Quelques précisions sur « l’espoir fou » du vaccin contre le sida mis au point à Marseille

 

Bonjour

Nous rapportions hier les échos médiatiques qui avaient suivi une conférence de presse donnée à Marseille sur le thème d’un vaccin thérapeutique contre l’infection par le VIH.  La Provence révélait qu’un protocole mené depuis 2013 auprès de 48 patients avait livré des résultats encourageants (contenu payant). Ce vaccin expérimental aurait permis « de faire disparaître les cellules infectées du corps d’une dizaine de volontaires qui étaient porteurs du virus ». Une avancée qui permettait au quotidien de titrer en une « Un espoir fou ». Le Point avait repris l’information provençale :

« Sous la conduite du Dr Isabelle Ravaux à l’hôpital de la Conception de Marseille  et d’Erwann Loret, biologiste au CNRS, trois doses ont été injectées sur des patients volontaires. Ces 48 personnes ont donc arrêté leur trithérapie. ‘’Le résultat le plus remarquable est que les cellules infectées par le VIH ne sont plus détectables chez une dizaine de patients. Et ce, depuis deux ans, ce qui est tout à fait exceptionnel, détaille Erwann Loret à nos confrères de La Provence. Si des épisodes de ce type sont observés parfois chez des patients, cela ne s’était encore jamais produit sur une telle durée.’’ Le vaccin aurait donc eu un effet et diminué le nombre de cellules infectées par le virus. »

Le chercheur du CNRS est une personnalité qui a déjà été au centre de quelques controverses médiatiques 1. La dernière conférence de presse devait susciter une nouvelle polémique, l’entourage d’Erwann Loret laissant entendre qu’il avait été interdit de s’exprimer par la direction générale du CNRS.  Il expliquait aussi « proposer avec l’Agence du médicament, à des patients qui ont repris la trithérapie d’arrêter leur traitement, sous suivi médical. »

Les réponses du CNRS et de l’Agence du médicament

Censurer un chercheur est une affaire d’une particulière gravité. Nous avons demandé ce qu’il en était au CNRS. Voici sa réponse :

« Lundi 27 février, le CNRS a été informé de la tenue d’une conférence de presse organisée par la Société BIOSANTECH en présence d’un chercheur du CNRS, Erwann Loret. Le CNRS lui a demandé de ne pas participer à cette conférence de presse. En effet, à notre connaissance, l’essai clinique s’est terminé en fin de phase I/IIa depuis plus d’un an. Les résultats de l’étude adossés à cet essai ont été publiés le 1er avril 2016.

Le CNRS n’a connaissance d’aucun projet de poursuite d’essai clinique. Si cela était le cas, il serait conduit sous la responsabilité exclusive de l’entreprise BIOSANTECH, promoteur de l’essai, comme cela a toujours été le cas.

 « Le CNRS rappelle que les relations de partenariat établies entre la recherche publique et les entreprises s’inscrivent dans des cadres juridiques clairs, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un produit de santé répondant à un enjeu aussi important que celui du sida. A ce jour, l’entreprise BIOSANTECH est titulaire d’une licence de brevet lui donnant l’autorisation d’utiliser la technologie. Il n’y a plus aucune relation de co-développement formalisé entre le CNRS et cette entreprise. Cette situation n’interdit en rien à Erwann LORET de présenter ses travaux dans des congrès tel que celui qui s’est tenu récemment à Berlin. »

 Nous avons également demandé à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) quel était le stade de développement des essais cliniques. Voici sa réponse :

« L’ANSM a autorisé cet essai en 2013. Il comportait deux parties, une première partie avec une recherche de doses, aujourd’hui terminée, puis une deuxième partie sur un groupe de patients différents avec la dose sélectionnée lors de la première partie. Le passage à la deuxième partie était subordonné à une nouvelle autorisation de l’ANSM. A ce jour, l’ANSM n’a pas reçu de demande d’autorisation pour débuter cette deuxième partie. » 

 Nous publierons bien évidemment, s’ils le souhaitent, les précisions des responsables de l’essai marseillais.

 A demain

1 « Vaccin sida : Biosantech avait-elle le droit de présenter ses premiers résultats à la presse ? » Journalisme et santé publique, 29 octobre 2015

 

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