Dr Frédéric Saldmann (AP-HP): un nouveau cas aigu de poussée médiatique dithyrambique

 

Bonjour

Faute de l’acheter (4,50 euros) on pourra, chez son dentiste, feuilleter demain la dernière livraison (n°3423) de L’Express. On y retrouvera, en majesté photographiée, le Dr Frédéric Saldmann. Sans surprise, un nouveau livre sur un créneau en or massif et sans danger :

« Dans  »Votre santé sans risque », le Dr Frédéric Saldmann, cardiologue nutritionniste et spécialiste de l’hygiène, nous livre ses conseils pour rester jeune plus longtemps. « La force qui est en chacun de nous est notre plus grand médecin. » Sans forcément le savoir, les Français ont adopté cette maxime d’Hippocrate en prenant leur santé en main. Il faut dire qu’une succession vertigineuse de scandales sanitaires –amiante, Mediator, etc.- (sic) a attisé la défiance et que le développement d’Internet a démocratisé le savoir médical. « Chacun devient auto entrepreneur de sa santé », proclame Frédéric Saldmann, jamais avare d’une analogie à la mode. » 

Nous nous sommes déjà intéressés à ce cas atypique dans paysage hyper-normé de l’AP-HP. Le Dr Saldmann qui aurait soigné François Hollande. Le Dr Saldmann  qui n’exerce pas à l’Américain mais au cœur même de l’AP-HP. Le Dr Saldmann nouveau gourou des stars dans Vanity Fair. Le Dr Saldmann briseur de glaces pour le médecin préféré des Français.

Bernard-Henri Levy

Dans Vanity Fair la journaliste Sophie des Déserts brossait le portrait de l’auteur (best-seller mondial – traduit en 22 langues) de « Le meilleur médicament c’est vous – Votre santé est entre vos mains » (Albin Michel). La partie la plus originale concernait les détails sur la consultation assez atypique donnée par ce médecin à l’Hôpital européen Georges-Pompidou. On pouvait lire : « Avec ces bilans, jusqu’alors inédits à l’AP-HP, le tandem [le Dr Frédéric Saldmann et le Pr Gérard Friedlander] concurrence les fameux check-up de l’Hôpital Américain, qui drainaient naguère la plupart des beautiful people. ‘’Je suis en quelque sorte le médecin des pauvres pour les riches’’ plaisante Saldmann. »

C’était il y a deux ans. Où en sont les fameux check-up ? On ne le saura pas à la lecture de L’Express. En revanche nous avons droit à une consultation gratuite et hospitalo-universitaire (Bruno D. Cot) avec ce toubib qui essaie d’être « le plus cash possible » (re-sic). Etrange consultation obtenue à on ne sait quel prix avec ce médecin qui a (potentiellement) « trois millions de patients dans sa salle d’attente ». Quelle salle d’attente puisque cette célébrité (on peut le voir « jusqu’à la terrasse du Flore (de Jean-Paul Sartre) ») n’a pas bureau, pas de plaque vissée, comme en partance. Il consulte « anonymement » (mais quotidiennement) « dans un bureau qu’il partage avec un confrère ». On peut, dans le plus grand secret y croiser des célébrités : Claude Lelouch, Bernard-Henri Levy, Jacques-Antoine Granjon et le multi-étoilé Joël Robuchon.

Louis Jouvet

Compter deux ans d’attente en moyenne pour être reçu. Dans l’attente lisez L’Express. Vous y apprendrez comment (avec un assistant) il met le doigt sur les « points de vulnérabilité ». Comment il ose lever les voiles de l’intimité que ses confrères laissent tirés. Comment (ce n’est qu’un exemple à proximité du périnée) « nettoyer son sillon interfessier. Comment (autre exemple) bien uriner. Comment relarguer avec aisance ses gaz intestinaux plus ou moins odoriférants. Il « vend du bonheur » résume la gazette qui le promeut dans les grandes largeurs.Et sans médicaments.  A quel prix ? Tiers payant hospitalier généralisé ? CMU acceptés ? Mystères.

Comme ce mystère qui interdit d’en savoir plus sur le site de l’AP-HP : « accès refusé » alors même que « lemedecin.fr » reste très discret.

Toujours dans L’Express un psychiatre libéral et médiatisé (le Dr Gérard Apfeldorfer) décrypte et tacle son confrère. Il y vante notamment les charcuteries et les pâtisseries. Il doute aussi de la valeur des « hugs » [câlins]  dont fait grand cas l’atypique de l’AP-HP.  Qui croire, dans quel étage errer ? On peut résumer. Il y a, chez le Dr Saldmann comme quelque chose d’un Knock inversé ? Le malade est un bien portant qui s’est égaré. Mais sur le fond c’est bien, sous les fards, la même emprise. Un siècle plus tard c’est bien Knock, sans les paroles de Jules Romains, sans la grandeur mystifiante et libératrice de Louis Jouvet.

A demain

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