Cancer de l’utérus et inégalité : les mieux protégées sont toujours les moins défavorisées

Bonjour

Le jargon a ses outrances. Ainsi cette phrase : « Pour mieux atteindre ces populations, des approches qualitatives ciblées devront être conduites en complément, dans une démarche d’universalisme proportionné ». On peut la lire dans le dernier numéro du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) consacré à la lutte contre le cancer du col de l’utérus.

C’est la conclusion d’une étude intitulée « Caractérisation des femmes ne réalisant pas de dépistage du cancer du col de l’utérus par frottis cervico-utérin en France » – une étude menée par des chercheurs de l’Institut national du cancer (INCa) qui confirme les inégalités majeures et inacceptables qui existent et persistent dans ce domaine. Des inégalités tueuses. Tout est dit dans l’introduction :

« Le Plan cancer 2014-2019 s’est donné pour objectif de faire reculer les inégalités face au cancer du col de l’utérus (CCU). Un nombre important de femmes échappe à tout dépistage des lésions précancéreuses et cancéreuses du col de l’utérus, principalement dans les populations vulnérables. Plus de 1 100 femmes meurent chaque année de ce cancer. C’est l’un des seuls pour lequel le pronostic se dégrade en France, avec un taux de survie à cinq ans après le diagnostic en diminution (passé de 68% en 1989-1991 à 64% en 2001-2004) et un impact démontré du niveau socioéconomique sur la mortalité. » 

« Caractéristiques socio-économiques défavorables »

L’étude en question est une analyse transversale des données de l’Échantillon généraliste des bénéficiaires (EGB) de l’Assurance maladie sur la période 2010-2013. Elle a porté sur plus de 125 000 femmes. Résultats :

« Près de 40% des femmes n’avaient réalisé aucun dépistage en quatre ans. Les taux de non-participation au dépistage augmentaient à partir de l’âge de 50 ans, chez les femmes ayant un moindre recours au système de santé, en ALD, en invalidité et présentant des caractéristiques socio-économiques défavorables. Près de 60% des femmes non-participantes résidaient dans une commune identifiée comme défavorisée et 15% étaient bénéficiaires de la CMUc. »

Pour finir, l’inimitable jargon conclusif :

« Les résultats sont cohérents avec les données issues de la littérature. La caractérisation au plan quantitatif des femmes non-participantes et des populations vulnérables permet d’évaluer les moyens que le programme de DO CCU devra déployer. Toutefois, pour mieux atteindre ces populations, des approches qualitatives ciblées devront être conduites en complément, dans une démarche d’universalisme proportionné. »

« Universalisme proportionné »

Et l’INCa de revenir aux généralités : « Grâce au frottis de dépistage, le cancer du col de l’utérus peut être évité dans 9 cas sur 10 ». Et de lancer une « nouvelle campagne de sensibilisation en partenariat avec le ministère de la Santé et les caisses d’assurance-maladie ». Cette campagne vient de s’achever. Comme toujours, le recours totalement décalé, impersonnel, réducteur, à la publicité : « Après 45 ans, le frottis, c’est surtout pas fini », expliquait le message radio. Pauvreté triste de la rime…

« Le cancer du col de l’utérus pourrait presque être éliminé en France grâce à deux leviers efficaces et complémentaires : la vaccination contre les HPV pour les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans, et le frottis pour les femmes âgées de 25 à 65 ans », souligne l’INCa. Or, précisément, ce cancer n’est pas éliminé et une nouvelle étude de chercheurs de l’INCa dit pourquoi : « Pour mieux atteindre ces populations, des approches qualitatives ciblées devront être conduites en complément, dans une démarche d’universalisme proportionné».

Oxymore ?  Qui fait quoi, à l’INCa ?

A demain

Une réflexion sur “Cancer de l’utérus et inégalité : les mieux protégées sont toujours les moins défavorisées

  1. Bonjour,
    C’est une donnée lourde de la santé publique : ce sont les défavorisés qui sont défavorisés. Belle remarque des épidémiologistes. Ce n’est donc pas un problème médical mais un problème sociétal.
    C’est compliqué à comprendre pour les forcenés de la médecine.
    Bonne journée.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s