«Tuer le cancer» pour 486 euros : sur France Inter, l’affaire du Pr Paterlini-Bréchot

Bonjour

« Première matinale de France », France Inter invitait, ce 19 janvier, le Pr Patrizia Paterlini-Bréchot. Elle vient de publier « Tuer le cancer » éditions Stock, 285 pages, 19,50 euros. On retrouvera ici son intervention et ses réponses à Patrick Cohen ». Et point n’est besoin d’être grand clerc pour comprendre que cette invitation fera polémique.

Mme Paterlini-Bréchot mène depuis plus de trente ans une quête scientifique ambitieuse : « traquer » le cancer en isolant au sein du sang circulant les cellules cancéreuses qui, avant les premiers symptômes, signent la présence d’un processus malin en formation. C’est une quête menée par une femme enthousiaste et courageuse – une femme atypique qui, dans le passé, a déjà suscité diverses polémiques assez complexes jamais véritablement explorées par les gazettes. C’est aussi, point notable, une quête menée au sein de l’espace de la recherche publique française : l’INSERM, l’université Paris Descartes et l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Etonnantes pincettes

Ces longues recherches ont conduit à la mise au point d’un test dénommé ISET « Isolation by Size of Tumor cells / Trophoblastic cells »). Ce test (objet d’autant d’espoirs que d’interrogations) a été breveté par les institutions publiques au sein desquelles travaille la chercheuse. Il est aujourd’hui commercialisé. Et la publication de l’ouvrage, très personnel, de Mme Paterlini-Bréchot fournit l’occasion d’en vanter les mérites. L’occasion, aussi, de s’interroger sur les étonnantes pincettes qui sont prises pour sa commercialisation dans quelques laboratoires de biologie médicale (engagements écrits pour consentements éclairés du prescripteur et du patient…).

Ce test, explique celle qui l’a mis au point, est facturé 486 euros. Il précise aussi qu’il n’est pas remboursé par l’assurance-maladie, qu’il devrait être pratiqué autant que de besoin, que la ministre de la Santé Marisol Touraine s’est intéressée à ses travaux, qu’elle espère que le remboursement sera un jour obtenu, que les droits d’auteure de son livre iront à la recherche sur le cancer, que ce test vise à identifier précocement toutes les formes de cancer solides, y compris le « cancer du fumeur » comme le démontrent les travaux, à Nice des Prs Paul Hofman et Charles-Hugo Marquette 1

Mme Paterlini-Bréchot explique aussi que les personnes intéressées peuvent avoir tous les renseignements sur le un site dédié : http://www.isetbyrarecells.com/fr/. Un site qui cite les deux laboratoires privés (à Paris et à Nice) qui en France proposent (pour 486 euros) cette méthode diagnostique non remboursée.

Deux vitesses contre le cancer

 « La machine qu’elle a conçue ressemble, selon ses dires, à ‘’une chimère de photocopieuse et de cafetière’’. Mais elle est capable de détecter une seule cellule tumorale dans 10 millilitres de sang, ‘’donc perdue au milieu de 100 millions de globules blancs et de 50 milliards de globules rouges’’, raconte pour sa part Le Point (Anne Jeanblanc). Fière de son indépendance, mais ne pouvant financer les grandes études scientifiques qui assureraient un développement rapide de sa découverte, Patrizia Paterlini-Bréchot a choisi de vendre son procédé aux laboratoires de recherche intéressés. Pour cela, elle parcourt le monde. Trente machines ont déjà été achetées. Et, depuis peu, les patients français souffrant d’un cancer peuvent bénéficier du test ‘’cytopathologie sanguine selon la méthode Iset’’. Malheureusement, trop peu de médecins le connaissent et il n’est pas encore remboursé. Mais cela ne devrait pas durer. »

A ce stade, que penser ? Comment de telles informations vont-elles entrer en résonance ? Que font, ici, les autorités sanitaires (l’Institut National du Cancer au premier chef) et celles de l’assurance maladie ? Faut-il se résoudre, en France et en 2017, à « tuer le cancer » à deux vitesses ?

A demain

1 « Tabagisme : détecter, via le sang, le cancer du poumon des années avant. Mais encore ? » Journalisme et santé publique, 31 octobre 2014

5 réflexions sur “«Tuer le cancer» pour 486 euros : sur France Inter, l’affaire du Pr Paterlini-Bréchot

  1. Il me faudra lire ce livre ou un résumé sur ce test.

    Avant de dire que l’on va tuer le cancer , il faudrait avoir des tests à grande échelle, montrant après tirage au sort des volontaires, et application de ce test et de ses conséquences * que la survie d’un groupe dépisté est supérieure à celle d’un groupe non dépisté.

    Car intuitivement on ressent l’odeur du surdiagnostic avec un test aussi sensible.

