Officiel : l’IGAS vient de confirmer que la grippe peut être mortelle chez les personnes âgées

 

Bonjour

C’était, il y a un mois, une urgence ministérielle rouge et fébrile 1. Souvenons-nous. Le 8 janvier le ministère des Affaires sociales et de la Santé fait savoir qu’il vient d’être informé par l’Agence Régionale de Santé Auvergne Rhône-Alpes « de l’importance exceptionnelle de l’épidémie de grippe au sein d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ». Il s’agit de l’EHPAD  Korian Berthelot situé dans le 7ème arrondissement de Lyon. Un établissement de 110 places du puissant groupe Korian – (compter 100 euros par jour et par personne en chambre individuelle).

L’EHPAD visé venait de faire savoir qu’au 7 janvier, 72 personnes avaient contracté la grippe et que 13 d’entre elles en étaient décédées depuis le 23 décembre. Marisol Touraine lançait aussitôt une mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) « afin de contrôler la mise en œuvre par l’établissement, depuis le début de l’épidémie, des recommandations des autorités sanitaires de lutte contre la grippe ».

Et Marisol Touraine d’annoncer qu’elle avait également demandé au Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, de se rendre sur place toutes affaires cessantes. Objectif de ce déplacement hors norme : « évaluer précisément la situation et de prendre, le cas échéant, des mesures d’urgence pour circonscrire l’épidémie et prendre en charge les résidents le nécessitant ». Le DGS constatait alors bien vite que les mesures de prévention étaient bien mises en place.

Délicieux extraits

Nous sommes le 7 février et  Marisol Touraine vient de rendre public le rapport de l’IGAS. C’est un très long document dont l’intérêt est inégal mais qui, en lui-même est un fait politique édifiant. On pourra le découvrir ici : « L’épidémie de grippe à l’EHPAD Korian Berthelot de Lyon ». Etabli par Alain Meunier et le Dr. Alain Lopez, membres de l’Inspection générale des affaires sociales, ce document (en deux tomes) retrace un historique de l’épisode épidémique. « Ont été examinées les mesures prises en amont de l’épisode, de nature préventive, et celles adoptées pour lutter contre l’épidémie et prendre en charge les résidents malades » résument les auteurs. Et que nous disent-ils, en conclusion ? Des choses délicieuses de ce type :

 « Autant qu’on puisse en juger a  posteriori (sic) l’établissement prenait des précautions pour  limiter les risques de contamination par le virus de la grippe : dispositifs de lavage des mains,  sensibilisation du personnel aux mesures d’hygiène à prendre, informations du personnel et des visiteurs. Conseillées par l’équipe d’EMH, des mesures d’hygiène renforcées ont été mises en œuvre dès le début de l’épidémie : isolement des résidents malades, lavages des mains plus systématiques, port de masque systématique, limitation des visites, suspensions des animations pour les personnes symptomatiques. L’arrêt des admissions et des activités collectives a été décidé  le 28 décembre.

 « Malgré ces dispositions respectueuses des recommandations nationales rappelées par l’ARS, l’épidémie a touché un peu plus des deux tiers des résidents et entraîné le décès de 13 personnes, soit 12% des 102 pensionnaires de cet établissement. Les personnes accueillies par cet établissement sont âgées et sont fragilisées par les pathologies dont elles souffrent, en témoignent les scores élevés des indicateurs GIR et Pathos. Leur  grand âge (91 ans en moyenne pour les personnes décédées) rend moins efficace la protection  apportée par la vaccination. Leur vie au sein d’une collectivité les expose à des contaminations plus faciles. Aussi, les risques pour elles de contracter la grippe et de ne pas la surmonter sont grands, comme les risques d’être mal protégé par un vaccin pourtant adapté à la lutte contre le virus dominant circulant. Ces raisons peuvent expliquer le nombre élevé de personnes touchées par la  grippe et celui des décès constatés, malgré les précautions prises pour éviter cette situation  épidémique et ses conséquences. »

Deux observations

Mais on ne saurait en rester à ce constat. Alain Meunier et le Dr. Alain Lopez font ainsi deux observations :

« ○ la survenue des premiers cas juste avant le jour de Noël, suivie d’un répit ayant laissé croire que le danger était écarté, a fait que les mesures d’isolement et d’hygiène générale n’ont pas été appliquées pendant plusieurs jours avec toute la rigueur  souhaitable. Trois jours après, le 28 décembre, 14 nouveaux cas se sont déclarés entraînant l’interdiction de toute visite au sein de l’établissement.

○ le  taux de couverture vaccinale des résidents, qui était de 80 % l’année dernière, était moitié moindre cette année (40 % ). Bien sûr le vaccin est moins protecteur chez les personnes âgées, bien sûr des résidents vaccinés ont été touchés par la grippe et certains sont décédés, cependant, la concomitance d’une aussi forte épidémie difficile à  contrôler avec cette baisse importante de la garde vaccinale ne peut que laisser penser  qu’il ne s’agit pas là d’un effet du hasard. »

 Vaccins « sans adjuvants »

Mais il faut aller plus loin, pousser son avantage, oser s’aventurer au-delà de ce que Mme la ministre avait demandé :

« Il ne serait cependant pas raisonnable que la prudence se limite à ces mesures et ne s’étende pas à l’examen de la couverture vaccinale des résidents et des professionnels, mais aussi à celle des visiteurs. Il n’était pas demandé à la mission de se prononcer sur l’opportunité de rendre obligatoire ou pas la vaccination pour les professionnels des EHPAD et les résidents [pourquoi?] Pour le faire, d’autres investigations seraient nécessaires afin d’étudier les avantages et les inconvénients de la politique vaccinale assurant le mieux la protection des personnes âgées admises dans des ‘’maisons de  retraite’’ » 2.

