«Tuer le cancer® pour 486 euros» : la surprise, le malaise et les questions d’un oncologue

Bonjour

Un mail dominical et confraternel nous apporte des éléments nouveaux dans notre enquête sur l’affaire « Tuer le cancer pour 486 euros » 1. On les trouve dans un entretien original réalisé avec le Pr Jean-Yves Pierga, oncologue à l’Institut Curie de Paris et publié sur le site Medscape France (Aude Lecubrier) : « Test sanguin ISET® pour diagnostiquer un cancer : attention à la surpromesse ». Ce spécialiste, très au fait de ce domaine de recherche, a accepté de répondre à quelques questions soulevées par la médiatisation de la commercialisation du test sanguin de dépistage des cellules tumorales circulantes ISET® – médiatisation assurée via la publication de l’ouvrage du Pr Patrizia Paterlini-Bréchot (Université Paris Descartes, CHU Necker) intitulé « Tuer le cancer ».

Le Pr Pierga 2 rappelle tout d’abord qu’il existe d’autres techniques proches. Celle développée par le Pr Patrizia Paterlini-Bréchot s’appuie sur un système de filtre qui permet de récupérer les cellules cancéreuses en raison de leur plus grosse taille par rapport aux autres : il s’agit du test ISET® (Isolation by SizE of Tumor cells, Rarecells). « En parallèle, d’autres technologies utilisent des anticorps pour repérer les biomarqueurs exprimés à la surface de ces cellules tumorales circulantes, comme le test CellSearch® (Janssen Diagnostics). En tout, il existe une cinquantaine de technologies basées sur ces deux grands principes », précise le Pr Pierga.

Malaises

Que retenir des conséquences de la médiatisation actuelle vantant les mérites d’ISET® ?

« Le message qui semble avoir été entendu est que ce test permet de dépister le cancer. Depuis, nous [oncologues] sommes tous sollicités par des patients qui souhaitent réaliser un test de dépistage des cellules cancéreuses circulantes pour savoir s’ils ont un cancer. Nous sommes mal à l’aise car pour le moment nous ne savons pas si engager une action thérapeutique en cas de test positif présente un bénéfice pour le patient.

« Il existe une marge importante entre dire qu’il s’agit d’une perspective de recherche intéressante et commercialiser un test qui doit démontrer une utilité clinique en termes de curabilité ou de durée de survie pour les patients. Faire une chimiothérapie à visée préventive est loin d’être anodin… »

Pour le Pr Pierga le risque de sur-diagnostic est ici clairement en jeu

« Cela n’est pas sans rappeler les discussions sur l’intérêt de la généralisation de certaines méthodes de dépistage comme le dosage du PSA dans le cancer de la prostate ou le scanner de dépistage du cancer du poumon. Rappelons-nous aussi que, pendant longtemps, les oncologues ont demandé des dosages de marqueurs dans le sang pour les personnes en rémission d’un cancer du sein avec l’idée de dépister au plus tôt les métastases. Or, nous n’avons jamais pu montrer que traiter plus tôt ces métastases prolongeait la survie. Les recommandations internationales ont donc changé et préconisent de ne plus doser ces marqueurs. Cela fait réfléchir.

« Un autre exemple qui devrait inciter à la prudence est celui du test CellSearch® qui détecte les CTC grâce à des anticorps. Alors que ce test existe depuis plus de 15 ans, il n’a pas été encore montré que les patients tiraient un bénéfice clinique des résultats obtenus. Le fabricant est en train de désinvestir du projet. Mais, des études, financées par l’INCa, pour évaluer l’intérêt clinique des CTC sont toujours en cours. »

Surprise

Que répondre au fait que le test ISET® soit, d’ores et déjà commercialisé ?  « Je suis aussi assez surpris que l’on puisse commercialiser ce type de test sans plus de contrôle et d’encadrement. Ce qui est sûr, c’est que la sécurité sociale ne va pas rembourser un test qui n’est pas validé. Après, les autorités de santé devraient-elles communiquer sur ce test ? Nous nous posons la question. Est-ce le rôle d’un organisme comme l’INCa de se prononcer par rapport à ce type d’annonce ? »

Ce sont là, précisément les questions que nous nous posons. Sans jamais obtenir de réponses de l’INCa. Certains ont eu plus de chance qui ont recueilli il y a peu quelques éléments précieux de la présidence. Nous les rapporterons sous peu en soulevant de nouvelles et dérangeantes interrogations. Grâce à la confraternité, l’enquête progresse.

A demain

1 « ‘’Tuer le cancer’’ pour 486 euros : sur France Inter, l’affaire du Pr Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 19 janvier 2017

« Peut-on « tuer le cancer pour 486 euros » ? Interrogé l’INCA ne répond pas. Pourquoi ? » Journalisme et santé publique, 5 février 2017

« ‘’Tuer le cancer pour 486 euros’’ ? Le bon sens médical selon Patrizia Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 18  février 2017

« ’Tuer le cancer pour 486 euros ‘’ : l’Académie de médecine se saisira-t-elle de l’affaire ? » Journalisme et santé publique, 18  février 2017

2  Au chapitre des liens d’intérêts le Pr Pierga mentionne : « financements de recherche par Janssen Diagnostics qui commercialise le test CellSearch. Autres : Amgen, AstraZeneca, Ipsen Innovation, Roche, Merk, GSK, Novartis, Eisai SAS. »

 

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