette comme un produit du tabac ».

 A ses côtés le Dr Lynne Dawkins (London South Bank University) regrette qu’« en choisissant de se concentrer sur les jeunes et d’ignorer que la e-cigarette est une alternative moins dangereuse pour les adultes fumeurs, le rapport se rend incapable de mesurer adéquatement la balance des bénéfices et des risques ». Pour le Pr Michael Siegel (Ecole de santé publique de l’université de Boston), « le rapport est scientifiquement malhonnête ». Sur son blog il souligne (une fois encore…)  que « le vapotage n’est pas une forme d’utilisation du tabac » et insiste sur la prévalence tabagique qui a atteint un niveau historiquement bas aux États-Unis.

Ces trois experts estiment que les effets de la nicotine sur le cerveau humain ne sont pas avérés, les seules données disponibles étant issues de recherches animales, essentiellement menées sur des rongeurs.

 Dans un monde idéal

 Dr Lion Shabab : « Il est clair que dans un monde idéal, les adolescents ne consommeraient ni cigarette ni e-cigarette. Mais la réalité, c’est qu’en dépit de décennies d’efforts pour réduire le tabagisme, le plus dangereux des produits du tabac – la cigarette – est encore un produit de consommation parfaitement légal ; alors même qu’il rend non seulement dépendant mais tue aussi ses consommateurs.

 « De fait, chaque année, des milliers d’adolescents commencent à fumer des cigarettes. Or, si les e-cigarettes peuvent détourner les adolescents du tabac fumé, elles auraient très probablement un effet bénéfique sur la population. Il faut savoir que l’usage quotidien de e-cigarettes chez les jeunes reste extrêmement rare, et est d’abord le fait de ceux qui fument déjà.

« En exagérant les dangers de la e-cigarette et en ignorant son potentiel d’outil de réduction du tabagisme, y compris chez les adolescents, le rapport du Surgeon General pourrait avoir des conséquences non souhaitées et conduire plus de jeunes vers des produits du tabac fumé ».

 En France le Pr Bertrand Dautzenberg ironise : Merci au Surgeon General US de suivre avec trois ans de retard l’attitude assez exemplaire qu’a eu la France en matière d’e-cigarette, malgré les tensions et les incompréhensions qui persistent ».

 Et en  Suisse, ce pays ami ? On peut ici écouter, sur la RTS, le réquisitoire calme et terrible du  Pr Jean François Etter (Université de Genève), fondateur du programme « stop tabac » en Suisse. C’est, selon lui un rapport biaisé et trompeur. Un rapport non pas scientifique mais bel et bien politique caractérisé par un refus idéologique de la politique de réduction des risques. On n’écoute jamais assez la Suisse. Pour l’heure, en France, c’est le grand silence.

A demain

2 réflexions sur “La démonisation de la cigarette électronique est l’une des incarnations de la «post-vérité»

  1. C’est un grand classique US: On a tout à fait le droit d’acheter des armes à feu, y compris les plus puissantes, et également tout à fait le droit de se tuer à petit feu en fumant.C’est le Far West. Réduire les risques en limitant les possibilités d’acheter des armes à feu, ou en préférant vapoter plutôt que fumer ? C’est limiter la liberté de pouvoir tuer, ou se tuer. Les Américains ne sont pas des Européens timorés. Ils aiment le risque. Etc Etc

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