Voir plus loin : la fumée du cannabis altérerait les capacités rétiniennes des fumeurs

 

Bonjour

Le cannabis attise les passions politiques plus ou moins libératrices. On le verra bientôt lors des débats de la Primaire de la Gauche. Le cannabis n’est pas seul dans l’affaire : il en va de toutes les substances qui modifient les états de conscience : quelles limites la puissance publique doit-elle (ou non) fixer quant à leurs consommations ? Quels bénéfices peut-elle tirer de leur commerce ?

Le cannabis alimente aussi la curiosité biologique et médicale. Quel est son impact exact sur le corps de celles et ceux qui s’adonne à ce qu’ils perçoivent comme un plaisir – plaisir parfois d’autant plus aigu qu’il est (en France) illicite. Le goût de silex, de pierre à fusil, du fié gris et du petit risque.

Conduite automobile

Cannabis et vision : il faut ici se pencher sur une étude française, pilote et originale, publiée en cette fin d’année par le JAMA Ophtalmology : Association Between Regular Cannabis Use and Ganglion Cell Dysfunction”. Elle a été menée par un groupe de sept chercheurs dirigés par le Dr Vincent Laprévote (Maison des Addictions, Centre Hospitalier Régional Universitaire Nancy, Pôle Hospitalo-Universitaire de Psychiatrie du Grand Nancy) 1.  Elle s’inscrit dans un cadre plus large dont objectif est d’évaluer «l’impact de l’usage de cannabis sur le cerveau humain au travers de la vision, une fonction impliquée dans la conduite automobile et les accidents de la voie publique ».

Cette étude pilote a réuni cinquante deux volontaires (fumeurs de cannabis réguliers et abstinents ne fumant ni cannabis, ni tabac) recrutés pour passer un électrorétinogramme. Ces volontaires avaient au préalable ils répondu à un questionnaire sur leurs habitudes de consommation. Ils avaient aussi accepté un test urinaire pour vérifier qu’ils n’étaient pas positifs à d’autres substances psychotropes.

Vingt joints par semaine

En moyenne, les consommateurs de cannabis fumaient depuis six ans, une vingtaine de joints par semaine. Aucun n’était sous l’effet du cannabis lors du passage du test. «Chez les consommateurs réguliers, nous avons mesuré un retard de traitement de l’information par leur rétine, a expliqué le Dr Vincent Laprévote au Figaro. En revanche, il n’y avait pas de baisse d’amplitude de ce signal.» Traduire : les personnes qui fument régulièrement du cannabis reçoivent le même signal rétinien que les non-fumeurs. Mais elles le captent au bout de 98.6 millisecondes, contre 88.4 millisecondes pour les personnes abstinentes.

Pourquoi, dira-t-on, se pencher sur la fonction visuelle quand on s’intéresse au cannabis ? Tout simplement parce que la vision est une fenêtre ouverte sur la machinerie cérébrale – et la rétine une forme d’extension neuronale. Et aussi parce que les effets du cannabis avaient déjà été démontrés sur des rétines de souris : « Cannabinoids modulate spontaneous synaptic activity in retinal ganglion cells ».

Réversible ou pas ?

« Il nous reste à définir si ce ralentissement a des conséquences sur le comportement des usagers, et si ces derniers ressentent qu’ils sont plus lents », prévient le Dr Vincent Laprévote. L’enjeu n’est pas mince : 10 millisecondes de retard à réagir, c’est près de 3 mètres parcourus par une voiture roulant à 100 km/h. Il faudra aussi savoir si cette effet est ou non réversible à l’arrêt de l’intoxication.

Et quid du tabac puisque vingt-et-un des vingt-huit consommateurs de cannabis étaient également des tabagiques ? Pour le Dr Laprévote il semble «peu vraisemblable d’affirmer que le facteur tabac puisse faire varier le temps de réaction de la rétine à la lumière.» Il n’y a pas «d’études qui viennent démontrer l’impact du tabac sur la vitesse de traitement de l’information de la rétine.»  Prochaine étape : une étude sur la persistance des effets rétiniens chez trente personnes qui sont en passe d’arrêter le cannabis. Des résultats qui alimenteront d’autres passions.

A demain

1 Cette étude fait partie d’un programme de recherche, «Causa Map», dirigé par l’équipe du CHRU de Nancy, financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les conduites addictives (MILDECA).

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