Emmanuel Macron lève enfin le voile politique sur sa vision de la bioéthique. Que voit-on ?

Bonjour

Après avoir, dans un journal dominical, confessé que la politique était mystique, qu’allait-il bien pouvoir dire de la bioéthique ? Sans surprise il s’exprime  dans La Croix (propos recueillis par Guillaume Goubert, Corinne Laurent et Sébastien Maillard). Le quotidien catholique commence l’entretien par la question de la fin de vie. Depuis le Palais de l’Elysée et son bureau de secrétaire général adjoint l’ancien banquier a vu François Hollande tricoter à distance la loi consensuelle qui a pris le nom des députés Alain Claeys et Jean Leonetti. Il n’en avait jamais rien dit. Et maintenant ? Veut-il « aller plus loin », marcher vers le suicide médicalement assisté ? Emmanuel Macron ne dit rien sur le fond mais sait parler :

« Sur ce sujet, céder aux oukases des uns ou des autres n’est pas une bonne chose. Il faut tirer les enseignements des cas spécifiques aujourd’hui débattus, respecter les convictions personnelles et religieuses de chacun, entendre aussi ce que disent les professionnels de santé.

Le cadre actuel de la loi permet déjà à chacun d’exprimer ses volontés, il faut que cela soit expliqué et utilisé pleinement, ce qui n’est pas encore le cas. Ensuite, je souhaite qu’on améliore encore l’accompagnement dans les derniers moments de la vie et que tout soit fait pour qu’on puisse au mieux supprimer la souffrance des patients. Je suis favorable à ce que ce débat avance mais je ne me précipiterai pas pour légiférer. »

Dissensus

A dire vrai cet immobilisme surprenant touche, chez lui, à l’ensemble du traitement politique des questions éthiques de société. Pour Emmanuel Macron ces questions, effectivement, « ne sont pas prioritaires sur le plan de l’action politique ».

« Il faut sortir d’une espèce de dogme où le politique pourrait décider de tout et aurait vocation à trancher des sujets éthiques, sociétaux, parfois anthropologiques. Le rôle d’un président de la République est de donner un cadre aux débats sur ces sujets et de s’assurer que la société mûrit.

« Notre société a été traversée par ces débats, comme lors du mariage pour tous. Comme je l’ai dit, je suis un défenseur du mariage pour tous, en même temps j’entends les voix qui se sont élevées. Pas celles de Sens commun ou de la « manif pour tous », qui ont politisé le débat à l’excès et parfois avec véhémence, mais les interrogations sincères de personnes dont les convictions religieuses ou politiques n’étaient pas conformes au choix final. Il faut savoir les entendre, laisser place au dissensus et non l’écraser. »

Illusions

L’important n’est pas, pour lui, la morale en marche, mais bien « la transformation économique et sociale du pays ».  Un mot sur la GPA ? « Je ne toucherai pas à la GPA pendant mon quinquennat. Je n’ouvrirai pas ce débat. La France doit être à la pointe de la lutte contre le trafic d’enfants et l’esclavage contemporain des femmes, qui sont l’un des scandales de la GPA pratiquée dans les pays en voie de développement. Mais les enfants nés ainsi, il faut les reconnaître et arrêter d’être hypocrite, en clarifiant la circulaire afin d’éviter des situations absurdes de non-droit. Où l’on retrouve la patte du consensus hollandien.

Un mot sur l’extension de la PMA hors du champ de la thérapeutique de la stérilité ? « Ma conviction personnelle est qu’il faut étendre la PMA, au nom de l’égalité hommes femmes et du droit à l’accès à une prestation médicale. Mais je respecterai l’avis attendu du Comité consultatif national d’éthique et regarderai aussi l’état de la société et des débats qui s’y jouent pour agir de manière apaisée. » Ce qui est une manière comme une autre de ne pas répondre en donnant l’illusion du contraire.

Emmanuel Macron a encore cette belle phrase aux lecteurs de La Croix : « Aussi vrai que le capitalisme est en train de se fracasser sur son incapacité à penser sa propre régulation sociale ou environnementale, on se fracassera sur l’avancée de ces technologies si on n’en pense pas les limites éthiques. La France a un rôle majeur à jouer et je compte m’y investir. » Comment ne pas applaudir ?

A demain

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