Le cannabis «récréatif» génèrera des milliards de dollars au pays de Donald Trump

 

Bonjour

Avez-vous remarqué que le cannabis a disparu de la campagne pour l’élection présidentielle ? Sa dépénalisation ? Sa légalisation ? La prévention de sa consommation précoce ? Son économie souterraine ? Place aux cabinets noirs, aux affaires judiciaires et aux couteaux plantés dans les dos. Le spectacle et ses coulisses ne semblent plus avoir de limites.

Disparu, le sujet n’a rien perdu de sa dimension politique. A la frontière du sanitaire et du libre arbitre il soulève en permanence la question de sa régulation par la puissance publique, de son intégration dans une économie et une fiscalité officielles. C’est, sur le fond, la même question que celle de l’alcool et du tabac. Avec, comme pour toutes les substances psychotropes, la sombre toile de fond de l’addiction.

Note éclairante

Le cannabis a disparu de l’élection présidentielle française ? Y était-il vraiment ? Débats caricaturaux et guerre de tranchées ; pour : Hamon-Mélenchon ; contre : Macron et Fillon. Plus généralement impossibilité d’une majorité des politiques à l’idée de traiter, simplement, du sujet dans un espace démocratique. Il faut passer ce tour. Sous la Vème République ou sous la suivante la question du cannabis resurgira.

Dans l’attente, la rapide évolution de la situation américaine est riche d’enseignement. Elle vient d’être décryptée par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) qui vient de publier une note éclairante et documentée (signée Ivana Obradovic). Elle témoigne d’une mutation des esprits, des mœurs et des pratiques 1. Sa lecture est essentielle à qui s’intéresse au cannabis et/ou aux Etats-Unis.

Outre-Atlantique le cannabis reste interdit au niveau fédéral mais huit États américains sur cinquante (Colorado, État de Washington, Oregon, Alaska, Californie, Maine, Massachusetts, Nevada) en ont depuis 2012 légalisé la culture, la vente, la détention et la consommation à des fins récréatives – à partir de 21 ans.

Barack Obama

« Ces changements dans le statut légal du cannabis « récréatif » interviennent alors que vingt-neuf États américains en autorisent déjà l’usage « thérapeutique ». Au total aujourd’hui, moins d’un État américain sur quatre applique la politique de prohibition du cannabis telle qu’elle est formulée par la loi fédérale américaine » précise l’OFDT.

Ainsi donc, souligne l’OFDT, dans le troisième pays le plus peuplé du monde, un habitant sur cinq va expérimenter un régime légal autorisant l’achat et la consommation de cannabis à titre récréatif pour les adultes (soit 65 millions de citoyens). Le tout au terme d’une succession de processus démocratiques : les premières initiatives de légalisation ont été approuvées par référendum en 2012 dans le Colorado et l’État de Washington, puis en 2014 dans l’Oregon, l’Alaska et à Washington DC.

Comment comprendre ? Pour l’OFDT trois éléments de contexte peuvent être avancés pour expliquer ce bouleversement. Il y a d’abord eu, en 2008, l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis. Elle a marqué une très nette inflexion dans la politique ; un signal d’ouverture conforté par « l’absence de représailles fédérales » à l’égard des premiers États qui ont légalisé en 2012.

Millions de dollars

Il y a ensuite le contexte de débats internationaux sur le coût et l’efficacité des politiques de lutte contre l’usage de drogues ; et la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies en avril 2016 qui a pris acte de ‘’l’échec de la guerre à la drogue’’ longtemps revendiquée par les États-Unis ». Enfin, et ce n’est peut-être pas l’élément le moins important, il faut tenir compte du contexte de déficit économique et de crise des finances publiques qui a permis aux partisans de la légalisation de justifier leurs propositions de réforme par l’argument des recettes fiscales.

« Avec des revenus fiscaux évalués à 207 millions de dollars après deux années d’application dans l’État du Colorado, l’enjeu autour de la légalisation du cannabis semble avoir changé de nature, note l’OFDT. Il s’agit désormais d’un enjeu financier et industriel plus que d’un enjeu politique et diplomatique. Avec l’adoption du principe de la légalisation du cannabis en Californie en 2016, la question a changé d’échelle : les perspectives d’essor du « cannabusiness » seront, en effet, intéressantes à surveiller dans une économie cinquante fois plus importante que celle du Colorado. »

Où l’on voit, une nouvelle fois, l’appétence du fisc pour le marché des substances modifiant les états de conscience. Reste que l’ensemble de ces évolutions s’inscrivent dans un contexte politique changeant au niveau fédéral depuis l’élection de Donald Trump annonciatrice, on le sait, de retournements imprévus sinon incohérents.

A demain

1 « Actualité de la régulation du cannabis aux États-Unis » Note 2017-02, OFDT, 16 p. Mars 2017

2 réflexions sur “Le cannabis «récréatif» génèrera des milliards de dollars au pays de Donald Trump

  1. A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    ici et avec ces cancers de la thyroïde qui explosent on aurait vraiment besoin d’ un « cannabis » médical pour le traitement de la douleur post opératoire … mais ça ce sera peut être dans ma prochaine vie … si je reviens ! dans cette forme humaine. sinon c’ est foutu faut continuer a souffrir …

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