Et c’est alors que, sous le couvert des adjuvants, survient l’étrange (nous soulignons):

« Cependant, après examen de ce qui s’est passé à l’EHPAD Berthelot, la conclusion qui  s’impose est qu’un principe de précaution mériterait d’être appliqué dans les EHPAD où sont  concentrés tous les risques favorisant l’apparition d’épidémies de grippe avec leurs conséquences mortelles pour les résidents : vie en collectivité, grand âge, état de santé précaire, comorbidités. Les vaccins contre la grippe, préparés sans adjuvants, n’assureraient- ils qu’une protection limitée, devraient tout de même être prescrits pour tous les professionnels et les résidents, et fortement  recommandés aux visiteurs. »

 Aujourd’hui l’épidémie parait être terminée à l’EHPAD Berthelot de Lyon. Des explications ont commencé à être apportées aux familles par l’établissement lui-même. Quant à Marisol Touraine, elle a demandé que l’ensemble de ces recommandations de l’IGAS soient mises en œuvre. On ne sait toutefois pas si, dans les hautes sphères, l’usage du mode conditionnel équivaut à une recommandation officielle. Ni pourquoi l’IGAS se pique de la question des adjuvants.

A demain

1 « Grippe dans les populations de personnes âgées : la fébrilité du ministère de la Santé ». Journalisme et Santé Publique, 8 janvier 2017.

2 « Grippe : dans le brouillard de la surmortalité ; personnel étrangement sous-vacciné des EPHAD » Journalisme et Santé Publique, 25 janvier 2017.

5 réflexions sur “Officiel : l’IGAS vient de confirmer que la grippe peut être mortelle chez les personnes âgées

  1. Bonjour
    J’ai cherché en vain de ce rapport la souche H3N2 qui a circulé dans cet EHPAD : New Caledonia (contenue dans le vaccin 2016/17) ou une autre comme la Switzerland contenue dans le vaccin de l’année dernière. J’ai aussi cherché sur le site de l’INVS quelle était la souche circulante cet hiver, sans trouver cette info. C’est tout de même étrange, non ?

  2. A reblogué ceci sur The Ad Spreadet a ajouté:
    Tout ça pour ce rapport de l’IGAS? Quelle déception pour ne pas dire plus…
    A commencer par ce collège d’experts inspecteurs: l’un est psychiatre et spécialiste en santé publique (organisation des soins);l’autre est un ancien directeur de CHU de formation juridique.
    Curieusement, pas d’épidémiologiste/infectiologue-virologue pour expertiser une épidémie de grippe?
    Résultat: des faits manquants comme la détermination de la « source » de contamination: un soignant? un visiteur? et en retracer le parcours (de chambre en chambre;suivi des familles de visiteurs et des soignants).
    Parler de prinicpe de précaution au lieu de prévention de la grippe en EHPAD est un peu fort de café pour un juriste (relire le Principe de précaution co-écrit par Mme le Pr G.Viney).
    Last,not least…pas un mot sur l’indication ou la contre-indication des antiviraux en traitement curatif voire préventif. Que le débat ne soit pas aborder est une faute professionnelle, une absence d’honnêteté intellectuelle. On a préféré discerter sur le bénéfice/risque de la vaccination des soignants et des résidents en EHPAD et sur la composition du vaccin…ce qui n’est ni le lieu ni le moment; surtout quand le débat a eu lieu et que la loi l’a institué depuis 2004 même si abrogé en 2006 pour la grippe. Donc hors sujet; la seule question à poser à Madame la Ministre est de savoir si le rétablissement de l’obligation vaccinale contre la grippe qui concerne les professionnels de santé présente un caractère d’urgence (sujet déjà débattu sur l’opportunité du décret d’octobre 2006).
    Ce rapport a dû être très discuté du côté des instances (ARS, DGS et ministère de la santé); il aura fallu plus de temps pour débattre du contenu du rapport que pour le rédiger.

  3. je suis assez d’accord avec georges57, le compte rendu que Jean-Yves NAU fait de ce rapport montre qu’il est affligeant.

    Pour ma part, deux choses émergent :

    En appeler au principe de précaution pour des questions de santé.
    En effet ce principe de précaution prôné pour des questions de santé fait le lit de dépistages et d’examens multiples dans le cadre de ce que l’on appelle la « médecine défensive ».
    Or cette médecine défensive est la cause de surdiagnostics et de surtraitements dont on sait l’effet délétère.

    La deuxième chose est la vaccination ( obligatoire ou pas) des soignants.
    Il n’y a aujourd’hui aucune preuve scientifique de l’intérêt d’une telle mesure.

    Cela montre à quel point les autorités n’ont que faire de la « science », une seule chose compte : faire et communiquer que l’on fait.
    Même si faire est inutile voir dangereux

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