Post-vérité gynécologique : comment en finir avec le chantage à la congélation des ovocytes ?

Bonjour

Nous étions en décembre 2012. Le quinquennat hollandien n’avait pas soufflé sa première bougie. Tout était encore possible. Et le  Collège national des gynécologues et obstétriciens français venait de trancher : il donnait son feu vert à « l’autoconservation sociétale des ovocytes » et dénonçait le «chantage» que l’on imposait ici aux femmes. Il ne restait plus qu’à changer la loi. « Mais qui oserait raisonnablement s’élever contre cette nouvelle forme de maîtrise de la procréation ? » demandions-nous alors, sur Slate.fr 1.

Nous sommes en mars 2017. La ministre de la Santé n’a pas changé et le quinquennat est à bout de souffle. Slate.fr (Daphnée Leportois) revient, sous un autre angle, sur le même sujet 2. Que s’est-il passé ?

Fin 2012 le CNGOF était depuis peu présidé par le Pr Bernard Hedon (CHU de Montpellier). Son conseil d’administration avait fait décision le 12 décembre. Non seulement ces spécialistes étaient favorables à ce que les femmes puissent, comme les hommes, avoir accès à la libre conservation de leurs cellules sexuelles, mais ils dénonçaient la pratique officiellement en vigueur en France : les seules femmes qui pouvaient avoir cette liberté étaient celles qui acceptaient, en contrepartie, de donner à d’autres femmes une partie de leurs ovocytes. Il s’agit là pour eux d’un chantage devenu inacceptable.

« Convenance »

On sait qu’à différence notable des spermatozoïdes, la question des modalités de conservation des ovocytes par congélation ne s’est posée que très récemment. Les principaux obstacles techniques ont été franchis avec succès ces dernières années avec le procédé dit de «vitrification». Les espoirs et les problèmes avaient commencé à apparaître au début de 2011. Cœur du problème : la loi de bioéthique de juillet 2011 dispose que cette technique ne peut être mise en œuvre que pour des raisons médicales. Sa pratique est ainsi devenue courante lorsque la fertilité de la femme est menacée par un futur traitement stérilisant (dans le cas de certains cancers notamment).

Mais elle est interdite en France dès lors qu’il s’agit d’une « demande de convenance ». Et cette interdiction vaut également dans le cas où la femme accepterait de payer les opérations de prélèvement et de conservation. Prévenir avec succès la marchandisation du corps humain a son corollaire : le citoyen ne peut pas disposer comme il l’entend des éléments qui composent le sien.

Pour sa part le CNGOF rappellait que cette autoconservation constitue un progrès médical : elle est, avec le don de ces mêmes cellules sexuelles, la seule méthode de traitement de l’infertilité réellement efficace à 40 ans et plus. Elle permet aux couples de concevoir des enfants dotés d’un capital génétique qui leur est propre.

Inadmissible

Les gynécologues-obstétriciens français observaient encore que l’âge moyen de la maternité ne cesse, en France, de reculer et que les femmes qui consultent pour infertilité sont, elles aussi, de plus en plus âgées. Le nombre de cas nécessitant le recours à un don de gamètes sexuelles féminines augmente et ce alors qu’il n’existe pas d’ovocytes disponibles. Conclusion :

« Il ne serait pas admissible, comme la loi le prévoit pourtant, de limiter la possibilité d’autoconservation aux seules femmes qui accepteraient de donner une partie de leurs ovocytes Un tel chantage nous paraît éthiquement inacceptable. »

Le CNGOF ajoutait que l’autoconservation « de convenance » de spermatozoïdes est possible pour les hommes et qu’il n’y aavi donc « pas de raison particulière pour que le parallèle ne soit pas autorisé aux femmes». Ils précisaient que de nombreux pays acceptent la conservation d’ovocytes pour convenance. La société européenne de reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE) venait d’ailleurs de rendre un avis favorable à cette pratique.