    Il a été montré pour le cancer du sein pour 2 groupes de femmes l’un soumis à une mammographie / 2 ans , en 6 ans et l’autre seulement 2 mammographie , au départ et a 6 ans, que le groupe à 3 mmamograpie a 20% de cancers diagnostqués en plus.
    Le groupe à 2 mammographies au bout des 6 ans, a 20% de cancer en moins à 6 ans. Conclusion les 20ù de cancers trouvés par plus de mamographies ne sont pas des cancers, ils disparaissent.

    Ici on n’est même plus au stade de la petite tache sur la mammographie, mais sur le principe au stade de la cellule. Dire que cette cellule à coup sûr témoigne d’un cancer qui va évoluer , cela doit être solidement étayé et par des études cliniques.
    Peut-être que dans la grande ignorance je néglige que ça a été montré mais ce que je lis ici ne le suggère pas.

    * J’imagine les conséquences:

    – test positif
    – recherche d’un cancer examen clinique (j’espèe) , scanner mammographie endocopie IRM PET scan
    – biopsie d’images anormales avec leur risque d’accident hémorragique ou infectieux, ou neurologiques….
    – retentissement psychologique « un cancer se cache dans mon corps »
    – on trouve quelque chose on le traite avec des risques chirurgicaux, radiologiques, toxiques et peut-être, mais il faut le démontrer, peut être que l’on a tué dans l’oeuf un cancer qui aurait tué. Ou qui aurait disparu.
    On a déja vu les soucis rencontrés avec la mammographie, le PSA, le cancer de la thyroïde.

    Beaucoup d’espoir mais sauf coupable ignorance qui me fera aller à Canossa, pas de démonstration que l’on est plus utile que nuisible à proposer un tel test.

    Je me demande si j’ai raté une étape, parce que si un tel test est autorisé (apparemment le cas) c’est forcément qu’il aurait démontré un bénéfice en terme de survie . OU alors ….
    Et on ne le saurait pas encore à grande échelle ?

    Un petit tour sur le site http://www.isetbyrarecells.com/leaflets/ me laisse sur ma faim. Si les études cliniques existaient elles seraient référencées ….

    Bizarre.

    • AUtant se répondre soi-même.
      A lire Wikipedia et la bibliographie qui s’y trouve ce test serait proposé pour des patients avec un cancer DEJA CONNU .
      Pas en dépistage du cancer tous azimuts , contrairement à ce que j’avais compris.

      Donc reste à demontrer que ça améliore la survie mais une partie de mes remarques ne tient plus.

      • Merci,
        Justement ces publications ne sont pas une application clinique visant à tester le bénéfice de la pratique du test en terme de survie (le critère le moins sujet à erreur , ou tripatouillage comme il se voit faire hélas). Ni en terme de quelconque critère de jugement « patient oriented » (critère de bénéfice clinique réel et non pas changement de taux de ceci ou cela par exemple)

        Ils en sont au tout début. Il y a un début à tout.

        L’idée j’imagine, ce serait de tirer au sort 2 groupes de patients volontaires :

        – l’un traité comme d’habitude avec des « lignes de traitement  » modifiées selon la « réponse » de la masse tumorale (jugée selon l’imagerie, les marqueurs tumoraux voire le bon vieil examen avec les yeux et les mains) ,
        – et l’autre qui aurait un traitement plus précoce non pas en fonction de la masse tumorale (c’est un peu tard) mais en fonction de la circulation en avant-garde de ces cellules cancéreuses.
        Mais cela suppose que les traitements de la ligne suivante soient plus efficaces donnés plus tôt (déduction faite de la toxicité). Ce qui intuitivement parait vrai mais en réalité l’intuition ne se vérifie pas si souvent et elle rime avec déception (au sens français mais aussi héas parfois au sens anglais de tromperie).

        Ou alors de déterminer le type de traitement le mieux adapté selon que le patient a ou pas des cellules circulantes ou selon un typage plus avancé de ces cellules

        Il n’y a pas de publication de ce type sur les divers sites. Ou l’on ressent une impression de malaise indicibile….

  2. La réalité de l’étude niçoise est parfois assez distante de ce qu’en raconte la chercheuse.
    Le principe, est de suivre des patients gros fumeurs et atteints de BPCO par un examen scannographique annuel et un prélèvement.
    Aucun patient, à ce jour, n’a été guéri de son cancer du poumon comme on l’entend parfois.

    D(autre part, la technique court le risque d’être dépassée par d’autres méthodes, notamment la détection d’ADN tumoral circulant et d’ADN tumoral plasmatique.

    Poussés par des intérêts commerciaux, ces nouveaux tests se répandant très vite, bien plus vite que les CTC cellules tumorales circulantes.
    La recherche de ces cellules risque donc de n’être que la portion congrue de la mise en évidence de tumeurs précoces.

    Un grand projet français, encore en construction, va d’ailleurs utiliser l’ADN tumoral dans un essai prospectif.

    Y a t-il intérêt à investir dans la machine du Dr Paternalli ? A t-on les éléments qui permettent de dire que le test promu change quelque chose au pronostic ?

    Wait and see pourrait être une bonne réponse.

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