Combien de temps un interne est-il devant un écran ? Et combien avec ses patients ?

 

Bonjour

C’est une information venue de Suisse, pays où l’on sait compter et le temps et l’argent. Un interne du prestigieux centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) de Lausanne passe trois fois moins au chevet de ses patients que devant un écran d’ordinateur. Les chiffres viennent d’être publiés dans Annals of Internal Medicine » : « Allocation of Internal Medicine Resident Time in a Swiss Hospital: A Time and Motion Study of Day and Evening Shifts »

Entre mai et juillet 2015, le travail de trente-six internes du service de médecine interne du CHUV a été observé, disséqué. Selon les auteurs de ce travail strictement universitaire il s’agit ici de la plus importante étude réalisée sur le terrain et non pas à partir d’interviews.

Conclusion : les internes passent trois fois moins de temps au chevet de leurs huit patients (c’est la règle au CHUV) que devant un écran. « Une bonne partie de l’activité sur ordinateur consiste à consulter et à saisir des données dans le dossier médical informatisé des malades, résume Le Quotidien du Médecin qui a repéré cette publication éclairante.  Plus de la moitié d’une garde est consacrée à des tâches indirectement liées au patient (staffs, revue de littérature, prises de rendez-vous…). La visite auprès des patients, les examens cliniques, la consultation du dossier médical informatisé, les prescriptions occupent plus de 20 % de la durée totale d’une garde. »

L’AP-HP et les généralistes

Se morfondre devant l’évolution des techniques ? Se complaire dans le « c’était mieux avant » ? Pleurer le rituel monarchique de la visite, le temps des mandarins et des dossiers en carton remplis au stylo-bille ? On peut, comme les auteurs, le dire autrement : la part du temps passé auprès des patients n’a pas significativement évolué au cours des dernières années, et ce même depuis la mise en place des dossiers médicaux informatisés. Le travail sur écran est réparti tout au long de la journée mais se concentre plus particulièrement après la garde, lorsque les internes ont une vue globale des situations médicales de la journée, qu’ils sont moins interrompus par leur travail et par les collègues.

C’est ainsi qu’à Lausanne les horaires officiels de la garde (dix heures) s’allongent en moyenne de 96 minutes. Les auteurs notent que ce travail sur ordinateur se fait rarement en présence des patients – et ce même lorsque cela est possible. « La part importante du temps devant un ordinateur et consacré à des activités non axées sur le patient peut susciter de la frustration chez les internes en raison du peu de valeur médicale de ces tâches, écrivent les auteurs. Elle peut aussi augmenter le risque de burn out. » On serait curieux de connaître les chiffres concernant les internes de l’AP-HP comme de l’ensemble des centres hospitalo-universitaires français. Idem pour les généralistes.

A demain

Une réflexion sur “Combien de temps un interne est-il devant un écran ? Et combien avec ses patients ?

  1. C’est hélas une observation généralisée.
    Il n’y a pas que les internes Suisses.

    Enorme augmentation du temps informatique avec retentissement evident sur le temps passé à faire le médecin.

    A la grande satisfaction des autorités régulatrices rondecuiresques, fabricatrices de règles qu’elles ne subissent pas, et de procédures dont l’accumulation sans fin satisfait le besoin (on le comprend) de se sentir utile. Ignorantes qu’elles sont de la « Law of unintended consequences » corollaire de la loi « I’can’t see beyond the tip of my nose ». Pour les Suisses Germanophones exclusifs: la « loi des conséquences imprévues », corollaire de la loi « Je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez ». Je taquine.

    Parce que ces gens comme les administrations hospitalières toujours plus gigantesques, se satisfont de l’immédiat et de l’apparence. Sans voir les effets pervers , les « unintended consequences » dénoncées par nos collègues Nord-Américains qui s’y sont frottés avant nous.

    L’effet pervers est observé partout avec le même effet: moins de temps clinique, plus de tension nerveuse. Moins de qualité réelle sans doute , mais nez dans le guidon de la course à la qualité apparente , mesurable. On documente tout dans la machine. Bientot on documentera que l’on est en train de documenter un peu comme des miroirs face à face …. le vertige .

    Quand la salle d’attente trépigne et que le temps passé à écrire dans le logiciel de « soins » (tu parles!) et attendre que les fenêtres s’ouvrent se ferment et se chargent et clic par ci, et clic par là, et que ce temps est incompressible, le temps compressible de (larmoyons!) la rencontre singulière médecin-malade se plie à l’inextensibilité irréfragable du temps, elle se riquiquise (Riquiquer —se, verbe réfléchi du premier groupe) . Le style pompier, ça soulage, par contre.

    Mais on sait qui fait quoi à quelle heure et tout est tracé. Le rêve des régulateurs, administrateurs et correcteurs de torts.

    Au fait : a-t-on évalué scientifiquement l’amélioration de la qualité des soins, une diminution de la mortalité, avant de mettre en place des systèmes de pauvre qualité ? Ou est -t-on parti à l’aveugle ? La question est dans la réponse et inversement.

    L’informatisation , je suis pour et même à tout va. Le problème est la trop fréquente non-qualité abyssale des logiciels extrêmement coûteux proposés aux hôpitaux. Il fallait d’abord exiger cette qualité-là avant de généraliser.

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