Alcool et cannabis sont-ils compatibles avec le caractère « terroriste » d’un attentat ?

Bonjour

Sites et agences de presse ont déjà dit l’essentiel de ce qui s’est passé à l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne). Reste une question pour l’heure sans réponse, médico-légale et toxicologique. Résumons. Le parquet antiterroriste a été saisi, samedi 18 mars, après qu’un homme, Ziyed Ben Belgacem, a été abattu par un militaire de l’opération « Sentinelle » au terme d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre – une course-poursuite qui avait démarré à l’aube, en Seine-Saint-Denis. Agé de 39 ans, l’homme a été tué après avoir tenté de s’emparer de l’arme de l’une des militaires en patrouille dans l’aéroport.

Dans un rituel désormais codifié François Molins, procureur de la République de Paris, est venu, dans un style qui n’appartient qu’à lui, dire l’essentiel devant la presse.  Il a précisé que Ziyed Ben Belgacem avait déclaré : « Posez vos armes, mains sur la tête, je suis là pour mourir par Allah. De toute façon, il va y avoir des morts ». Ses dernières paroles témoignent, selon le procureur, qu’il s’agissait d’« un individu extrêmement violent », avec une intention terroriste, déterminé à « aller jusqu’au bout ». Principaux éléments du dossier :

Peu avant 7 heures, samedi matin, Ziyed Ben Belgacem fait l’objet d’un contrôle routier à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), alors qu’il roule « à vive allure, tous feux éteints », selon M. Molins. Il présente ses papiers, puis ouvre le feu avec un pistolet à grenaille et blesse légèrement un policier. Prend la fuite, et se dirige vers un bar qu’il connaît et où il était quelques heures auparavant. Met en joue des clients, tire sans faire de blessés et abandonne son téléphone sur place.

Machette et cocaïne

Est repéré à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) à la suite d’un car-jacking. Prend la direction d’Orly avec le véhicule volé. « En une heure trente, il y a eu une fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur », selon François Molins. La suite a été maintes fois racontée.  Arrivé à l’aéroport d’Orly peu après 8 heures, il rentre dans le terminal sud. Attaque à 8 h 22 une militaire, arme de poing à la main, et l’utilise comme bouclier, revolver sur la tempe. En se redressant après être parvenu à s’emparer du « Famas » de la militaire, l’attaquant laisse la possibilité aux militaires de le viser ; selon le procureur, le troisième tir lui est fatal. Les enquêteurs ont découvert le revolver à grenaille avec cinq cartouches dont trois percutées, 750 euros en liquide, un Coran, un briquet et un paquet de cigarettes.

Le père et le frère de Ziyed Ben Belgacem ont été placés en garde à vue le même jour. Après le contrôle routier, il les avait appelés pour leur confier « avoir fait une bêtise ». Un cousin a également été placé en garde à vue après s’être spontanément présenté aux policiers. Il avait croisé Ben Belgacem dans la nuit. Dimanche matin, son père a été relâché : « Mon fils n’a jamais été un terroriste, a-t-il témoigné sur Europe 1. Jamais il fait la prière : il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive. Il me téléphone à sept ou huit heures du matin et il était énervé à l’extrême, même sa mère n’arrivait pas à le comprendre. Il me dit ‘’Je te demande pardon, j’ai fait une connerie avec un gendarme’’. »

Une perquisition a eu lieu au domicile du suspect, situé à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise). Elle a permis la découverte de quelques grammes de cocaïne, d’une machette et de devises étrangères. Né en 1978, Ziyed Ben Belgacem était connu des services de police pour des affaires de droit commun (neuf mentions à son casier judiciaire, notamment des affaires de stupéfiants et de vols aggravés). En 2001, il est condamné à cinq ans de prison pour vol à main armée par la cour d’assises du Val-de-Marne. En 2009 il est condamné successivement à trois puis cinq ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants.

Mieux comprendre

Au cours d’un de ses séjours en détention, il laisse transparaître « des signaux de radicalisation » (2011 et 2012) . L’homme n’est pas pour autant « fiché S ». Une perquisition administrative est effectuée chez lui, dans le cadre de l’état d’urgence en 2015. Sans résultat. L’homme vivait au sixième étage d’un immeuble dans un quartier populaire de Garges-lès-Gonesse. Plusieurs voisins le décrivent comme un homme sombre et renfermé, solitaire. Depuis septembre et sa dernière sortie de prison, il était sous contrôle judiciaire.

Et maintenant ? Le procureur de la République de Paris explique que le but de l’information judiciaire sera de tenter « d’expliquer son cheminement psychologique ». François Molins observe aussi que le choix de la cible, des militaires de l’opération Sentinelle« correspond aux mots d’ordre diffusés par les organisations terroristes djihadistes ». La nouveauté, dans cette nouvelle affaire tient à l’évocation du rôle possiblement joué par des substances psychotropes (alcool et cannabis notamment) dans le passage à l’acte. Jusqu’ici cette hypothèse n’était pas envisagée d’emblée, du moins pas publiquement.1

Ces substances expliquent-elles « la fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur » ? La désinhibition auto-induite modifie-t-elle la qualification de l’acte ? On se souvient que lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale le Premier ministre Manuel Valls avait, le 25 novembre 2015, insisté sur le fait qu’« aucune excuse sociale, sociologique et culturelle» ne devait être cherchée au terrorisme après les attentats de Paris. En toute hypothèse, la publication des résultats toxicologiques n’aident en rien, dans ce domaine, à excuser. Elle permettrait toutefois de mieux éclairer, de mieux comprendre, les circonstances de tels actes.

A demain

1 Sur ce thème : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête » Slate.fr 28 novembre 2015

Une réflexion sur “Alcool et cannabis sont-ils compatibles avec le caractère « terroriste » d’un attentat ?

  1. La liaison, depuis toujours, entre comportements inhibant l’autocritique personnelle ( danses, musiques, transes, alcool-tabac-« drogues » psychotrope) et mise à mort d’un humain, a été utilisée. C’est juste une réalité clinique, y compris, bien entendu dans les suicides.
    Ce n’est pas une circonstance, ni aggravante ni atténuante : c’est une constante.

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