Faute de patients, le premier dispensaire français de déradicalisation va-t-il bientôt fermer ?

Bonjour

C’était il y aura bientôt un an ; presque un siècle. Le 10 mars 2016. France Inter n’avait pas encore sectionné ses grandes ondes. On y révélait la création du « premier centre français de déradicalisation ». Ou plus précisément du premier « Centre de prévention de la radicalisation d’insertion et de citoyenneté ». Manuel Valls, alors, était Premier ministre :

« Ce centre « étatique » officiellement appelé « Centre de réinsertion et de citoyenneté » sera lui, doté de moyens. Il accueillera 30 jeunes radicalisés dans un premier temps. Leur programme de déradicalisation durera 10 mois. Une dizaine de centres similaires devraient ouvrir partout en France d’ici fin 2017.  C’est près de Tours en Indre-et-Loire qu’ouvrira ce centre. Le lieu est choisi mais pas rendu public, car il faut encore convaincre quelques élus locaux réticents. »

Nulle part

Il fallut ensuite attendre septembre et l’approche des vendanges. La France apprit alors que ce dispensaire d’un nouveau genre venait d’ouvrir. Le gouvernement invita les journalistes de la presse parisienne. Quelques-uns expliquèrent alors, comme sur France Inter, être allé « quelque part au milieu de nulle part ». Plus précisément entre Bourgueil et Chinon, en Touraine, à Beaumont-en-Véron. Plus précisément encore  au « Château de Pontourny », vieux manoir transformé en asile durant 14-18.  Ancien asile Saint-Joseph. Propriété de la ville de Paris devenue « centre éducatif » et qui allait fermer ses portes.

Sur invitation du gouvernement les journalistes expliquèrent que ce centre accueillerait des jeunes de 18 à 30 ans n’ayant jamais été incarcérés – et n’ayant non plus pas été identifiés sur des zones de conflits. Des jeunes « au stade précoce de rupture ». Comprendre : « le centre accueillera des jeunes qui sont entrés dans une spirale dangereuse, des victimes de rabatteurs sur la Toile ». Plus la presse repartit d’où elle était venue.

Coup de filet

Les gazettes, comme souvent, se désintéressèrent de la suite. Seules quelques-unes suivirent l’affaire, les débuts chaotiques, les peurs des riverains, les gesticulations-contorsions politiques loco-régionales.  Puis vinrent les incidents, les accusations de mensonges : quelques-uns des jeunes hébergés dans le vieux château avaient déjà dépassé « le stade de la rupture ». Il y avait même, parmi eux un « fiché S ». Le château reconverti prenait l’eau. Nous sommes en février 2017 et les grilles du château sont fermées, les tentures tirées, le chauffage éteint.

La Nouvelle République, aujourd’hui, redit l’essentiel dans un encadré :

 « 27 septembre. La présence à Pontourny de David, un homme de 23 ans originaire d’Arras (Pas-de-Calais), est dévoilée. Son tort ? Il est fiché S. Suspecté de velléités de départ vers la Syrie, il fait l’objet d’une condamnation pour violence. Il doit quitter le centre ; 17 janvier. Mustafa Savas, pensionnaire de Pontourny, est arrêté lors d’un coup de filet antiterroriste dans le Bas-Rhin. Il est suspecté d’être proche de la filière djihadiste de Strasbourg, où il aurait côtoyé un des kamikazes du Bataclan ; 9 février. Le dernier « volontaire » de Pontourny quitte la Touraine, condamné par la justice à quatre mois de prison avec sursis pour « violences et apologie du terrorisme » ».

Prosélytisme anti-islam

Quelques gazettes nationales ont été alertées. « L’expérience » est en train de tourner court. Le premier et unique centre de « déradicalisation » de France a perdu mercredi 8 février son dernier pensionnaire, comme le rapporte Europe 1. Une information que franceinfo est en mesure de confirmer. Originaire de l’ouest de la France, le jeune homme en question a été condamné mercredi à quatre mois de prison avec sursis pour violences et apologie du terrorisme, indiquent des sources concordantes à franceinfo.

Des faits commis alors qu’il était hébergé dans un foyer pour mineurs, il y a trois ans. Or, les critères du centre de Pontourny sont stricts : les « bénéficiaires » ne peuvent pas y rester s’ils ont été condamnés pour violences, même de droit commun.  L’individu, présent à l’audience, sera logé à l’hôtel pendant une semaine, le temps de trouver un autre lieu d’hébergement, précise une source proche du dossier.

Selon Europe 1« l’encadrement avait noté qu’il vivait le programme comme du prosélytisme anti-islam et qu’il semblait se radicaliser davantage ». Alors qu’ils n’ont jamais été guère plus de six ou sept dans un centre prévu pour trente places, les jeunes volontaires, âgés de 19 à 30 ans, ont peu à peu quitté le centre. Certains ne sont tout simplement pas revenus d’une permission de week-end, indique une source proche du dossier à franceinfo.

Salle polyvalente de Beaumont-en-Véron

Pontourny fini ? La question est, pour l’instant, en suspens. Vendredi 27 janvier, le nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, excluait toute fermeture, tout en reconnaissant que les « premiers résultats montrent qu’il faut encore continuer à travailler ».

A l’ombre du château-dispensaire certains habitants de Beaumont-en-Véron réclament clairement la fin de l’expérience. L’association « Radicalement digne de Pontourny », hostile au projet depuis toujours, réclame « la fermeture immédiate du centre ». Elle accuse : « L’Etat s’est moqué ouvertement et effrontément de la population bellimontoise en lui mentant constamment sur le profil des pensionnaires accueillis au sein de l’établissement ». Elle dénonce une « gabegie financière sans nom avec deux à trois pensionnaires pour trente encadrants (…). Sans compter quelque dix millions d’euros investis dans ce centre. »

« Radicalement digne de Pontourny » appelle la population bellimontoise, mais aussi chinonaise et du Véron à manifester » à ses côtés, samedi 11 février. Le rendez-vous est fixé pour un départ à 10 h, devant la salle polyvalente de Beaumont-en-Véron. Une précision: le reportage de France Inter ne pourra pas être écouté sur les grandes ondes, désormais sectionnées.

A demain

 

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