Trois mille personnes ont déjà pris du Truvada® contre une contamination sexuelle par le VIH

 

Bonjour

C’est une étape médicale dans l’histoire de la lutte contre l’épidémie de sida. Elle se résume à quelques lignes sur le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Etape majeure en ce qu’elle consacre le recours à un médicament antiviral comme méthode de prévention de la contamination par le VIH par des comportements sexuels connus pour être « à risques ».

C’est aussi une étape réglementaire : la recommandation temporaire d’utilisation (RTU) de Truvada® dans la prophylaxie Pré-exposition au VIH (PrEP) établie en janvier 2016 prendra fin le 28 février 2017. C’est la conséquence mécanique compte de l’extension de l’AMM de cette spécialité pharmaceutique dans cette indication.

Rappelons l’essentiel. Le Truvada® est une association à dose fixe de deux inhibiteurs de la transcriptase inverse du VIH, l’emtricitabine et le ténofovir disoproxil fumarate. Depuis 2005 cette spécialité (commercialisée par la firme américaine Gilead Sciences)  bénéficie d’une AMM européenne dans le « traitement de l’infection par le VIH chez l’adulte ».

Sécurité sociale

Après plusieurs années de controverses empruntant à la méthodologie (autant qu’aux passions associatives, convictions idéologiques et volontés politiques) une RTU de Truvada® avait été mise en place en France en janvier 2016. Cadre : « la prophylaxie pré-exposition au VIH chez les personnes adultes à haut risque d’acquisition du VIH par voie sexuelle ». Le jargon utilisé dit tout de la complexité sociétale du sujet. Avec, sous-jacente, la question de la prise en charge par la collectivité de cette nouvelle (et coûteuse) méthode de prévention 1.

L’ANSM révèle aujourd’hui qu’en France « plus de 3000 personnes » ont reçu Truvada® dans ce cadre. L’extension d’AMM a été octroyée en août 2016 par la Commission européenne. En pratique :

« Truvada®  associé à des pratiques sexuelles à moindre risque, est indiqué en prophylaxie pré-exposition pour réduire le risque d’infection par le VIH-1 par voie sexuelle chez les adultes à haut risque de contamination, selon un schéma posologique en continu (1 comprimé /jour).

Le traitement sera initié par un médecin spécialiste hospitalier et/ou exerçant en « Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic des infections par le VIH, les hépatites virales et les infections sexuellement transmissibles ». Il pourra être renouvelé par le médecin généraliste, dans la limite d’un an, comme c’est actuellement le cas dans le traitement de l’infection par le VIH. »

Préservatif

L’ANSM souligne les principaux risques associés à cette utilisation du Truvada® : le risque de toxicité rénale lié et  le risque de séroconversion sous traitement pouvant être associé à l’apparition de mutations de résistance du VIH. C’est pourquoi « un suivi régulier, incluant un dépistage du VIH au minimum tous les trois mois et une surveillance de la fonction rénale, est indispensable ». De plus des « documents de réduction des risques » doivent être mis à la disposition des médecins et des personnes traitées. :

. une brochure d’information sur la PrEP et d’une check-list pour l’initiation et le suivi des sujets traités, destinées aux prescripteurs ; cette brochure contient notamment une fiche et les modalités de déclaration des séroconversions VIH,

. une brochure d’information sur la PrEP et d’une carte de rappel des modalités de prise du médicament et des rendez-vous, destinées aux sujets traités et qui devront leur être remises par les prescripteurs,

. un courrier de liaison entre le prescripteur initial (médecin spécialiste hospitalier et/ou exerçant en CeGIDD) et le médecin généraliste, en cas de renouvellement de la prescription de Truvada® par ce dernier.

Un médicament comme les autres ? Pas véritablement : l’ANSM surligne en gras que cet usage médicamenteux   « s’intègre dans une stratégie de prévention diversifiée de la transmission du VIH par voie sexuelle avec notamment la promotion de l’usage du préservatif, qui protège non seulement du VIH mais également des autres infections sexuellement transmissibles ».

