Failles de la médecine du travail : vérités cachées sur les idées suicidaires des pilotes de l’air

 

Bonjour

Jadis le commandant de bord était un homme heureux, respecté des passagers, admiré des hôtesses, solide comme un roc dans les tempêtes. A la fin il posait son avion et la carlingue l’applaudissait. Puis il partait vers de nouvelles aventures.

Germanwings : 24 mars 2015 à 9 h 41, Alpes du Sud françaises, sur le territoire de la commune de Prads-Haute-Bléone. « Acte volontaire du copilote » : les 144 passagers et les six membres d’équipage de l’Airbus A320-211 sont tués sur le coup.

Le commandant de bord Patrick Sondheimer,  34 ans était un pilote expérimenté de la Lufthansa, dix ans d’ancienneté, plus de 6 700 heures de vol. Le copilote, Andreas Lubitz, 27 ans  avait été embauché par Germanwings en septembre 2013. Il passait régulièrement une visite médicale pour renouveler son certificat médical de classe 1. On connaît la suite, les épisodes dépressifs, le syndrome « d’épuisement professionnel », le refus de renouvellement de son certificat médical, puis l’acceptation avec une mention signalant la nécessité d’« examens médicaux spécifiques réguliers ». Jusqu’à la fin, sanglante.

Pensées dépressives

Aujourd’hui, cette publication:Airplane pilot mental health and suicidal thoughts: a cross-sectional descriptive study via anonymous web-based survey” (Environmental Health). Les pilotes de ligne ont répondu à un questionnaire, sous couvert d’anonymat, entre avril et décembre 2015. Ce travail a été mené par six chercheurs du « Department of Environmental Health, Harvard T.H. Chan School of Public Health ».

« Les pensées dépressives chez les pilotes de ligne sont beaucoup plus répandues que ce que nous pensions. » Environ un pilote interrogé sur huit remplit les critères d’une dépression probable. Soixante-quinze d’entre eux font clairement état de pensées suicidaires. »

« Des centaines de pilotes en activité aujourd’hui présentent des symptômes peut-être sans avoir la possibilité d’être traités en raison de la crainte de retombées négatives sur leur carrière.»

C’est la première fois qu’est brossé un tableau de la santé mentale de la profession de pilote de ligne, avec un focus sur les symptômes dépressifs et les idées suicidaires.

Le questionnaire portait sur la santé et la satisfaction au travail et comportait des items standardisés de deux tests anglo-saxons validés, le « Job Content Questionnaire » pour la satisfaction au travail et le National Health and Nutrition Examination Survey. Les symptômes dépressifs étaient spécifiquement évalués. Au total, 3 485 pilotes de ligne de cinquante pays ont été invités à participer. Les réponses sont parvenues de pilotes  des États-Unis, devant le Canada, l’Australie, l’Europe, l’Amérique du Sud et l’Afrique du Sud.

Harcèlement sexuel

Le détail des réponses ne manque pas d’inquiéter. La proportion des dépressions était plus élevée en cas de prise de somnifères, et parmi les victimes de harcèlement sexuel ou verbal. Selon les chercheurs, ces résultats sont d’autant plus précieux qu’une sorte de culture du silence prévaut dans la profession. Les pilotes sont aussi des salariés et redoutent craignant les répercussions sur leur carrière que pourraient avoir la révélation de leurs souffrances psychiques. Où l’on retrouve les impasses et les failles béantes de la « médecine du travail ».

Après l’affaire Andreas Lubitz l’Agence européenne de sécurité aérienne avait, en août dernier, annoncé son souhait de voir renforcés les contrôles médicaux des pilotes au travers de « l’introduction de dépistages de drogues et d’alcool, d’une évaluation exhaustive de la santé mentale » et d’un meilleur suivi en cas d’antécédents de problèmes psychiatriques. Elle avait également demandé d’améliorer la formation et la supervision des médecins qui suivent les pilotes et de prévenir les tentatives de fraudes en obligeant les centres d’examens médicaux pour pilotes à signaler les examens incomplets. Qu’en est-il, en pratique ?

Parallèle hospitalier

On discutera sans soute la valeur statistique des chiffres publiés dans Environmental Health. On rappellera que l’avion est une méthode de transport qui amplement fait la preuve de sa sécurité. Reste qu’il y a bel et bien un nombre significatif de pilotes en activité souffrant de symptômes dépressifs. Que faire ? Les auteurs appellent les directions des compagnies aériennes à faciliter l’accès à une prise en charge préventive des troubles psychiques…

Il faudrait aussi, en toute logique, tenir compte des longues heures de travail, de l’éloignement du foyer, des horaires irréguliers, de tous les facteurs de fatigue et d’instabilité. Sans oublier les situations de harcèlements – ce qui n’est pas sans rappeler le monde hospitaliers.

Les commandants de bord, comme les médecins hospitalo-universitaires ne sont plus exactement ce qu’ils furent.

A demain

 

Une réflexion sur “Failles de la médecine du travail : vérités cachées sur les idées suicidaires des pilotes de l’air

  1. Renforcer le suivi médical n’est qu’une des solutions possibles. Mais mieux c’est que l’entourage du pilote -notamment l’entourage professionnel- soit dans la possibilité de signaler un comportement inquiétant d’un pilote ce que peut alerter l’employeur ensuite le médecin du travail. Dans plusieurs pays cela existe.

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