Révélation : les femmes enceintes perdent de leur matière grise cérébrale durant la grossesse

 

Bonjour

C’est une information que l’on pressent importante mais dont on mesure mal l’exacte portée. Elle confère une nouvelle dimension aux échanges biologiques existant entre une femme enceinte et l’enfant qu’elle porte – une dimension hors de l’ordinaire touchant au cœur même de la pensée humaine : la substance grise cérébrale. C’est la conclusion d’un travail qui vient d’être publié sur le site de Nature : “Pregnancy leads to long-lasting changes in human brain structure” par des chercheurs espagnols et hollandais dirigés par Elseline Hoekzema et Erika Barba-Müller (Unitat de Recerca en Neurociència Cognitiva, Departament de Psiquiatria i Medicina Legal, Universitat Autònoma de Barcelona).

Pour résumer, la grossesse modifie le cerveau d’une femme, a pour effet de modifier la taille et la structure des régions de la substance grise. Il apparaît, de plus, que ces modifications demeurent dans les deux années qui suivent la naissance de l’enfant. Plus troublant encore : elles semblent corrélées à l’attachement affectif entre la mère et son enfant. «  C’est tout simplement fascinant » a déclaré au New York Times le Dr Ronald E. Dahl, directeur de l’Institut du développement humain à l’Université de Californie, Berkeley : “Pregnancy Changes the Brain in Ways That May Help Mothering” (The New-York Times).

Fascinant, le sujet est d’ores et déjà repris par The Economist ; “Scanning reveals what pregnancy does to a mother’s brain” et la BBC : “Pregnancy alters woman’s brain ‘for at least two years’”.

Rien chez les hommes

Ce travail a duré plus de cinq ans et a été mené auprès de vingt-cinq femmes espagnoles âgées d’une trentaine d’années souhaitant avoir un premier enfant. Des scanners cérébraux ont été pratiqués avant qu’elles soient enceintes et peu après l’accouchement. Des examens comparables ont été effectués chez vingt femmes « témoins ».  Des réductions importantes de volume de la substance grise cérébrale n’ont été observées que chez les femmes venant de donner la vie. D’autre part aucune différence n’a été notée entre les seize femmes qui ont subi un traitement pour la fertilité et les neuf autres. La question demeurent de savoir quelles structures et composants précis de cette matière grise a été touchée.

Par acquis de conscience Les chercheurs ont également scannographié  les cerveaux d’hommes faisant ou non l’expérience de la paternité : aucune différence.  Les chercheurs ont constaté, de visu, que les régions cérébrales concernées des mères montraient une activité neuronale plus grande lorsque les femmes regardaient des photos de leurs propres bébés par rapport à des photographies d’autres enfants. Six mois après la naissance des examens psychologiques (évaluant l’attachement émotionnel, le plaisir et l’hostilité d’une femme envers son bébé) ont été effectués. Les réponses permettraient de conclure que l’importance des modifications cérébrales est en lien avec   le degré d’attachement de la mère à son enfant (et réciproquement).

The New York Times cite une étude récente allant dans le même sens : “Spontaneous mentalizing captures variability in the cortical thickness of social brain regions”.

 “Transfusion cérébrale”

Quelle signification donner à un tel phénomène, à cette « transfusion cérébrale » ? Pour Paul Thompson, spécialiste de neurosciences à l’Université de Californie du Sud (et qui n’a pas participé à l’étude) quelques pistes se dessinent. On pourrait imaginer que la perte de matière grise observée n’a rien de bénéfique et qu’elle pourrait même avoir des conséquences  négatives. Elle serait alors la simple conséquence du stress et du manque de sommeil associés à cette période de la vie des femmes.

Une autre possibilité, nettement plus séduisante, est que la perte se substance cérébrale observée est n’est que la traduction d’un programme inné mis en place au fil de l’évolution pour offrir tous les chances à l’enfant porté. Un nouveau phénomène de maturation souvent imaginé, parfois fantasmé, jamais démontré.

Les psychanalystes feront, à coup sûr, d’autres et nombreuses interprétations quant à la démonstration d’un nouveau lien biologique entre la mère et celui qu’elle porte et nourrit. On peut imaginer que ce travail mené à Barcelone ne laissera pas insensible Pedro Almodóvar.

Il y a plus polémique, et plus grave. Cela concerne la pratique des mères porteuses.  En mettant comme ils le font, sous une nouvelle lumière, l’ampleur des échanges qui existent lors de la grossesse entre la mère et l’enfant ces résultats fournissent de nouveaux arguments à celles et ceux qui s’opposent à ce nouvel esclavage.

A demain

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