Substituts nicotiniques : l’insupportable aumône politique faite aux malades du tabagisme

 

Bonjour

Il faut toujours lire Prescrire (même quand Prescrire vous déçoit). Et le lire dans les moindres détails. Ainsi cette page 100 du numéro de février 2017. « Substituts nicotiniques : 150 euros remboursés pour tous les fumeurs ». Il faut aller jusqu’à la fin de la page, jusqu’à la dernière note, la sixième. Où l’on prend, une nouvelle fois la mesure de cette situation assez peu croyable qui voit des malades (les personnes souffrant d’une addiction sévère au tabac) devoir payer de leur poche les médicaments de nature à les aider à se soigner. Prescrire :

« Des mesures visant à aider à l’arrêt du tabac sont bienvenues (sic). Les autorités sanitaires ont fait le choix d’une aide financière à la dépense en substitut nicotiniques (re-sic). D’autres options sont envisageables, come leur inscription sur la liste des médicaments remboursables, telle qu’évoquée fin 2016 par la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé »

L’évocation en question est cachée dans ce document : « COMMISSION DE LA TRANSPARENCE Avis 9 novembre 2016 ». Cela donne ceci : « La Commission souhaite que le remboursement des substituts nicotiniques soit mis en cohérence avec sa recommandation d’inscription de Champix® (actuellement non remboursé, prix libre) sur la liste des médicaments remboursables aux assurés sociaux ». Comprendre si l’on devait rembourser cette spécialité (varénicline, des laboratoires Pfizer) il serait cohérent de faire de même pour l’ensemble de la palette des substituts nicotiniques.

Ce n’est pas la première fois que ce sujet, majeur en termes de réduction des risques, est évoqué. Ce fut le cas, déjà, il y a précisément dix ans : « AVIS DE LA HAS STRATEGIES THERAPEUTIQUES D’AIDE AU SEVRAGE TABAGIQUE » (23 janvier 2007).

Substituts et cigarette électronique

Depuis dix ans rien, sinon une augmentation discrète, par Marisol Touraine, de l’aumône après celle consentie à quelques malades dépendants qui en feraient la demande (les cancéreux et les femmes enceintes). Et depuis dix ans les autorités sanitaires de redire et redire le caractère dramatique d’un tableau tabagique qui empire:

« Les conséquences directes de la consommation régulière de tabac restent la première cause de mortalité évitable en France : plus de 80 000 morts prématurées chaque année. Le tabagisme passif est aussi responsable de 3 000 à 5 000 morts prématurées par an. Le tabagisme est responsable de 25% de l’ensemble des cancers et est un facteur de risque de maladies cardio-vasculaires. La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est la principale complication respiratoire du tabagisme. Le tabagisme conduit également à doubler le risque d’infections telles que pneumonies à pneumocoques, légionelloses et tuberculoses pulmonaires. » 

Vous souhaitez en savoir plus sur les conditions qui permettent de recevoir l’aumône ? Tout est dit ici : « La prise en charge des substituts nicotiniques »1. Reste à comprendre, sur le fond, les raisons de la persistance d’une telle situation ? Pourquoi le fumeur devrait-il, seul de tous les malades cotisants à la Sécurité sociale, à participer financièrement à (l’aide à) sa guérison ? Et pourquoi doit-il, le cas échéant, demander l’aumône d’une aide au remboursement ? Doit-il, de la sorte, payer de sa personne le fait d’avoir succombé à un plaisir devenu esclavage ? L’Etat entend-il, de cette façon, le maintenir dans cette forme d’asservissement ? Des interrogations voisines peuvent s’appliquer à la cigarette électronique.

A demain

1 « L’Assurance Maladie vous accompagne dans l’arrêt du tabac. Elle prend en charge, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) à hauteur de 150 € par année civile et par bénéficiaire à compter du 1er novembre 2016.

Quelles sont les conditions pour bénéficier de cette prise en charge ?

Les substituts nicotiniques doivent être prescrits sur une ordonnance consacrée exclusivement à ces produits ; aucun autre traitement ne doit figurer sur cette ordonnance. Les médecins, les sages-femmes mais également, depuis le 27 janvier 2016, les médecins du travail, les chirurgiens-dentistes, les infirmiers et les masseurs kinésithérapeutes peuvent les prescrire.  Les sages-femmes peuvent aussi les prescrire à l’entourage de la femme enceinte ou accouchée.

Les substituts nicotiniques doivent figurer sur la liste des substituts nicotiniques pris en charge par l’Assurance Maladie (liste disponible en téléchargement).

En pratique. Votre pharmacien vous délivrera les substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhalateur…) qui vous ont été prescrits. Vous devrez les lui régler directement, la dispense d’avance des frais (tiers payant) n’étant pas prévue dans le cadre de ce dispositif.  À noter que vous n’êtes pas obligé d’acheter en une seule fois le traitement qui vous a été prescrit ; vous pouvez échelonner vos achats.

Pour que vous soyez remboursé, votre pharmacien : transmet directement, via votre carte Vitale, une feuille de soins électronique à votre caisse d’Assurance Maladie ; ou, à défaut, vous délivre une feuille de soins papier que vous enverrez vous-même à votre caisse d’Assurance Maladie.

À noter que les substituts nicotiniques peuvent éventuellement être pris en charge par votre mutuelle ou votre assurance complémentaire santé si le contrat que vous avez souscrit le prévoit. Renseignez-vous auprès d’elle. »

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