Infarctus du myocarde : la belle histoire anglaise de la troponine et des statines préventives

 

Bonjour

En cette fin d’année à nouveau ensanglantée la BBC a trouvé des raisons d’espérer : les risques d’infarctus du myocarde peuvent être détectés simplement, des années à l’avance, pour des sommes modiques, à partir d’un simple test sanguin. Et ces risques peuvent alors être réduits. Tout ceci est expliqué dans une publication du Journal of the American College of Cardiology “High-Sensitivity Cardiac Troponin, Statin Therapy, and Risk of Coronary Heart Disease”. C’est là une méthode diagnostique qui pourrait se substituer à la traditionnelle prise de la tension artérielle (plus ou moins bien effectuée) associée aux analyses récurrentes (plus ou moins bien comprises) des lipides sanguins.

Tout tourne ici autour de la « troponine ». On nomme ainsi un complexe de protéines (une protéine hétérotrimérique) qui a pour fonction de sensibiliser les cellules musculaires au calcium. C’est aussi une structure aux visages multiples que l’on trouve au sein des muscles, le cardiaque comme les squelettiques. Elle peut, de ce fait, être un reflet sanguin de la souffrance du myocarde. Depuis quelques années son dosage est ainsi demandé (en urgence) par tous les soignants qui, face à des douleurs thoraciques, redoutent la survenue un infarctus.

Pas de miracles

D’une grande utilité, la troponine ne permet pas, à elle seule, de réaliser des miracles. L’interprétation des résultats obtenus alimente de nombreux débats au sein de la communauté médicale spécialisée. On a en effet  observé que l’augmentation franche des taux de troponine est le plus souvent retardée par rapport aux manifestations de la douleur – et ce  même dans le cas d’un infarctus du myocarde en cours de constitution.

«Nous ne disposons que de trois méthodes pour savoir que nous sommes face à une personne victime d’un infarctus du myocarde, nous expliquait, il y a peu, le Pr François Mach, chef de service de cardiologie des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) Il y a la douleur, le tracé de l’électrocardiogramme et un dosage sanguin de la troponine.  Mais nous savons bien que la douleur peut prendre bien des visages différents et parfois même être absente. De la même manière le recours à l’électrocardiographe n’est pas toujours signifiant. Quand au dosage sanguin il est certes très utile mais ne  devient parlant  que dans les deux à quatre heures qui suivent la douleur. C’est dire toute l’importance que nous pouvons accorder à des outils qui pourraient nous renseigner de l’existence d’une rupture de plaque d’athérome au moment même où elle se produit.»

Un baromètre de la pompe cardiaque

C’est dans ce contexte que s’inscrit la publication d’une équipe de chercheurs britanniques dirigée par le Pr Nicholas L. Mills (University Centre for Cardiovascular Science, Edinburgh). Ils expliquent que des dosages sanguins réguliers de troponine associés, le cas échéant, à des prescriptions de médicaments de la famille des statines, permettent de réduire le risque d’être victime (et de mourir) d’une crise cardiaque.

Leur travail au long cours (mené contre placebo) a été mené sur 3318 hommes volontaires qui ne présentaient pas d’antécédents de pathologie cardio-vasculaires mais des anomalies sanguines modérées (LDL cholesterol concentrations 152 to 228 mg/dl). Et tout cela est dynamique. Pour la BBC l’un des auteurs de cette publication use de la métaphore atmosphérique: « la troponine est presque comme un baromètre de la santé cardiaque. Si l’aiguille monte, c’est mauvais. Si elle descend, c’est bon signe. » Et on peut influencer l’appareil en ayant recours aux statines. Tout cela sur une période allant jusqu’à quinze ans.

Cœurs féminins

«Les dosages de troponine aideront les médecins à identifier les personnes apparemment en bonne santé mais qui ont une maladie cardiaque silencieuse afin que nous puissions cibler les traitements préventifs sur ceux qui sont susceptibles d’en bénéficier le plus » souligne le Pr Mills.

Troponine ou pas, reste l’essentiel pragmatique : la meilleure façon de prévenir les affections cardiaques demeurent une alimentation saine, une activité physique régulière, le refus du surpoids. Et le refus absolu (quoi qu’il en coûte) de la consommation de tabac.

Pour l’heure le travail britannique (qui n’est pas grevé par des conflits d’intérêts) n’a été mené que sur les hommes. On voit toutefois mal pourquoi ses enseignements ne vaudraient pas également pour les cœurs féminins.

A demain

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