Sexualité, mères porteuses, fin de vie : en attendant Macron, la bioéthique selon Mélenchon

Bonjour

On peut (ou pas) apprécier Jean-Luc Mélenchon, son idéologie, sa facture, son ego si particulier. Reste que même ses ennemis déclarés lui reconnaissent quelques qualités. La moindre n’est pas d’oser s’exprimer sur des sujets généralement laissés sous les lourdes moquettes politiques. A commencer par les grandes questions bioéthiques. Il  s’en explique aujourd’hui, non sans clarté, dans Le Journal du Dimanche : « Mélenchon au JDD : « Je suis pour le droit au suicide assisté » » (Anna Cabana Et Arthur Nazaret). Résumons son propos.

1 Le « suicide médicalement assisté ». Avant le premier tour de la primaire de gauche, François de Rugy et Benoît Hamon, ont plaidé pour le « droit à mourir dans la dignité ». Jean-Luc Mélenchon :

« Ils ont fait œuvre utile. Cela facilite mon travail. Mais il faut parler clair et nommer les choses par leur nom : je suis pour le droit au suicide assisté. Ne nous cachons pas derrière des euphémismes. Les Français sont prêts à regarder cette idée en face. Le débat nous grandira tous. C’est un sujet sur lequel il y a un grand décalage entre les Français, massivement pour, et les responsables politiques, plutôt frileux… En politique, les questions philosophiques font souvent très peur. Parler de la mort, pour un politicien, c’est typiquement le genre de sujet sur lequel il va biaiser. La formation moyenne des responsables politiques est extrêmement technocratique, elle est très peu littéraire et peu philosophique. Ce sont des sujets qui les encombrent.

« Il faut un débat sur la nature de la civilisation humaine à notre époque. L’avenir de la planète et celui de l’être humain sont à l’ordre du jour. Il ne faudrait pas que les questions de la présidentielle se résument à : combien ça coûte? Je veux introduire dans le débat le droit à être maître de soi-même. Il y a un lien direct entre le droit à l’avortement et le droit au suicide assisté. Je propose que ces deux droits soient inscrits dans la Constitution.

2 La fin de vie. Depuis 2016, le droit à la « sédation profonde et continue » est autorisé… Cela ne suffit-il pas?

« Je récuse la loi qui s’applique aujourd’hui. Elle consiste à priver un mourant d’eau et d’alimentation. C’est la « diète noire », une torture qu’infligeait le dictateur Sékou Touré. S’ensuit une mort atroce. Le suicide assisté est le droit ultime de rester maître de soi-même, de rester libre dans une circonstance contre laquelle on ne peut rien. C’est une liberté, pas une obligation, bien sûr. Il est misérable de devoir aller en Suisse ou en Belgique pour bénéficier du suicide assisté, comme autrefois on allait en cachette en car à Amsterdam pour un avortement. »

3 Les mères porteuses. Jean-Luc Mélenchon est « hostile à la GPA ». On lui demande pourquoi « alors même que c’est le point d’aboutissement de cette liberté de disposer de soi-même que vous jugez fondamentale ».

« Je comprends qu’en toute logique on pose cette question. J’y suis opposé pour une raison philosophique. Le corps n’est pas une marchandise. Ne sommes-nous pas tous pour la gratuité du don des organes ou du sang ? Quand vous vous êtes vendu comme une marchandise, vous n’êtes plus maître de vous-même. La GPA fait d’une femme un outil de production. Le jour où l’on me présentera une milliardaire qui par amour d’une femme pauvre d’un bidonville acceptera de porter son enfant, je réviserai mon point de vue. »

On observera que Jean-Luc Mélenchon est l’un des rares hommes politiques (  fortiori à gauche) à user du concept d’indisponibilité (de non patrimonialité) du corps humain. « La GPA est fondée sur une illusion : que la filiation reposerait sur autre chose que de l’amour, ajoute-t-il. Le lien biologique n’est pas fondateur de la relation humaine. L’amour prime sur la génétique. »

4 La prostitution. Depuis 2016, « l’achat d’acte sexuel » est sanctionné d’une amende de 1.500 euros maximum. Faut-il aller plus loin ? « Il faut assumer un parti pris abolitionniste ferme, estime Jean-Luc Mélenchon. À tous ceux qui disent que la prostitution est un métier comme un autre, je demande pourquoi ils ne le proposent pas à leur mère, à leur femme ou à leur fille. » Il ajoute que « tous les désirs ne sont pas des droits » – ce qui pourrait ravir ses adversaires de droite, à commencer par le chrétien François Fillon.

5 La PMA pour les couples de femmes. Jean-Luc Mélenchon y est favorable. « Il s’agit d’une capacité biologique que n’ont pas les hommes, explique-t-il. C’est encore une fois la libre disposition de ses aptitudes qui ne nuit ni aux principes, ni aux personnes. »

Emmanuel, « signifiant flottant »

Nos confrères du JDD lui font observer que dans cette campagne, il n’est pas seul à parler de philosophie, qu’Emmanuel Macron aussi s’en réclame… Réponse :

« Quelle perfection n’a-t-il pas? [Rire.] Mais la philosophie, c’est l’amour de la sagesse. L’attitude de Macron à l’égard de l’argent est contraire à la sagesse. Proposer aux jeunes d’avoir comme rêve d’être milliardaire est certainement la chose la plus laide que l’on ait entendue en politique. »

Philosopher ? On attend toujours les positions d’Emmanuel Macron (libéral et de gauche) sur les cinq points traités, dans le JDD par son futur adversaire. Emmanuel Macron, bulle toujours en expansion, une lévitation qui ne dit pas son nom, un étrange « signifiant flottant » selon  Thierry Pech, directeur général de la fondation Terra Nova. C’était sur France Culture le jour où Jean-Luc Mélenchon professait dans le JDD.

A demain

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s