Salle de shoot à Paris, trois mois après : parmi les usagers tous ne sont pas des « précarisés »

Bonjour

C’est simple : pas un. Même Emmanuel Macron que l’on commence (judicieusement) à rapprocher de la blancheur de Jean Lecanuet (1920-1993). Aucun des candidats à l’élection présidentielle ne s’exprime sur cet enjeu majeur qu’est la « politique de réduction des risques ». Vanter les mérites de la prévention, toujours. Traiter de la cigarette électronique, jamais. Discourir sur le cannabis, oui. Prendre des engagements comptables sur un programme de réduction drastique du tabagisme ? On verra…C’est là une forme de démission, d’absence de courage, qui n’est pas pour rien dans la désaffection grandissante des citoyens pour son personnel politique.

Du quinquennat finissant on gardera, entre mille sujets, la mémoire des « salles de shoot » (de « consommation à moindre risque). C’est là une expérience frontière et un parfait indicateur de la volonté politique d’agir dans un domaine où la pédagogie est essentielle. Il aura fallu, in fine, plus de quatre ans pour obtenir, après mille et une contorsions, que le premiers de ces espaces puisse être créé en France : dans des locaux attenants à l’hôpital Lariboisière (AP-HP). Cette salle fut inaugurée le mardi 11 octobre la ministre des Affaires sociales et de la Santé. Pour Marisol Touraine il fallait voir là « une avancée majeure pour la santé publique dans notre pays, une réponse innovante et courageuse à une situation d’urgence sanitaire ».

Trois mois après

Et maintenant ? Trois mois plus tard le président de l’association Gaïa, le Dr Jean-Pierre Lhomme fait un premier point d’étape dans un entretien publié par Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb).

« Il serait prétentieux et peu rigoureux de parler de bilan à seulement trois mois. Il s’agit plus d’un point d’étape encourageant. Nous pouvons faire un constat : 170 à 220 passages par jour. Ce sont donc 8 000 injections qui n’ont pas eu lieu dans l’espace public. On compte aussi 5 000 passages pour récupérer du matériel d’injection ou pour du conseil. Cela représente une file active de 500 personnes, ce qui est acceptable.

« Dès le premier jour, 65 personnes sont venues. Ces premiers usagers ont progressivement informé leurs connaissances. Il s’agit en partie d’usagers que l’on connaissait dans notre CAARUD (centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) ou qui viennent d’autres CAARUD parisien, et en partie des consommateurs qui n’étaient intégrés à aucun dispositif. »

Le Dr Lhomme précise que les consultations médicales infirmières sont en place, que des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) du VIH et du virus de l’hépatite C (VHC) sont pratiqués, que des cas de contaminations par le VHC ont été identifiés. « Le diagnostic du VHC permet d’entamer une discussion autour du passage à des modes de consommation moins risqués, voire à des produits de substitution, explique-t-il.  La présence de postes d’inhalation favorise également le basculement de l’injectable vers le fumable, qui présente moins de risque. Nous pouvons aussi compter sur nos relais en soins somatiques, en addiction et en psychiatrie. Nos partenaires répondent rapidement à nos sollicitations. On est dans le mûrissement de l’intentionnalité de soin avant le passage du consommateur dans des structures ad hoc. »

Mains tendues

Le médico-médical n’est pas tout : il y a les demandes d’hébergement, celles d’aide à la récupération des droits. Aujourd’hui les horaires, le budget et le personnel permettent d’accueillir jusqu’à 350 personnes par jour dans de bonnes conditions. On comprend que tout n’est encore totalement réglé avec les riverains : « l’assise de la salle de consommation reste fragile. Il faut continuer le travail d’acceptation. Il y a eu une réunion du comité de voisinage, et les riverains nous font part des petits dysfonctionnements ».

Et puis le Dr Lhomme donne cette information : « On ne peut pas encore faire d’étude sociologique, mais nous n’avons pas que des usagers précarisés. Certains sont socialement bien intégrés mais l’offre proposée par la salle de consommation leur convient mieux. » Un élément qui pourrait être mal interprété – et peut-être même utilisé contre le principe même de ces espaces soignants d’un nouveau genre.

Mais c’est aussi là une donnée qui rappelle que les « usagers » (qu’ils soient ou non « précarisés ») sont avant tout des malades souffrant gravement d’addictions à des « produits ». La démonstration de la priorité qui doit être donnée à cette main tendue qu’est (aussi) une politique « courageuse » de réduction des risques. Qu’en dira Emmanuel Macron ? Qu’en aurait dit Jean Lecanuet ?

A demain

Une réflexion sur “Salle de shoot à Paris, trois mois après : parmi les usagers tous ne sont pas des « précarisés »

  1. Sur les non précarisés, c’est tout l’enjeu de la salle de STRASBOURG dt peu de personnes parlent ms qui est sur ce public

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