Faut-il laisser les détenus toxicomanes s’injecter des drogues avec le tube d’un stylo ?

 

Bonjour

C’est la question qui ne peut être posée dans l’espace politique. Nous sommes ici, en 2017 à l’extrême lisière de la réduction des risques. Un groupe d’associations militantes (usagers, professionnels de l’addictologie et de la santé en milieu pénitentiaire) vient de publier un texte dont on doute qu’il puisse être largement repris par les gazettes. Les signataires y déplorent l’inertie des pouvoirs publics pour appliquer une politique de « prévention des risques en milieu carcéral ».

C’est là un vieux dossier de santé publique que l’on pourrait faire remonter aux malheureuses décisions de l’administration pénitentiaire du début des années 1980 et l’émergence du VIH. Mais c’est aussi un dossier que ces associations avaient eu l’espoir de voir aboutir suite à l’adoption de la « Loi de modernisation du système de santé ». La loi fut votée. Marisol Touraine s’en félicita. Mais aujourd’hui les arbitrages rendus par le ministère de la justice et par Premier ministre font que l’espoir de ces associations s’est envolé. Le dossier est enterré et personne au sein du gouvernement ne se souvient plus du sujet.

« Sommes-nous naïfs. Une fois de plus, la direction de l’administration pénitentiaire, bien soutenue par son ministère de tutelle, a accompli son récurrent ouvrage : saboter le processus aboutissant à la mise en place de programmes de seringues en prison. Les arbitrages réduisent le travail interministériel et les nombreuses années de concertation basées sur les études scientifiques, à une seule logique sécuritaire. »

Michèle Barzach

Ces associations 1, ces professionnels, rappellent que personne n’ose plus affirmer, en France, qu’il n’y a pas de drogues en prison. Des toxicomanes, des « usagers de drogues » sont incarcérés. Et après ?

« Dans la réalité, que se passe-t-il ? Les personnes se procurent une seringue (et/ou une aiguille) par différents circuits, sinon un stylo sera détourné de son usage pour servir de corps et une aiguille y sera « adaptée ». Les personnes ne souhaitant pas être identifiées comme des usagers de drogues, les points d’injection ne doivent pas être visibles, ils sont donc cachés. Cela entraîne des injections avec des risques élevés car elles sont réalisées en dessous de la ceinture (jambe, pied, artère fémorale…). Les dommages sont terribles et l’administration pénitentiaire ferme les yeux. »

L’administration pénitentiaire sait ce qui se passe entre ses murs. Mais elle ne le voit officiellement pas. Elle ne veut pas organiser en milieu carcéral ce qui commença à être organiser avec les échanges de seringues en 1987 grâce à Michèle Barzach sous un gouvernement de droite 1. Et ce alors que, selon les associations, « l’évaluation de tous d’échanges de seringues en prison au niveau européen montre non seulement une absence d’incidents mais également une amélioration de la situation sanitaire des détenus injecteurs ».

« Malgré tous les principes d’équivalence de soins inscrits dans de nos nombreux textes nationaux et internationaux, la cohérence des politiques de réduction des risques et de drogues s’arrêtera aux portes de la prison, avec tous les risques pour les populations concernées. Le dernier décret de la Loi de modernisation du système de santé ne verra jamais le jour et nous sommes en colère. »

A demain

1 AIDES, APSEP, ASPMP, ASUD et CHV, Fédération Addiction, OIP, Sidaction, SOS Hépatites, TRT5

2 « Sida et toxicomanie: les bénéfices massifs de la politique de réduction des risques en trois graphiques » Slate.fr 12 avril 2014

 

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