Défenestration en «blouse blanche» : que peut Marisol Touraine face à la révolte hospitalière ?

 

Bonjour

C’est un symbole doublé d’une mise en abyme : l’infirmier qui, de nuit, d’edt suicidé par défenestration du navire-amiral de l’AP-HP, avait mis sa blouse blanche. Reproduisant à quatorze mois de distance le geste tragique du Pr Jean-Louis Mégnien qui s’était jeté d’un bureau dont on voulait lui interdire l’accès. Toutes les condoléances officielles, tous les CHSCT du monde n’y changeront rien ; les images sont là. Elles en viennent à obséder un monde hospitalier qui ne sait plus dire ni combien ni comment il est en souffrance. Et Marisol Touraine est, plus que jamais, en première ligne. Pour faire quoi ?

« Le monde hospitalier a été frappé par une vague de cinq suicides durant l’été 2016 conduisant les syndicats de soignants à manifester à plusieurs reprises pour réclamer à la ministre de la Santé des mesures urgentes, rappelle Le Quotidien du Médecin. En novembre 2016, plusieurs milliers de soignants battaient le pavé dans un mouvement unitaire inédit depuis 30 ans. La profession ne s’est pas calmée malgré le plan de 30 millions d’euros sur trois ans annoncé fin 2016 par Marisol Touraine pour améliorer les conditions de travail à l’hôpital. En janvier 2017, une dizaine d’organisations d’infirmières manifestaient sous le slogan « #Soigne et tais-toi » réclamant davantage de moyens et dénonçant les coupes budgétaires à l’hôpital. »

Faute de soutien

La nouvelle défenestration de l’Hôpital européen Georges-Pompidou amplifie comme jamais ce mouvement. « Il faut que cela cesse » réclame l’Intersyndicat national des internes (ISNI) qui dénonce l’inertie des pouvoirs publics. « Deux mois après les annonces ministérielles d’amélioration de la qualité de vie au travail et lutte contre les risques psychosociaux, la liste ne cesse de s’accroître. Que cela soit sur le lieu de travail ou en sortant d’une garde de 24 heures, ces gestes de désespoir nous alertent sur le mal-être global des professionnels de santé .».

Colère de l’Union syndicale Solidaires Sud Santé de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) s’insurge : « A l’HEGP tout particulièrement, les suicides se succèdent dramatiquement (…) Méprisés au quotidien, pressurisés dans nos activités, victimes de politiques managériales libérales, les hospitaliers sont à bout, les burn-out sont nombreux, les passages à l’acte trop fréquents. » Ce nouveau geste fatal d’un soignant sur le lieu de travail, « ce n’est pas rien, cela signifie a minima le fait qu’il n’y a pas trouvé le soutien dont il avait besoin ».

Fatigues

Et puis l’Ordre national des infirmiers :

« En 2016, cinq infirmiers et infirmières ont commis l’irréparable sur leur lieu de travail ou bien en établissant, par exemple, à travers une lettre, un lien avec leur travail. Si dans le drame de la nuit de dimanche à lundi l’enquête est encore en cours et aucune conclusion ne peut être tirée, les infirmiers vivent ces drames comme autant de symptômes d’un mal-être professionnel généralisé qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

« Une grande fatigue physique et psychique qui amène à questionner le sens du soin. Plus de 600 000 infirmiers exercent en France dans le secteur public ou le secteur privé hospitalier, en libéral, dans les services de santé au travail ou dans l’Education nationale, en ville comme en milieu rural.

« Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir dire notre fatigue physique et psychologique. Le rythme de travail, la dégradation du nombre d’infirmiers au lit du patient, le niveau de rémunération, la polyvalence imposée, le défaut d’encadrement, les transferts de service dans les établissements, les réorganisations hospitalières, les mesures drastiques de réduction de moyens, la montée des violences contre les soignants sont autant de facteurs qui viennent s’ajouter à la charge émotive du quotidien de notre métier. »

Le président du Conseil national de l’Ordre des Infirmiers demande donc à être reçu au plus vite, avec le président du Conseil National de l’Ordre des Médecins, par Marisol Touraine. Les deux Ordres entendent que des mesures soient prises pour redonner à leurs professions la reconnaissance qu’elles méritent. Mme Touraine en a-t-elle encore les moyens ?

A demain

3 réflexions sur “Défenestration en «blouse blanche» : que peut Marisol Touraine face à la révolte hospitalière ?

  1. Les moyens sûrement, la volonté sûrement pas puisqu’en 5 ans rien n’a été fait et que même, chacun peut le constater, la situation s’est aggravée.

  2. Ancien médecin du travail hospitalier en région parisienne, j’ai alerté et témoigné de la violence d e l’attitude d’une directrice générale et de la DRH. ,aucun respect du code du travail hospitalier, la directrice générale m’ayant dit qu’elle s’asseyait dessus pour ne pas dire autre chose et l’ARS de l’Ile de France la maintenue en place…Alerte inspection u travail et service de l’inspection médicale du travail qui sont venus et cela n’a rien changé malgré les éléments factuels en leurs possession. les syndicats majoritaire: CGT et FO étaient au courant ; réponse : conflit simple personnel avec la Directrice et DRH….et on m’a supprimé du personnel pour travailler malgré le code du travail sur les effectifs d’un SST hospitalier .J’ai démissionné de mon poste dans ce CHI. la directrice a été nommée dans un plus grand hôpital … Aucun médecin du travail pendant 2 ans ils ne viennent que récemment d’avoir un nouveau médecin du travail d’un SIE..
    Cdlt
    Dr AG.

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