Les sages-femmes alertent sur le Syntocinon®, un médicament banalisé dans les maternités

 

Bonjour

Les temps changent. Symptôme qui ne trompe guère, c’est Le Quotidien du Médecin (Dr Irène Drogou) qui relaie l’information. Le Collège national des sages-femmes (CNSF) vient de franchir un nouveau pas dans la mutation de cette profession : il vient de publier ses premières recommandations. Et ces recommandations ressemblent trait pour trait à une alerte lancée.

Objet : l’usage qui est fait aujourd’hui de l’oxytocine,  ocytocine de synthèse commercialisée sous un seul conditionnement (en ampoule de solution injectable de 5UI/ml) sous la marque Syntocinon® par le Laboratoire Sigma Tau France.

« Mis au point dans les années 1950, ce médicament a obtenu son AMM en août 1970. Ses indications sont les suivantes : insuffisance des contractions utérines (CU) en début ou en cours de travail ; chirurgie obstétricale (césarienne, interruption de grossesse…) en vue d’une bonne rétraction utérine ; atonie utérine consécutive à une hémorragie du post-partum immédiat. Pour ces trois indications le service médical rendu (SMR) est évalué comme important par la commission de transparence de la HAS (Haute Autorité de Santé).

Travail spontané

C’est sur ce médicament, utilisé quotidiennement pendant le travail spontané,  que s’est porté le choix des sages-femmes. Ce premier travail de recherche mené en partenariat avec le Collège national des gynécologues-obstétriciens (CNGOF), l’Inserm et le Collectif interassociatif autour de la naissance (CIANE).

Aujourd’hui les sages-femmes alertent : le Syntocinon® n’est pas sans risques. En 2011 une étude de l’Inserm, publiés dans BMJ Open avait démontré que ce médicament multiplie par 1,8 le risque d’hémorragie grave – et que ce sur-risque augmente avec la dose d’hormone administrée pendant le travail. Or il semblerait que l’on administre, en  France administre, globalement davantage Syntocinon® que dans les autres pays européens.

Au final ce travail a redéfini le premier stade du travail (soit du début de la dilatation du col à la dilatation complète), et notamment de la première phase, dite « phase de latence ». Le CNSF conclut que le début de la « phase active » (la deuxième phase)  est désormais repoussé à 5-6 cm de dilatation (contre 3-4 cm auparavant). Le CNSF appelle à respecter cette phase de latence, comme le formulent déjà les recommandations américaines.

Administrer au bon moment

« Ces recommandations sont importantes car elles visent à trouver un juste milieu. Il ne s’agit pas de « démédicaliser » mais de mieux prescrire, la juste dose, au bon moment », explique la Dr Camille Le Ray, gynécologue-obstétricienne (maternité  Port Royal, Paris). Ces recommandations concernent les accouchements de femmes à terme, portant un seul bébé, avec une présentation céphalique, et dans le cadre d’un travail spontané (non déclenché). »

Le CNSF recommande en outre de pratiquer la rupture artificielle des membranes (qui accélère le rythme des contractions utérines) avant l’administration Syntocinon®. Il souligne, de plus, que la péridurale n’est pas une indication à une administration systématique de ce médicament.  Enfin le CNSF appelle encore à une « médicalisation raisonnée » en recommandant d’attendre jusqu’à deux heures maximum que le bébé descende avant d’utiliser le Syntocinon®.

Une analyse faite en 2012 à partir de l’enquête du Ciane révèle qu’un tiers des femmes ont reçu ce médicament «  à leur insu » – et parmi celles qui ont été informées, 55% « n’ont pas pu exprimer leur consentement » (CIANE, 2012). Pour sa part le Collège des sages-femmes insistent sur la nécessité de « sensibiliser le public ». Aussi recommande-t-il  « à chaque maternité de pouvoir évaluer son taux d’administration d’oxytocine durant le travail spontané comme indicateur de la qualité des soins en salle de naissance ». On peut, en écho, lire ceci sur le site du CIANE :

Droit d’être informées

« Le CIANE restera attentif à ce que toutes les femmes, dans chaque maternité, profitent très rapidement de l’avancée que constituent ces recommandations. Or, l’administration systématique et banalisée d’oxytocine est ancrée de longue date dans les pratiques en maternité.

« C’est pourquoi, en parallèle aux évaluations déjà prévues sur l’évolution des pratiques, nous demandons le recueil et la publication pour chaque maternité du taux d’utilisation d’oxytocine : les femmes ont le droit d’être informées des pratiques en vigueur dans les maternités dans lesquelles elles envisagent d’accoucher. »

Les temps changent. Qui s’en plaindrait ?

A demain

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