Drogues et ubérisation : Paris, Lille, Bordeaux, Rennes Marseille …- et le Naples de Gomorra

Bonjour

La drogue est-elle consubstantielle aux héros des séries télévisuelles de qualité ? Le paracétamol interniste amélioré (Dr House) – les opiacés chirurgicaux du Dr John « Thack » Thackery (The Knick )- des alcools comme s’il en pleuvait (Mad Men) – le tabac sectaire  The Leftovers )- les herbes résinées du clan Savastano & C° (Gomorra).

Gomorra précisément, et les liens séculaires qui réunirent des seigneurs d’Anjou au royaume de Naples. Nous étions après les Vêpres siciliennes  – soulèvement populaire à Palerme et Corleone  qui vit les ombrageux Siciliens préférer le tragique Aragon à la douceur angevine. Nous étions le 31 mars 1282, jour du mardi de Pâques.

Aujourd’hui la troublante Gomorra de  Roberto Saviano , adaptation de son livre homonyme sur la Camorra. Gomorra reproduisant par bien des aspects une Italie moyenâgeuse, sans pouvoir central. Une Naples livrée aux clans mafieux respectueux du pouvoir et (pour une petite partie) des rituels catholiques. Qui s’intéresse à l’addiction, à la tragédie et à l’Italie se doit de connaître Gomorra.

Exacerbation de la concurrence

Nous sommes fin décembre 2016. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) vient de publier un rapport qui éclaire d’une bien étrange lumière napolitaine les cités de Paris,  Bordeaux, Lille, Marseille, Rennes, Metz ou Toulouse.  «Tendances récentes et nouvelles drogues» dresse un état des lieux de la consommation de substances psychoactives illicites dans différentes grandes villes de France. Ce travail décrit notamment « l’autonomisation des usagers les plus riches du trafic de rue, réservé désormais aux usagers précaires ».

L’OFDT décrit ainsi un phénomène de plus en plus prégnant: celui de «l’aller vers» des trafiquant de drogue. La conséquence d’une «concurrence de plus en plus exacerbée» entre les réseaux de trafic qui se traduit par «un climat de violences intensifié» et qui détourne les usagers des lieux de revente. «Si Marseille est confronté à de tels faits depuis de nombreuses années, Lille, Rennes ou Bordeaux signalent désormais eux aussi une rivalité appuyée autour de la tenue des points de vente», souligne l’OFDT :

« Face à ce climat de violence et de présence policière accrue du fait de l’état d’urgence, les usagers les plus insérés socialement répugnent de plus en plus à se rendre dans les lieux de deal, ce qui a conduit les trafiquants à continuer de «développer une stratégie consistant à aller vers les consommateurs»: prise de commandes par SMS, approvisionnement des clients dans des «drive» adossés à une cité où les clients peuvent s’approvisionner sans quitter leur véhicule, voire commandes de produits sur internet et livraison postale des marchandises. Une sorte d’«ubérisation» du trafic de drogue.

 «L’évolution la plus rapide semble concerner le développement des commandes de drogues illicites par le biais du dark web (NDLR: «web sombre», partie de la toile accessible en ligne mais non indexée par les moteurs de recherche, où se cachent les principaux sites de vente de drogue en ligne)». Internet permet aussi la diffusion de nouvelles drogues. En 2015, «quelque 50 nouvelles substances ont été identifiées en France pour la première fois», indique l’OFDT. »

Cristal, poudres et comprimés

Pour le reste, Uber ou pas, on notera, en France, le « succès croissant de la MDMA » dans les «espaces festifs électros» :

« Concernant les produits, le stimulant le plus recherché, notamment chez les jeunes, est laMDMA, sous forme de poudre, de cristal ou de comprimés (ecstasy), qui sont plus gros et plus fortement dosés, pris en particulier lors des ‘’espaces festifs électro’’  qui touchent un public désormais plus largement ouvert et plus jeune. Elle est en revanche très peu présente sur les marchés fréquentés par un public «précaire».

 « La MDMA, qui tire son nom de sa formule chimique (3,4-méthylènedioxy-méthamphétamine), avait connu un âge d’or dans les fêtes techno des années 1990, avant une baisse de notoriété au début des années 2000. Elle a de nouveau le ‘’vent en poupe’’. Si l’herbe et la résine de cannabis continuent à connaître une augmentation de leur taux de THC, «leurs publics se différencient sensiblement»: ‘’les usagers les plus insérés consommeraient majoritairement de l’herbe et participeraient au développement de l’auto-culture du cannabis’’, tandis que les consommateurs les plus défavorisés continuent à majoritairement acheter de la résine, dont le prix est inférieur.

 MM Fillon, Macron et Mélenchon

On notera encore, avec ou sans Uber, « l’inquiétante pratique du «chemsex» dans la communauté homosexuelle masculine » :

« L’OFDT décrit un phénomène marginal mais préoccupant en termes de santé publique: la consommation de produits (cocaïne, GHB, mais surtout des nouveaux stimulants de synthèse acquis sur internet) en contexte sexuel, dit ‘’chemsex’’, dans une frange de la communauté homosexuelle masculine. 

 « La pratique du ‘’slam’’, l’injection de stimulants dans le but d’améliorer les sensations lors de relations sexuelles, apparue à Paris au début de la décennie 2010, est ainsi désormais observée à Bordeaux, Toulouse, Marseille et Rennes. ‘’La présence du matériel d’injection en quantité le plus souvent insuffisante donne lieu à des réutilisations, voire à des échanges de seringues qui accroissent les risques de contaminations bactériologiques et virales’’. »

Comment, dans cette nouvelle économie de marché et des ivresses, élaborer une politique de réduction des risques ? On attend les projets de MM Fillon, Macron et Mélenchon.

A demain

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