Le Truvada® est actuellement commercialisé environ 400 euros les trente comprimés. Un coût pris en charge à 100% par la Sécurité sociale.

A demain

1 « Sida: la Sécurité sociale doit-elle rembourser le Truvada® à titre préventif ? » Slate.fr (30 octobre 2014)

 

3 réflexions sur “Trois mille personnes ont déjà pris du Truvada® contre une contamination sexuelle par le VIH

  1. 400 euros les 30cp pour une population clairement identifiée à risques. Est ce au reste de la communauté nationale de prendre en charge 3000 personnes qui se foutent éperdument de leur conduite à risque?? Avec en plus le risque d augmenter la resistance virale!!
    Pompier pyromane!
    Et pendant ce temps là on restreint les presriptions des anticancéreux c est à dire d une population dont le risque est nettement plus aleatoire.

    • Il ne faut jamais s’arrêter aux « évidences » et aux apparences. En médecine, la morale n’a pas à entrer en ligne de compte, jamais, seule l’efficacité à la fois individuelle et à l’échelle de la société devrait compter. En remboursant ce médicament, nous espérons éviter un certain nombre de nouvelles contaminations. Ces nouvelles contaminations couteraient sans doute beaucoup plus cher à long terme à la société que le médicament qui pourrait les éviter. De plus en évitant ces nouvelles contaminations on réduit aussi le risque mathématiquement que la maladie se propage. Bref une petite dépense maintenant peut permettre de très grosses économies plus tard.
      Moralement bien sûr cela se discute. Mais nous arrivons au même niveau que la discussion consistant à remettre en cause la prise en charge du traitement contre le cancer des poumons pour les fumeurs, la prise en charge des maladies liées à l’obésité, etc. La pente est terriblement glissante à vouloir mettre de la morale dans le remboursement des frais médicaux et qui fixera le curseur du point où la responsabilité individuelle justifie que seule les plus fortunés auront la possibilité de se soigner ?

      Pour aller plus loin, pourquoi est il complétement débile de refuser de soigner en France les gens entrés illégalement ? Parce que soignés ou pas, ils rentreront, sauf que s’ils ne peuvent se faire soigner, les maladies contagieuses dont ils peuvent être porteurs peuvent se rependre au sein de la population française, et soigner alors les gens qui auront été contaminés sans soigner le « réservoir » coutera infiniment plus cher que de soigner ces illégaux dès le départ.

      Dans la même veine, pourquoi faut-il prendre en charge à 100% les frais d’avortement même si on trouve que moralement c’est condamnable ? Parce qu’une femme voulant avorter, se fera avorter quelques soit la législation. La différence se fera dans les conditions sanitaires de l’opération : en toute sécurité pour les nanties, en mettant leur vie en danger pour les autres. À combien chiffre t-on la perte économique de la mort d’une personne dans la force de l’âge ? À combien se chiffrerait les coûts de la prise en charge des complications d’un avortements faits dans de mauvaises conditions ?

      La morale est une chose, l’efficacité en est une autre. Mieux vaut prendre des décisions avec son cerveau plutôt qu’avec ses tripes.

      • Ou avez vous vu dans mon intervention une notion de moralité?? Moi je parle de justice sociale. Quand vous dites que l on(C EST QUI ON?) peut dépenser quelques millions d euros pour éviter des contaminations sauf que vous oubliez le cout des trithérapies depuis maintenant un paquet d’années…
        Quant à tout ramener à l’efficacité,votre optmisme vis à vis de la science m’emerveille et vous permet surement de dormir en paix.
        Il ne vous pas échapper que rien ne prouve que ce medicamenet en effet sera efficace vu l peu de recul et les risques de mutation virale avec à chaque fois comme pour les antibiotiques un marge therapeutique qui retrécit dangereusement.
        C est vrai qu avec votre raisonnement on devrait,moralite laissée au vestiaire,liberaliser l euthanasie des résidents en EHPAD puisque c est EFFICACE dans tous les cas de figure.
        (ça remémore à certains les pages les plus sombres de l histoire du 20 eme siecle en Allemagne).

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