Médicaments : la revue « Prescrire » publie sa liste noire mais ne voit pas flamber les prix

Bonjour

Avec le temps le médicament peut devenir marronnier. L’AFP ne s’y trompe pas qui annonce la publication, par le mensuel Prescrire, de sa « traditionnelle liste noire ». Une liste dévoilée le 26 janvier, une centaine de médicaments « plus dangereux qu’utiles », des spécialités à éviter en raison des risques sanitaires « disproportionnés » qu’ils font courir aux patients.

« L’action des autorités et des firmes pour écarter des soins les médicaments plus dangereux qu’utiles est lente et parcellaire » estime Prescrire qui, avec le temps, fait ses comptes :

« Parmi la centaine de « médicaments à écarter pour mieux soigner » recensés par les 5 bilans Prescrire de 2013 à 2016, seulement une dizaine ont fait l’objet de suspension ou de retrait d’autorisation de mise sur le marché (AMM), par l’Agence française des produits de santé, plus souvent que par l’Agence européenne du médicament.

Ethique et impasse thérapeutique

Indispensable Prescrire. Cette année, la revue recense 91 médicaments « à écarter », dont 82 vendus en France. Ce qui ne va pas sans considérations éthiques qui pourraient se discuter :

« En situation d’impasse thérapeutique dans une maladie grave, il n’est pas justifié d’exposer les patients à des risques graves, quand l’efficacité clinique n’est pas démontrée. L’utilisation de certains de ces médicaments dans le cadre d’une recherche clinique peut être acceptable, mais à condition d’informer les patients des inconnues sur la balance bénéfices-risques et d’une utilité de l’évaluation. Dans les autres cas, mieux vaut se concentrer sur des soins utiles pour aider le patient à supporter l’absence d’option capable de changer le pronostic ou d’améliorer sa qualité de vie au-delà de l’effet placebo. »

Indispensable Prescrire. « Il faut que le doute bénéficie au patient et non au médicament, comme c’est encore trop souvent le cas », a souligné Bruno Toussaint, le directeur éditorial du mensuel. Il ajoute qu’avant de retirer un médicament du marché les autorités sanitaires demandent de « multiples études prouvant la dangerosité du médicament ».

« Il y a encore beaucoup de difficultés à convaincre au niveau européen et à résister à la pression des firmes pharmaceutiques, qui vivent de la vente des médicaments pour rémunérer leurs actionnaires et leur personnel et qui poussent toujours pour arriver plus vite sur le marché et pour y rester le plus longtemps possible. »

Euphémisme

Mais encore ? Quid du sujet central, économique, éminemment politique : celui des prix ahurissants réclamés, d’entrée, par certains géants de Big Pharma – des prix in fine acceptés en France par le toujours aussi mystérieux Comité économique des produits de santé. Qu’en dit Prescrire ? Où est son expertise ? Quelle stratégie militante? Quelles actions médiatiques ? Quelles convergences avec le monde associatif en lutte ?

Interrogé sur le prix élevé de certains anticancéreux, Bruno Toussaint a, rapporte l’AFP, estimé qu’il n’était pas toujours justifié. Un euphémisme doux. « Les laboratoires obtiennent des prix élevés sur la base de dossiers qui ne sont pas encore probants […], cela ne les incite pas à faire des efforts » a-t-il dit. C’est, précisément,  le moins que l’on puisse dire. Prescrire est indispensable. Mais là, pour tout dire, c’est un peu court.

Rendez-vous est pris pour l’an prochain.

A demain

 

2 réflexions sur “Médicaments : la revue « Prescrire » publie sa liste noire mais ne voit pas flamber les prix

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