Demain, en France, les pédopsychiatres se compteront sur le bout des doigts. Pourquoi ?

 

Bonjour

Plus qu’une simple tribune c’est un cri d’alarme que vient de lancer, dans Le Monde, le Pr Bruno Fallissard, pédopsychiatre et biostatisticien. Directeur de l’unité Inserm « santé mentale et santé publique » l’auteur est bien placé pour savoir que, collectivement, nous ne voulons pas voir que les enfants peuvent souffrir de problèmes psychiatriques.

Le Pr Fallissard fournit ici d’utiles précisions de vocabulaire.  Il ne faut pas voir dans l’expression « maladie mentale » une maladresse de style. « Point d’euphémisme, point de  » trouble  » ou de  » syndrome « , mais des  » maladies « , car il existe en psychiatrie des maladies comme dans le reste de la médecine, écrit-il. Et ces maladies sont parmi les plus fréquentes chez les jeunes, et parmi les plus graves. »

Quelques dizaines d’internes

Comment prendre au mieux en charge les jeunes patients atteints de maladies psychiatriques ? « Presque toujours sur la base d’un travail de groupe associant les patients, les familles, des enseignants, des travailleurs sociaux et des soignants parmi lesquels, bien sûr, des médecins que l’on dénomme pédopsychiatres (…) Pour s’occuper de ces patients, il faut à l’évidence des -médecins, formés non seulement à l’étude du fonctionnement du cerveau, mais aussi à la psychologie, à la systémique familiale et, avant tout, à la clinique pédopsychiatrique. »

Or, et c’est l’objet de ce cri d’alarme : la pédopsychiatrie est, aujourd’hui, programmée pour disparaître. Ecoutons le lanceur d’alerte :

« La dernière attaque en date vient de la réforme en cours de la formation des internes en pédopsychiatrie. Tout est fait pour que la spécialité devienne la moins attractive possible. Il y a 640 pédopsychiatres en France, d’une moyenne d’âge légèrement supérieure à 60 ans. La discipline a perdu plus de 50 % de ses effectifs sur la période 2007-2016. Aujourd’hui, quelques dizaines d’internes seulement sont formés chaque année. Vouloir encore diminuer ce nombre, c’est assumer la fin de la discipline. »

Intelligentsia et prérogatives

Qui assumera ? Le Pr Fallissard ne craint pas de répondre, au risque de froisser dans un milieu peu habitué aux réquisitoires prononcés en public :

« Depuis le début des années 2000, la pédopsychiatrie est victime d’assauts d’une violence sans précédent. Assauts venant de certains collègues psychiatres pour adultes ou de certains neuro-pédiatres, qui voient là une possibilité d’élargir leurs prérogatives ; assauts venant de l’intelligentsia du monde universitaire et de la recherche, qui pense trop souvent que les neurosciences à elles seules apporteront une solution à tous les problèmes psychiatriques ; assauts de certains politiques, souvenons-nous d’un récent projet de loi contre la possibilité de recourir à certains soins dans l’autisme. »

Il ajoute une donnée historique oubliée en ces temps de post-vérité : les spécialités médicales ne sont pas éternelles. Qui se souvient de la disparition, il y a un demi-siècle, de la « neuropsychiatrie » malheureusement écartelée, depuis, en deux disciplines étrangères ? La pédopsychiatrie française entame-t-elle, en 2017 une disparition bientôt irréversible ? Si oui, qui en sera tenu pour responsable ?

A demain

2 réflexions sur “Demain, en France, les pédopsychiatres se compteront sur le bout des doigts. Pourquoi ?

  1.  »qui pense trop souvent que les neurosciences à elles seules apporteront une solution à tous les problèmes psychiatriques ». Il doit préférer la psychanalyse.
    « recourir à certains soins dans l’autisme » : il confirme

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