Cigarette électronique : faudrait-il, désormais, redouter qu’elle nuise au cœur des vapoteurs ?

Bonjour

Ce n’est pas une preuve. C’est l’ombre portée du début d’un soupçon. C’est aussi, peut-être, un nouveau ressac polémique. C’est une publication dans le JAMA Cardiology :  « Increased Cardiac Sympathetic Activity and Oxidative Stress in Habitual Electronic Cigarette UsersImplications for Cardiovascular Risk ». Ce travail a été dirigé par Roya S. Moheimani (David Geffen School of Medicine, University of California, Los Angeles). Soit, une nouvelle fois, une étude de très petite taille mais sur un sujet encore peu abordé : l’hypothétique impact de la cigarette électronique sur la santé cardiovasculaire.

Ce travail « cas contrôle » a été menée auprès de 42 volontaires (21-45 ans) – dont 23 utilisateurs de cigarettes électroniques. Les données des vapoteurs ont été comparées à celles de 19 volontaires non-fumeurs et non utilisateurs de cigarette électronique.

Sympathique

Les chercheurs ont mesuré la variabilité du rythme cardiaque et ont observé des modifications de la régulation orthosympathique au bénéfice du système nerveux sympathique. Le recours du système nerveux sympathique est évalué par les auteurs via la mesure des variations du rythme cardiaque des volontaires. Mais encore ? L’activité du système nerveux sympathique ne serait pas le seul marqueur de risque cardiovasculaire influencé par la cigarette électronique. Une augmentation du stress oxydatif serait également observée – via la mesure de l’oxydabilité du LDL cholestérol qui serait significativement plus élevée chez les utilisateurs de cigarette électronique que chez les non utilisateurs.

 « La principale nouveauté de ces résultats est la découverte, chez des patients en bonne santé, non-fumeurs, mais utilisateurs de cigarettes électroniques des signaux que l’on retrouve habituellement chez des patients à risque cardiovasculaire, y compris chez les fumeurs », résument les auteurs de l’étude. Mais comme toujours dans ce type de micro-travail ces mêmes auteurs restent prudents : « Nous ne pouvons pas établir un lien de causalité sur la base de cette unique étude de taille modeste. D’autres recherches devront être entreprises pour explorer les potentiels effets de la cigarette électronique sur la santé cardiovasculaire. » Un grand classique.

Renaissance

Ces résultats ne convainquent pas les principaux spécialistes du dossier. « Les utilisateurs étaient en majorité des anciens fumeurs masculins, et les contrôles majoritairement des femmes qui n’avaient jamais fumé » résume au Quotidien du Médecin le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière. Même en l’absence de nicotine dans le sang, des produits de dégradation comme la cotinine peuvent expliquer l’incohérence cardiaque. « C’est un phénomène bien connu chez les anciens fumeurs à qui l’on propose d’ailleurs des séances de relaxation et de resynchronisation cardiaque, explique-t-il. On pourrait probablement obtenir les mêmes résultats avec d’autres produits de substitution comme les patchs à la nicotine. » Mais personne ne s’intéresse à de tels sujets.

La cigarette électronique n’a pas d’effet sur la C reactive protéine et le fribrinogène, deux facteurs démontrés de risques cardiovasculaires, mais des effets sur des paramètres discrets dont on n’a jamais démontré l’effet sur le risque cardiovasculaire (oxydation des LDL, effet sur la variabilité cardiaque…), observe le Dr Philippe Presles, tabacologue (SOS Addictions) , D’une manière générale, peu de nos confrères comprennent la notion de réduction du risque : ce n’est pas le risque zéro, mais le risque réduit au maximum. »

De fait c’est là une notion assez difficile à faire percevoir. La cigarette électronique est de ce point de vue éclairante. Tout se passe comme si certains percevaient la perspective politique quand d’autres restaient dans les deux dimensions d’avant la Renaissance. On aimerait, déjà, connaître la suite.

A demain

 

2 réflexions sur “Cigarette électronique : faudrait-il, désormais, redouter qu’elle nuise au cœur des vapoteurs ?

  1. Permettez moi de trouver cette étude absurde et non représentative:
    1) il aurait fallu comparer fumeur cigarette/e-cigarette (au lieu de non fumeurs)
    2) Personne ne dit que la cigarette électronique ne contient pas de nicotine. Cela revient donc à étudier les effets cardio vasculaires de la nicotine sur l’homme et là aussi les effets bénéfiques/dsélétères varient d’une étude à l’autre.

    JAMA semble avoir un parti pris contre la cigarette électronique; allez savoir pourquoi?

  2. Comme l’a précisé Bertrand Dautzenberg, les 2 échantillons ne sont pas comparables ; la grande variabilité interindividuelle, car il n’y a eu qu’une mesure par sujet (absence de mesures répétées dans le temps), la fluctuation de la mise en jeu des systèmes ortho et para sympathiques, … Beaucoup d’interrogations.
    La cohérence cardiaque permet, à l’arrêt du tabac, de retrouver cet équilibre ortho/parasympathique (http://www.iraat.fr/fileadmin/user_upload/fichiers_pdf/MAT_AB2016/Coh%C3%A9rence_Lyon.pdf)

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