Le Conseil d’Etat va-t-il ordonner de mettre fin à l’assistance respiratoire de Marwa ?

Bonjour

Soigner encore ou laisser faire la mort ? S’obstiner au risque de la déraison. Nous rapportions, le 10 février dernier, les termes de « l’affaire Marwa » – sorte de nouvelle affaire Vincent Lambert.

Marwa, bébé d’un an, avait été admise à l’hôpital de la Timone à Marseille le 25 septembre 2016, victime d’une grave infection virale. Devant l’évolution de l’état de l’enfant les médecins marseillais décident, le 4 novembre, d’arrêter les thérapeutiques mises en œuvre et de débrancher l’assistance respiratoire. La famille s’y oppose, saisit la justice. En référé, le tribunal administratif ordonne à la Timone la poursuite des soins, et diligente une expertise confiée à deux neurologues, et un neuropédiatre.

Handicap majeur

Ce tribunal considère alors que « de nombreuses incertitudes demeurent sur la pathologie initiale de l’enfant, sur les séquelles dont elle est atteinte, sur les examens pratiqués et sur son état actuel ». « La fiche de traçabilité des décisions prises de façon collégiale comporte une motivation très lacunaire », souligne-t-il, et des « indications divergentes » ont été données par l’hôpital. Selon le rapport des experts, relayé par l’AFP, l’évolution de la maladie de Marwa « va conduire à un handicap majeur ».

Elle « est consciente mais atteinte d’un déficit moteur majeur et irréversible », écrivent ces médecins, qui confirment « une atteinte neurologique sévère et définitive ». Partageant le « pronostic clinique extrêmement négatif » des médecins de l’hôpital de la Timone, les experts estiment que Marwa sera « incapable de faire des gestes de la vie courante et de pouvoir se déplacer, même en fauteuil électrique, restera dépendante d’une suppléance respiratoire, d’une alimentation artificielle et d’un nursing intensif ». Selon eux « l’évolution va conduire à un handicap majeur chez une enfant grabataire ».

Etrange pays

Mohamed Bouchenafa, le père de Marwa a mis en ligne sur Facebook une vidéo de sa fille et la famille a également lancé une pétition en ligne sur la plateforme change.org « Jamais sans Marwa » où des raisons budgétaires hospitalières sont, pour la première fois dans une affaire de ce type, évoquées 2. A l’heure où nous écrivons ces lignes (à la veille de l’audience du Palais Royal) cette pétition avait réuni plus de 240 000 signatures.

Aujourd’hui l’affaire arrive devant le Conseil d’Etat. Le jeudi 2 mars les magistrats débattront sur le sort de la petite patiente, lors d’une audience en référé qui se tiendra à huis clos. « Les médecins de Marseille ont sans doute raison sur le plan médical et juridique, mais au plan éthique, il est vraiment difficile d’aller contre l’assentiment des parents. On ne peut pas s’opposer comme cela frontalement à eux, il faut s’y prendre autrement, commente dans Le Monde, le Dr Véronique Fournier, présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie. Car si le Conseil d’Etat leur donne raison, ils vont faire quoi ? Débrancher cette petite fille en cachette, la nuit, derrière le dos des parents ? »

Etrange pays qui voit une juridiction administrative suprême amenée à trancher des questions éthiques de vie et de mort. Etrange époque qui voit des responsables politiques candidats à la magistrature suprême partir en guerre contre la justice de leur pays.

A demain

2 réflexions sur “Le Conseil d’Etat va-t-il ordonner de mettre fin à l’assistance respiratoire de Marwa ?

  1. « il faut s’y prendre autrement, commente dans Le Monde, le Dr Véronique Fournier »
    Bien.
    Comment ?
    Respiration et alimentations artificielles. Soins palliatifs à vie ? Comment sait-on qu’un enfant à l’état neurologique délabré ne souffre pas sans que cela soit exprimé et puisse se voir ?
    C’est affreux que les malheureux parents ne voient pas ce que voient des médecins qui adorent les enfants et les soignent sans compter.
    Un long travail d’explication, mais sûrement déja conduit et ayant échoué.
    Comment alors faut il s’y prendre.

  2. Étrange pays qui s’appesantit davantage sur des cas extrêmes qui requièrent une solidarité nationale forte et qui oublie de proposer à tous les soins de santé de base – dents, yeux, salubrité de conditions de vie, nourriture saine, … . Étrange pays qui investit dans des équipements sophistiqués et dispendieux et laisse des déserts médicaux. Étrange pays où on peut maintenir en « vie » des enfants qui n’ont aucun avenir alors qu’il a sacrifié sa médecine scolaire. Étrange pays.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s