Cannabis et urgence : le syndrome des vomissements cycliques n’épargne pas la France

 

Bonjour

On ne soigne jamais assez sa bibliographie. Nous posions, hier, la question de savoir si la consommation (illégale mais massive) de cannabis était, en France, responsable de « syndromes des vomissements cycliques ». Question soulevée à la lumière des informations de Medscape.com qui faisait état d’une multiplication du nombre de cas aux Etats-Unis où le cannabis fait l’objet d’une vague de dépénalisation et d’autorisation à des fins récréatives.

Nos propos furent, sur ce blog, bien vites repérés par quelques-uns des meilleurs praticiens du domaine, réunis au sein de SOS Addictions. C’est que l’affaire ne leur avait pas échappé, comme on peut aisément en prendre connaissance sur leur site : « Le syndrome cannabinoïde : un tableau douloureux méconnu des medecins et des usagers ». Une publication datée du 26 mai 2016 signée Pierre Fabries, Nicolas Ribaud, Alain Puidupin et Thierry Coton (service de pathologie digestive, Hôpital d’instruction des armées Laveran, Marseille). Où l’on voit,  n’en déplaise aux esprits chagrins, que la clinique française n’est ici en rien en retard sur l’anglo-saxonne.

Observations de Marseille

Au départ, un témoignage. Celui d’une femme inquiète dont le mari offre un étrange tableau de vomissements, douleurs thoraciques, déjà vu aux urgences, sans anomalie biologique et uniquement calmé par des bains chauds.  L’éclairage demandé aux spécialistes de Marseille se fonde sur une série de sept patients (19-40 ans) vus au service des urgences et dans le service de pathologie digestive de l’hôpital d’instruction des armées Laveran.

« Il s’agissait de quatre femmes et trois hommes. Le tableau clinique était stéréotypé associant constamment agitation, nausées majeures, vomissements incoercibles et douleurs abdominales diffuses couplés à un examen physique normal. Ce tableau survenait de façon cyclique dans une histoire de consommation chronique et quotidienne de cannabis après une période de latence asymptomatique de plusieurs années.

« Les explorations complémentaires de base et exhaustives réalisées secondairement chez trois patients étaient toutes normales. Sur le plan thérapeutique, le recours aux analgésiques de pallier I et II était systématique avec le plus souvent une efficacité décevante nécessitant l’emploi d’une analgésie morphinique chez trois patients sur sept. Le recours à des douches chaudes n’a été introduit que récemment chez un patient avec succès. Pour trois patients, un suivi de plusieurs années était possible et était marqué par l’alternance de phases de quiescence correspondant à des périodes de sevrage du cannabis et des périodes de rechute correspondant à la reprise de la consommation du cannabis pour deux d’entre eux et une rémission complète à un an pour le troisième. »

Indispensable sevrage

Les auteurs soulignent le caractère déroutant, pour le clinicien, du syndrome cannabinoïde du fait de la discordance entre le caractère spectaculaire du syndrome clinique et la quasi-normalité du bilan complémentaire. Le syndrome évolue en trois phases : prodromes, de durée variable, avec des nausées, vomissements et inconfort abdominal ; vomissements avec des nausées intenses et persistantes, sans syndrome méningé jusqu’à plusieurs fois par heure ; phase de recouvrement avec disparition des symptômes à l’arrêt définitif de la consommation de cannabis. Le syndrome peut réapparaître dès la reprise de la consommation.

Pour leur part les médecins militaires observent que leurs patients ont « tendance à fuir une fois le diagnostic évoqué ». Un seul traitement : le sevrage « définitif et durable du cannabis ». Un objectif difficile à atteindre par des patients dont l’histoire est, en dépit de conseils prodigués, émaillée de rechutes.

A demain

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