Mutilations génitales féminines : des médecins peuvent-ils, éthiquement, les pratiquer ?

Bonjour

C’est une bien dérangeante question qu’aborde, avec les mutilations génitales féminines, le dernier numéro de Population & Sociétés 1, revue de l’Institut national d’études démographiques (INED). Ces mutilations réunissent « toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme et/ou toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non thérapeutiques ».

Elles sont définitivement reconnues par la communauté internationale comme une forme de violation des droits humains doublée d’une atteinte grave à la santé des jeunes filles et des femmes concernées. Nous parlons ici d’ablation partielle ou totale du clitoris (clitoridectomie) plus ou moins associée à celle des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres. Il peut s’agir aussi du rétrécissement de l’orifice vaginal avec recouvrement par l’ablation et l’accolement des petites lèvres et/ou des grandes lèvres, avec ou sans excision du clitoris (infibulation). On recense encore d’autres interventions pratiquées sur les organes génitaux féminins à des fins non thérapeutiques : ponction, percement, incision, scarification ou cautérisation.

Les conséquences de ces mutilations génitales féminines sont multiples : risques immédiats (douleur, hémorragies, rétention urinaire, infections et état de choc consécutif à l’intervention) ou plus tardifs (infections pelviennes, stérilité, difficultés menstruelles, complications gynécologiques et obstétricales). Sans parler des conséquences psychologiques et sexuelles.

Déviation condamnée

On sait que depuis la fin des années 1990, la prise en charge médicale des conséquences des mutilations génitales féminines s’est peu à peu développée. Plusieurs protocoles chirurgicaux visant à améliorer la situation des femmes concernées ont été évalués et font l’objet de recommandations par l’OMS. Il faut aussi compter avec la mondialisation de la circulation des personnes, la révélation de ces pratiques dans certaines régions et la diffusion de formes médicalisées de mutilations génitales féminines. C’est là une déviation fermement condamnée par l’OMS et les organisations internationales.

« Si dans la majorité des cas, les mutilations continuent à être faites par des exciseuses ‘’traditionnelles’’, dans plusieurs pays (Égypte, Guinée, Indonésie, Kenya, Nigeria, Soudan du Sud, Yémen), de plus en plus de filles sont excisées par des professionnels de santé en milieu médical qui prétendent réduire les risques sanitaires de l’opération, soulignent les chercheuses de l’INED. À l’initiative du Fond des Nations unies pour les activités en matière de population (FNUAP), les organisations internationales ont condamné ce dévoiement des premières campagnes de sensibilisation qui compromet l’éradication de l’excision.

Esprit de lucre

À ce propos, il faut rappeler que ces pratiques ont aussi existé dans les pays du Nord jusqu’à très récemment à l’encontre de certaines catégories de population dans le cadre de prises en charge médicales. On observe aux États-Unis, en Amérique latine, en Asie et en Europe, un développement très récent de pratiques de chirurgie esthétique génitale telle que la nymphoplastie (ablation partielle ou totale des petites lèvres avec réduction éventuelle du capuchon clitoridien). »

Cette tendance à la médicalisation de la pratique s’observe également au Kenya où environ 40 % des excisions ont été effectuées par du personnel de santé à la fin des années 2000 contre un tiers à la fin des années 1990 Cette tendance récente s’expliquerait par un effet contre-productif des premières campagnes de lutte contre les mutilations menées dans les années 1990. Ces premières campagnes étaient en effet axées sur les risques sanitaires, notamment les risques à court terme (hémorragies et/ou infections) laissant penser qu’ils seraient réduits si les mutilations étaient pratiquées par des professionnels de santé et dans des conditions sanitaires plus correctes.

S’indigner que des médecins, attirés par l’esprit de lucre, participent à de telles pratiques ? Sans doute, tout en sachant, comme l’observe Armelle Andro, qu’il ne faut pas pécher ici par trop de manichéisme 2. La médicalisation peut aussi être un premier pas vers l’abandon de pratiques jusqu’alors cantonnées aux sphères du rituel.

A demain

1 « Les mutilations génitales féminines » Armelle Andro (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne et Institut national d’études démographiques) et Marie Lesclingand (Université Côte d’Azur, CNRS, IRD URMIS) Population & Sociétés (avril 2017).

2 Pour plus de renseignements, se reporter à « Les mutilations génitales féminines. État des lieux et des connaissances » Armelle Andro, Marie Lesclingand. Population Vol. 71, 2016/2, p. 224-311

Une réflexion sur “Mutilations génitales féminines : des médecins peuvent-ils, éthiquement, les pratiquer ?

  1. Bonsoir

    Je suis surpris que vous ne parliez à aucun moment de l’épisotomie, largement pratiquée chez nous et dont aucune preuve scientifique ne vient étayer la nécessité d’une telle pratique quasisemnt généralisée.

    L’épisotomie n’est-ce pas une « mutilation » génitale?

    Par ailleurs, votre billet semble expliquer que ces pratiques mutilatoires des femmes ne concernent que des pays étrangers et « sous développés ».
    N’est-ce pas l’illustration de « la paille dans l’oeil du voisin et la poutre dans notre oeil »?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s