Une équipe française a mis au point avec succès une thérapie génique de la drépanocytose

 

Bonjour

Un éclair d’espoir dans un monde en souffrance. Une équipe médicale française dirigée par le Pr Marina Cavazzana (Institut des maladies génétiques Imagine, Inserm, hôpital Necker/Assistance publique-Hôpitaux de Paris) a mis au point, pour la première fois au monde, une thérapie génique de la drépanocytose, maladie héréditaire due à une malformation de l’hémoglobine responsable de formes graves d’anémie chronique. Ce travail est publié aujourd’hui dans le New England Journal of Medicine « Gene Therapy in a Patient with Sickle Cell Disease ». Une publication historique signée par vingt-sept auteurs 1.

Prudente, le Pr Marina Cavazzana se refuse à parler de « guérison ». Elle dispose toutefois aujourd’hui d’un recul de plus de quinze mois pour un adolescent âgé de 13 ans traité avec cette nouvelle technique qui permet de corriger l’anomalie génétique. Elle précise que son patient est dans une situation totalement stable et que les données actuelles laissent espérer que la rémission obtenue va se poursuivre pendant des années.  Le jeune garçon souffrait d’une forme très sévère de drépanocytose à l’origine des crises extrêmement douloureuses causées par l’occlusion de petits vaisseaux sanguins par des globules rouges déformés. La correction génétique apportée fait que les transfusions sanguines ne sont plus nécessaires, que le taux d’hémoglobine est normal et que l’enfant mène une vie normale.

Bluebird Bio

La drépanocytose est la maladie génétique la plus répandue dans le monde : elle touche plus de cinq millions de personnes. Elle est particulièrement fréquente dans les populations d’origine antillaise, africaine et méditerranéenne. Elle est également présente en Inde, en Amérique du Sud (surtout au Brésil). En France, la prévalence à la naissance (nombre de cas chez les nouveaux-nés à un moment précis) est en moyenne d’une sur 3 000 naissances, mais varie beaucoup d’une région à l’autre, selon la répartition des communautés à risque : 1 sur 16 000 à Lille et 1 sur 550 à Saint-Denis en région parisienne, par exemple. Il y a environ 400 nouveaux-nés atteints par an, principalement issus de la communauté africaine ou antillaise. En Afrique Noire, la prévalence peut atteindre 1 naissance sur 30 et, aux Antilles, une sur 280.

Le vecteur de la thérapie génique mise au point par l’équipe française est un lentivirus, dans lequel a été introduit un gène spécifique (antisickling β-globin gene). Il a été élaboré par le Pr Philippe Leboulch (CEA, Brigham and Women’s Hospital and Harvard Medical School, Boston). Ce vecteur est mis en contact avec des cellules-souches sanguines du patient puis réinjectées après une chimiothérapie. Le vecteur « LentiGlobin BB 305 » est développé par la société américaine Bluebird Bio, fondée par le Pr Leboulch, qui a financièrement soutenu ce travail avec l’Assistance Publique–Hôpitaux de Paris et l’INSERM.

« Ce patient s’inscrit dans une étude de phase I/II, qui prévoit sept malades, tous pris en charge à l’hôpital Necker », a précisé le Pr Marina Cavazzana. Cinq – dont quatre atteints de thalassémie, autre forme de malformation de l’hémoglobine ont déjà été traités, avec des résultats positifs.  Pour l’heure, le coût de cette thérapeutique est très élevé, de l’ordre de 500 000 euros par patient, selon le professeur Cavazzana. Ce montant devrait, selon elle, fortement diminuer dans les prochaines années, avec l’automatisation des procédés. Comment ne pas l’espérer ?

A demain

1 Jean-Antoine Ribeil, M.D., Ph.D., Salima Hacein-Bey-Abina, Pharm.D., Ph.D., Emmanuel Payen, Ph.D., Alessandra Magnani, M.D., Ph.D., Michaela Semeraro, M.D., Ph.D., Elisa Magrin, Ph.D., Laure Caccavelli, Ph.D., Benedicte Neven, M.D., Ph.D., Philippe Bourget, Pharm.D., Ph.D., Wassim El Nemer, Ph.D., Pablo Bartolucci, M.D., Ph.D., Leslie Weber, M.Sc., Hervé Puy, M.D., Ph.D., Jean-François Meritet, Ph.D., David Grevent, M.D., Yves Beuzard, M.D., Stany Chrétien, Ph.D., Thibaud Lefebvre, M.D., Robert W. Ross, M.D., Olivier Negre, Ph.D., Gabor Veres, Ph.D., Laura Sandler, M.P.H., Sandeep Soni, M.D., Mariane de Montalembert, M.D., Ph.D., Stéphane Blanche, M.D., Philippe Leboulch, M.D., and Marina Cavazzana, M.D., Ph.D.

N Engl J Med 2017; 376:848-855March 2, 2017DOI: 10.1056/NEJMoa1609677

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s