« Cher John Hunter : nous vous confirmons le diagnostic que vous portâtes en 1786 »

 

Bonjour

Un présent pour la nouvelle année, un acte de foi en la médecine, un hommage à un maître- le tout doublé de cet humour impayable que nous qualifions de britannique. C’est une publication du British Medical Journal : « Dear John Hunter » 1. Deux cent trente ans plus tard on sait que le diagnostic était presque parfait. Celui porté par le Dr John Hunter (1728-1793), l’une des gloires de la chirurgie triomphante, l’un des pères de la médecine expérimentale.

Frère cadet de l’anatomiste William Hunter, médecin militaire, chirurgien du roi George III, c’est un praticien des Lumières honoré comme il se doit par les institutions de son temps. Il fut, dit-on, « un orateur carré d’une nature argumentative ». Il meurt en 1793 au sein de l’hôpital St George après une attaque lors d’une discussion sur l’admission des étudiants.

Sortir de la boucherie

C’est, depuis, un indéboulonnable monument britannique. Ses innombrables collections de pièces médico-chirurgicales sont pieusement conservées au Hunterian Museum, Royal College of Surgeons. A la différence criante de la France, le Royaume-Uni sait honorer son passé médical.  La BBC dit (presque) de lui qu’il fut l’un de ceux qui sortirent la chirurgie des entrailles de la boucherie pour la hisser vers les pavillons de la science.

En 1786 John Hunter le Dr Hunter reçoit un patient porteur, au niveau de la cuisse, d’une «tumeur aussi dure que l’os». Il prend des notes :

« It appeared to be a thickening of the bone, it was increasing very rapidly… On examining the diseased part, it was found to consist of a substance surrounding the lower part of the thigh bone, of the tumour kind, which seemed to originate from the bone itself. »

 Le chirurgien ampute son patient qui vivra encore quelques semaines.

« From this time he began to lose flesh and sink gradually, his breathing more and more difficult, »

L’autopsie établira par la suite une prolifération des lésions tumorales osseuses dans les organes et la région thoraciques.

Le mystère de la maladie vénérienne

2016 : une équipe de spécialistes reprend les échantillons conservés de ce cas, et les analyse sous toutes les coutures, avec les outils modernes. Outre la confirmation du diagnostic d’ostéosarcome ils expliquent que cette exploration à distance est de nature à éclairer leur discipline sur l’évolution de cette entité cancéreuse au fil du temps.

«Cela a commencé comme une forme d’exploration amusante, puis  nous avons été étonnés par l’intuition de John Hunter», a déclaré le Dr Christina Messiou (Sarcoma Unit, The Royal Marsden NHS Foundation Trust, London).

Dans le British Medical Journal le Dr Messiou et ses confrères présentent leurs excuses au Dr Hunter pour le retard mis à confirmer son diagnostic de 1786. On ne sait pas tout sur le célèbre Dr Hunter ; il se murmure encore, dans les brouillards de Londres qu’il se serait lui-même administré (« expérimentalement ») la gonorrhée (« chaude-pisse ») alors qu’il écrivait un ouvrage sur les maladies vénériennes. L’humour britannique est sans limites.

A demain

1 “Dean John Hunter”. BMJ 2016; 355 doi: http://dx.doi.org/10.1136/bmj.i6515

Christina Messiou, consultant radiologist, Daniel Vanel, consultant radiologist, Rob Pollock, consultant surgeon, Martyn Cooke, conservator, Eleanor Moskovic, consultant radiologist, Cate Savidge, radiographer,  Laurence King, medical physicist, Anisha Patel, radiology fellow, Robin L Jones, medical oncologist.

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