« Sale race, je vais tuer ta mère… ! ». Urgences du CHU de Nîmes. Deux ans de prison.

 

Bonjour

« Sale race, je vais tuer ta mère… ! ». Proférées à l’encontre d’une médecin urgentiste du CHU de Nîmes (Gard), ces menaces de mort ont valu à leur auteur une condamnation à deux ans de prison, dont un an ferme. La condamnation a été prononcée mardi 7 février par le tribunal correctionnel de Nîmes. L’affaire est rapportée sans emphase par Le Quotidien du Médecin (Guillaume Mollaret) qui, jour après jour, tient la chronique éclairante des violences contre les blouses blanches.

« Sale race, je vais tuer ta mère… ! », donc. Non loin des arènes, l’alcool avait joué son puissant rôle désinhibant et le prévenu, âgé de 38 ans, s’en était pris également aux agents de sécurité du CHU de Nîmes Dans le box des prévenus, K. B. tient debout grâce une béquille, le visage amplement tuméfié. On ne connaît pas le degré présent de l’alcoolémie. Verbe haut et voix claire face à la justice de son pays. K. B. justifie ses menaces. « Elle m’a refusé mon droit à partir et elle tchatchait dans les couloirs. Ça m’a énervé. Comment voulez-vous que le ton ne monte pas ? », dit-il à la présidente du tribunal. La présidente de répond pas. Peut-on, sans difficultés, signer sa pancarte aux urgences de Nîmes ? Une urgentiste peut-elle, sans risques, tchatcher 1 dans les couloirs hospitaliers ?

« Excuses de toutes parts »

Passons sur l’anamnèse (agression préalable à domicile par deux personnes, lors d’un « règlement de compte »-hospitalisation après l’intervention des pompiers à la demande de la police) soins à la tête – plusieurs points de sutures. La médecin urgentiste lui indique qu’il ne peut pas sortir dans l’immédiat, parce qu’il doit faire un scanner, ce grand costaud la menace du poing avant de l’agonir d’injures et de menaces. On saura plus tard que l’alcoolémie était à deux grammes.

Intervention rapide du service de sécurité (également agressé verbalement et physiquement) maîtrise du patient rapidement sédaté et attaché à un lit en attendant son interpellation par la police. Présentation à la justice : l’homme tente finalement un repentir devant le tribunal : « Si elle était présente, je me serais excusé de toutes parts ». L’urgentiste n’entend pas : elle est, précisément, à son poste de travail.

 « On enregistre dans les hôpitaux français une agression verbale ou physique toutes les 30 minutes. On ne peut pas laisser passer les violences sur les personnels soignants », rappelle le vice-procureur. Le prévenu K.B. est placé en détention à l’issue de l’audience. Son casier judiciaire comporte déjà onze condamnations. Le tribunal prononce aussi ne injonction de soins quant à l’addiction à l’alcool.

Grèves aux urgences

En décembre dernier, illustration d’un ras-le-bol massif des salariés du CHU de Nîmes, les agents des urgences avaient décidé de se mettre en grève. « Cela fait six mois qu’on fait des réunions et six mois qu’on n’avance quasiment pas, déplorait Alain Soler (FO) au Midi Libre. 80 % des agents en ont tellement marre qu’ils ont décidé de faire grève. Ils se sont même organisés pour se relayer sur un piquet durant pendant 24 heures. Ils comptent en profiter pour évoquer leur situation avec les gens, devant l’entrée de l’hôpital. Et ils n’excluent pas de prolonger le mouvement pendant les fêtes. »

Motifs de colère : les conditions de travail inadaptées, le manque de personnel, mauvaise qualité de prise en charge des patients. Ces urgences accueillent entre 200 et 220 personnes par jour – contre 140 il y a quelques années. Le personnel demande un aide-soignant et une infirmière en plus, un changement d’organisation pour raccourcir les délais d’attente, et le respect de la vie privée. « Il manque du monde de partout, dans les centres hospitaliers, dans les Ehpad, en psychiatrie, accusait Alain Soler. On nous répond que les moyens ont été accrus mais ce n’est pas ce qu’on constate. »

La direction ? Elle rappelle que le CHU a négocié avec l’ARS une progression de sa masse salariale à + 3 % chaque année. Soit + 10,86 % d’équivalents temps plein (ETP) entre 2012 et 2016, ce qui correspond à 440 postes en plus. » Pour le budget 2017, la direction prévoit la création de 48 postes en année pleine. Combien prévoit-elle d’agressions aux urgences ?

A demain

1 Tchatcher:  Parler abondamment (souvent de façon charmante). « On a tchatché toute la soirée dans un bar à tapas ». De tchatche, argot pied-noir dérivé de l’espagnol cháchara, « conversation animée mais futile » (de charlar, « bavarder »). Un second sens s’est développé par confusion sous l’influence de l’anglais chat.

Une réflexion sur “« Sale race, je vais tuer ta mère… ! ». Urgences du CHU de Nîmes. Deux ans de prison.

  1. Suite a la lecture de votre post , j’aimerais fairen parallèle avec ma profession : enseignante en lycée professionnel, je vois d’années en années se dégrader nos conditions de travail et en parfaite corrélation, la montée des violences à notre encontre. Votre billet illustre parfaitement la corrélation entre ces deux phénomènes. Loin de moi l’idée d’excuser le comportement violent des usagers des chu, comme celui de l’éducation nationale, mais il est évident que le service rendu aux patients comme aux élèves se dégrade et ils y répondent par des actes de plus en plus violents. Tant que l’on aura pas pris la mesure de cette corrélation, nous nous battrons contre des moulins a vents.
    Merci pour vos billets que je lis régulièrement, ils sont très intéressants.

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