« Au total, c’est bien la ‘’convenance personnelle’’ qui apparaît comme la question nouvelle et centrale, observions-nous alors. On peut voir dans cette possibilité née des avancées techniques la suite logique de la maîtrise de la fonction de reproduction féminine amorcée il y a plus d’un demi-siècle avec la contraception hormonale. Sera-t-elle également, en France, une première étape irréversible dans l’usage non médical de techniques jusqu’ici destinées à traiter des stérilités ? De ce point de vue, cette question soulève les mêmes problèmes éthiques fondamentaux que les projets gouvernementaux actuels de procréation médicalement assistée qui pourrait être autorisée aux futurs couples homosexuels mariés. »

Commerce espagnol

Quatre ans plus tard on sait ce qu’il en fut de ces projets gouvernementaux. Mais qu’en fut-il des souhaits et le la volonté du Collège national des gynécologues et obstétriciens français ? On lira, sur Slate.fr, que rien n’a changé et que dans ce domaine la parité est un horizon qui apparaît encore assez éloigné. Ainsi le « chantage au don » est-il toujours d’actualité. « La frilosité de voir les femmes reprendre le contrôle de leur maternité jusqu’à un âge avancé» pourrait bien s’expliquer par des raisons essentiellement non médicales, y observe le Dr Miguel Jean, responsable du Conseil interdisciplinaire d’éthique du CHU de Nantes: «C’est une forme de gestion paternaliste de la procréation. Doit-on fixer des limites à la liberté procréative des femmes? Et si on répond oui à cette question, qui est légitime pour fixer ces limites ? Le législateur ? Les médecins ? Ou les femmes elles-mêmes ?»

Mars 2017. Les professionnels de gynécologie française ne semblent pas soucieux de prendre publiquement la parole sur ce sujet. Un commerce fructueux s’organise entre la France et certaines cliniques privées espagnoles (groupe IVI) très actives sur le sujet. L’Agence de biomédecine et les pouvoirs publics ferment les yeux. Le politique est à bout de souffle, l’éthique attendra.

A demain

1 «Mes ovocytes, quand je les veux!»: ce sera bientôt possible en France » Slate.fr 18 décembre 2012.

2 « Mais pourquoi les hommes peuvent-ils congeler leur sperme en cas de vasectomie ? » Slate.fr 12 mars 2017.

 

 

4 réflexions sur “Post-vérité gynécologique : comment en finir avec le chantage à la congélation des ovocytes ?

  1. Reflexions primaires en vrac.

    Il n’y a pas égalité.
    Autant le prelèvement de sperme est sans risque autre que l’excommunion, celui des ovaires comporte outre le risque et la douleur de cette « petite » intervention (risque de saignement notamment) le risque de la préparation hormonale pour induire une floraison d’ovocytes. Je n’ai pas le % en tête mais on voit ces « syndromes d’hyperstimulation » qui peuvent aussi mener en réanimation ou plus loin.

    De plus pour se mettre des ovules de coté les femmes doivent se faire stimuler et prélever plusieurs fois, sinon il n’y a pas assez d’ovules pour avoir une chance de succès lors de la « PMA », plus âgées.

    Alors en plus les taxer ! Pas logique.

    Dr’autant que on comprend que certaines ne souhaitent pas semer leurs gènes (idem pour le sperme) et vivre avec l’idée que cet enfant là vient peut être ou pas de son ovocyte ou de son million de spermatozoïdes.

    Il y a le problème de la « convenance ».
    Très bien mais qui paie ? C’est valable pour les spermatos aussi d’ailleurs.
    Ce n’est pas (c’est une opinion que j’exprime pas un avis juridique) un droit que de faire garder ses gamètes !
    Autant on comprend que la mise de côté avant un tratement pour cancer, lymphome soit prise en charge par la SS, solidarité face à la maladie, autant ceux qui suivent les lois de la nature n’ont pas à payer pour ceux qui par convenance veulent s’en affranchir.
    Vous avez le droit à la convenance mais il convient qui vous payiez.
    J’espère ne pas être trop inconvenant…

    • Merci pour réflexions.
      Où l’on perçoit, une nouvelle fois, le dédale de la complexité dès lors que l’on entend « disposer » des éléments de son corps… Faut-il, en 2017,(ré) interpréter le concept « d’indisponibilité du corps humain », un des socles du droit français ?

  2. C’est drôle, hein, chaque fois que l’on parle de procréation, de liberté d’avoir un enfant à un âge avancé, personne, jamais, ne parle de l’enfant à naître et de l’âge qu’auront ses parents lorsqu’il aura dix, quinze, vingt ans, de l’âge qu’il aura lorsqu’il perdra ses parents ou lorsqu’il devra les prendre en charge dans leur vieillesse. Pourquoi personne ne pense ou ne parle jamais de l’enfant ?

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