Les hôpitaux de Bastia et d’Ajaccio doivent-ils travailler autant que ceux du Continent ?

 

Bonjour

Question : les directions hospitalières qui n’atteignent pas les objectifs qui leur sont fixés sont-elles un jour sanctionnées ? Si oui où est l’échelle des peines ? Un état jacobin tolère-t-il des particularismes ? La question se pose aujourd’hui avec ce marronnier qui désole et révolte le citoyen français : la publication du « rapport annuel de la Cour des comptes » ; un document qui éclaire un instant sur la nature, la somme et l’ampleur des dysfonctionnements et des errements financiers commis avec des deniers publics. Le Monde (Anne-Aël Durand) entrouvre la porte de l’antique institution de la rue Cambon, à deux pas des historiques Harry’s Bar et Café du Cadran.

Restons sur un seul chapitre, celui qui concerne une île amie, bijou géographique et culturel qui entretient depuis des lustres des rapports complexes avec le pouvoir et l’argent, l’hospitalité et le Continent. « La situation financière des hôpitaux corses préoccupe la chambre régionale des comptes depuis plusieurs années. Malgré des « préconisations » pour le redressement financier, et des aides exceptionnelles, les déficits restent « considérables » dans les centres hospitaliers d’Ajaccio (- 17,6 millions d’euros en 2015) et de Bastia (- 7,6 millions) » nous dit la Cour des comptes. Le Centre hospitalier d’Ajaccio compte 629 lits et celui de Bastia 500 « lits et places ».

Absentéismes et fêtes locales

Les subventions accordées par l’Etat français à l’établissement d’Ajaccio n’a nullement empêché la direction de ce dernier de creuser ses pertes. Et la Cour, rue Cambon, de déplorer que l’Etat « ne tient pas compte, pour l’octroi d’aides nouvelles, du non-respect par les établissements de leurs engagements ». La situation est assez proche à Bastia, avec des sommes moins élevées.

Le dossier intéressera les soignants : ces déficits sont en grande partie liés à une hausse des charges de personnel non médical, qui est passée de 76 millions d’euros en 2010 à 99,2 millions en 2015 à Ajaccio, et de 76,3 à 94,1 millions d’euros à Bastia. Des fluctuations « sans corrélation avec l’augmentation de leur activité », selon le rapport.

De quoi parle-t-on, rue Cambon ?  La Cour pointe plusieurs types de dysfonctionnements concernant le travail du personnel : entre 2010 et 2015, l’absentéisme (hors congés maternité et paternité) a augmenté de 27 % à l’hôpital d’Ajaccio et de plus de 100 % à Bastia ; des jours de congé additionnels sont octroyés « en dehors de toute réglementation » aux personnels des hôpitaux : six jours à Bastia (dont deux pour des fêtes locales) et cinq à Ajaccio (trois pour la vétusté de l’établissement, un pour le lundi de Pentecôte, un pour une fête locale).

Climat insulaire

 Il faut aussi compter avec le décompte des pauses, repas, habillage et déshabillage comme du temps de travail. Tout cela a fait perdre l’équivalent de 32 (trente-deux postes) à équivalents temps plein à l’hôpital d’Ajaccio, et 58 (cinquante-huit) à Bastia. Plus drôle : à Ajaccio, un logiciel de gestion mal paramétré a permis aux personnels de bénéficier de 6,42 jours de RTT indus chaque année. Au total l’ensemble de ces « dérogations » représente 4 millions d’euros par an pour la structure d’Ajaccio, et 4,4 millions à Bastia. Est-ce là, en Corse, une manière de s’adapter à des contraintes souvent devenues insupportables dans les établissements du Continent ? Qu’en pensent touristes et vacanciers ?

Depuis la rue Cambon la Cour des comptes menace. Elle dit à Marisol Touraine qu’il faut  mettre fin aux « jours de congés additionnels ». La ministre de la Santé lira avec intérêt (si elle ne la connaît pas déjà)  la réponse du directeur de l’hôpital de Bastia. Il explique aux magistrats de la Cour que le nombre d’heures et de jours travaillés « varie selon les hôpitaux » et que « les temps de pause sont très encadrés ». Il explique surtout qu’une éventuelle « renégociation du temps de travail » ne pourrait se faire « sans le soutien de l’Agence Régionale de Santé de Corse (située à Ajaccio).

Il faudra aussi et surtout, dit-il, « tenir compte du climat social des hôpitaux corses ». Faut-il, entre les lignes, percevoir l’odeur de la poudre ? Existe-t-il, en France, des climats hospitaliers locaux et régionaux ? Si oui, Paris doit-il les respecter ?

A demain

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s